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Ni déception ni colère, juste de l'indifférence



Ni déception ni colère, juste de l'indifférence
Photo : Riad
Par Samir Azzoug
«Bsahathoum» (à leur santé) souhaitent la plupart des jeunes rencontrés dans les rues algéroises aux nouveaux élus de l'Assemblée nationale. Comme si ces derniers devaient s'attabler à un repas auquel le reste du peuple n'est pas convié. Peu importe, «ils ont gagné dans une loterie qui ne m'intéresse pas», image Hafid, jeune chômeur de vingt-cinq ans, en contemplation devant les va-et-vient incessants du tramway en essais techniques près de la station des Fusillés. Alors que l'activité politique connaît un bouillonnement rare, relayée par des médias à l'affût du moindre évènement, déclaration ou analyse sur le déroulement et les conséquences du scrutin du 10 mai, les jeunes Algérois restent sur une dimension parallèle. Celle où le fait politique reste un corps étranger dans les préoccupations quotidiennes. Dans un café de la rue Tripoli, à Hussein-Dey, trois tables sont occupées par un groupe de jeunes animés par un débat houleux. «Ils ont trafiqué. Le résultat était donné d'avance. Tout s'achète» entend-on. Sont-ils à ce point passionnés par les législatives '! Non, en fait, il s'agissait de football, la seule discipline où les Algériens arrivent encore à montrer un sentiment d'indignation.
Tant pis, on force le débat. Avez-vous voté ' Aucun des dix jeunes n'a rempli «son devoir national», index immaculé faisant foi. «Je n'ai pas voté. Je ne me sens pas concerné par ces élections», répond sèchement la «grande-gueule» du groupe. «Pour qui voter et pourquoi voter ' Vous avez bien vu, il (le pouvoir) n'avait pas besoin de nos voix pour arriver à ces résultats», intervient un autre. Les partis du pouvoir (FLN, RND) ont raflé à eux deux la majorité absolue à l'APN. En leur rappelant le discours du 8 mai 2012, du président de la République sur la fin d'une génération et l'impérative reprise du flambeau par les jeunes, ces derniers répliquent : «Ce sont les vieux qui ont voté pour le vieux parti.» Triste constat dans un pays où les moins de 30 ans dominent la pyramide des âges (26 ans est l'âge médian de la population). Neuf fois sur dix, les jeunes Algérois abordés font le même constat et tiennent la même argumentation.
«Moi, j'ai voté. On m'a dit que le pays était en danger, alors j'ai préféré dégager ma responsabilité pour ne rien regretter après. Eh oui, j'ai voté FLN, c'est le seul parti que je connaisse», explique Houcine, l'un des rares à déclarer ouvertement sa participation au scrutin.
Moins convaincu, un habitant de Bab El Oued motive son choix de voter par la phobie bureaucratique. «J'ai déposé une demande de logement dernièrement. Et comme je connais les man'uvres vicieuses de la bureaucratie algérienne, j'ai peur que demain on me demande ma carte de vote. Alors, oui, j'ai voté», argue-t-il. Sur les résultats du vote, les jeunes sont plutôt empreints d'un «esprit sportif» étonnant. «Ceux qui ont gagné, ''klaou fiha'' (ils ont remporté le gros lot). On attend d'eux qu'ils regardent un peu vers ce peuple et ne travaillent pas seulement pour leurs intérêts personnels», espère l'un des membres du groupe du café de la rue Tripoli. «Quand aux perdants qui crient à la fraude et à la manipulation, ils n'ont qu'à se faire petits. Ils ont accepté les règles du jeu, joué et perdu. Ce n'est pas la peine maintenant de jouer les trouble-fêtes. Et surtout, qu'ils ne descendent pas dans la rue, ils risquent gros», menace-t-il. «Le changement !' Franchement je n'attends rien du tout. Les promesses, on en a entendu, durant des années. Pourquoi voulez-vous que ces nouveaux députés soient différents des autres !' Je n'ai pas voté pour un député mais simplement pour la stabilité du pays», insiste Houcine, le jeune téléphage bercé à la lourde propagande de l'ENTV, qui a donné sa voix au FLN. «Je n'ai pas voté, mais je suis contente qu'il y ait autant de femmes à l'APN (145 élues à l'Assemblée, une première depuis l'indépendance). J'espère que cela se répercutera sur les droits de la femme. Mais, c'est déjà un acquis considérable», se réjouit Amina, étudiante en Droit. Son abstentionnisme, elle le motive par son manque de clairvoyance dans le jeu politique. «Je ne suis pas convaincue de l'importance de ce scrutin. Je ne connais pas les nouveaux partis politiques et les anciens, je ne leur fait pas confiance. Alors, j'ai préféré m'abstenir», dit-elle. «Abstention et pas boycott», insiste-t-elle tout de même.Notons qu'à Alger, le taux de participation aux législatives est l'un des plus faible du territoire national. Seuls 31% des électeurs de la capitale se sont rendus aux urnes, légèrement mieux que dans les wilayas de Béjaïa 25% et Tizi Ouzou moins de 20%. Dans le discours des jeunes Algérois rencontrés, il n'y avait point de déception, ni de colère. Juste de l'indifférence face à la chose politique. Le suspense pour cette jeunesse est ailleurs. Qui va remporter le titre de champion d'Algérie, l'ES Sétif, l'USM Alger ou la JSM Béjaïa ' Mais même là, les fans du ballon rond parlent d'arrangements.


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