Alger - Revue de Presse

NEPAD Chronique d'un sommet pas comme les autres



Les organisateurs l'ont voulu une réunion, les politiques et diplomatesl'ont appelé sommet extraordinaire. Chronique des faits d'un sommet peu commun.Banderoles, fax et autres supports médiatiques l'ont présenté comme étantla réunion du comité des chefs d'Etats et de gouvernements du NEPAD, leministère des Affaires étrangères l'a appelé le Sommet du comité de mise enoeuvre ou le sommet de réflexion du NEPAD, les politiques en ont parlé commeétant un sommet extraordinaire. Pour avoir été extraordinaire, la rencontred'Alger sur le NEPAD l'a été à plus d'un titre. Tenue mercredi dernier aupalais des Nations de Club des pins, la réunion sur le NEPAD impose le reculpour une reconstitution de faits que seuls nos pays sont capables d'en être lesauteurs. Ce mercredi, il faisait mauvais temps. Mais, à l'intérieur du palais desNations, les couleurs chatoyantes des tenues africaines portées par lesnombreux invités de l'Algérie laissaient de temps à autre les esprits voguervers ces pays où le soleil ne fatigue jamais. Comme bercé par les sonsmerveilleux du reggae, l'être africain se laisse ainsi guider par cetteattitude qui ne sait pas mesurer le temps. « Tout doucement le matin pas tropvite le soir » semble en être la devise. Elle l'a été en tout cas, en cette finde semaine à Alger. Les invitations précisaient qu'il fallait être au palais des Nations à 7h30, « mise en place » et mesures de sécurité obligent. Les participantsaffluaient dès les premières lueurs du matin. Nous apprendrons au passage,qu'un huis clos tripartite se tenait à l'hôtel Sheraton. Il a regroupé pendantprès de deux heures, les présidents Bouteflika, Obasandjo et M'Beki, les pèresfondateurs du NEPAD. Entre-temps, les invités ingurgitaient thé et café àvolonté. Une table placée au milieu de la cafétéria, débordait de gâteaux. Vers11h, revenu du Sheraton, Bouteflika se met sur l'estrade installée dans le halldu palais des Nations, pour recevoir ses invités. Il passera près d'une heure àfaire des accolades chaleureuses. L'impatience se faisant fortement sentir, levoeu le plus cher était de voir les travaux ouverts le plus rapidementpossible. 12h, 13h, 14h, on ne voyait toujours rien venir.  Les invités avaient faim. Trèsfaim. « Ils nous ont tué de faim » disent certains pour être relayés par ceuxqui lançaient à qui voulaient les entendre « nous crevons de faim ». La tableoù étaient déposés les gâteaux était vide déjà depuis longtemps. Fait désolant,une journaliste algérienne a craqué. Sa frêle silhouette a cédé sous le poidsdu stress. Ses nerfs ont lâché. Pendant tout ce temps, les présidents africainsavec à leur tête Bouteflika étaient en réunion à huis clos. Aucun programme dequelque partie qu'elle soit n'a fait mention de huis clos. Au moins, troisordres du jour ont circulé entre les mains mais aucun ne ressemblait à l'autre.Ce qui était retenu, c'est que les invités allaient avoir droit à laprésentation du document relatif à l'intégration du NEPAD dans les structureset processus de l'Union africaine, point essentiel pour le traitement duquelles présidents africains voulaient un sommet extraordinaire. Il devait aussiavoir lecture d'une réflexion ainsi que des commentaires du président de laCommission de l'UA et du directeur exécutif du secrétariat du NEPAD sur ce mêmesujet.14h 45mn, dès que le chef du Gouvernement, Abdelaziz Belkhadem franchitla porte de la grande salle, les invités ont repris l'espoir de voirl'ouverture officielle du sommet se faire enfin. Quelques minutes plus tard, cesont les présidents Bouteflika, Obasandjo, M'Beki, Alfa Omar Konaré, JohnKufuor qui font leur entrée dans la salle. Applaudissements. Debout,l'assistance écoutera l'hymne de l'Union africaine. L'absence du présidentsénégalais, l'un des pionniers du NEPAD ne passera pas inaperçue. Si le présidentObasandjo a imputé cette défection au fait que le Sénégal vient d'organiser desélections, les Sud-Africains l'ont expliqué par le fait que Wade n'a pasapprécié la présence à Alger du Premier ministre éthiopien. Sans plus deprécision.Moukarak qui, pourtant, est l'un des animateurs du NEPAD n'a pas fait nonplus le déplacement. « L'essentiel est que nous avons la bonne moyenne » nousdira un diplomate au sujet de la représentativité des Etats africains.Une fois les allocutions de Bouteflika, d'Obasandjo et de Kufuor lues, laparole a été donnée au représentant du secrétariat du NEPAD pour rendre comptedes décisions et recommandations prises conjointement par sa structure et parla Commission de l'UA. Il n'en sera rien puisque Kufuor susurra quelque chose dans l'oreilled'Obasandjo pour que celui-ci change d'avis et décide de lever la séance.Konaré se fera un devoir de prendre le micro et d'annoncer à l'assistance lalevée de la séance. « La séance est levée et les invités peuvent partir »a-t-il dit. Surpris, les participants quittèrent la salle en s'interrogeant surles motifs qui ont poussé les présidents à suspendre les travaux. « Tout çac'est au sommet qu'est ce que ça peut être à la base ?!? » s'est exclamé unresponsable d'une institution algérienne non sans en rire... Les supputationsles plus folles se sont faites entendre. Manque de consensus ? Rejet del'intégration du NEPAD dans l'UA ? Mésentente entre les présidents présents ? «Non, il n'y a rien de tout cela, ils sont allés manger » nous dit unresponsable du ministère des Affaires étrangères. Avant de quitter la tribune,le président Obasandjo semblait chercher quelque chose. Inquiet, il regardaitautour de lui, sur et sous la table et la chaise. « Celui d'entre vous qui atrouvé mon dossier, il me le ramène » a-t-il lancé. Le président nigérian etnéanmoins président du Comité des chefs d'Etat et de gouvernement du NEPADavait perdu ses notes de travail. Errant dans les couloirs, les journalistes crevaient la dalle. On enparle parce que eux seuls devaient attendre encore en raison de l'annonce de latenue d'une conférence de presse mais pour laquelle personne n'avait un horaireprécis. Une sorte de cantine a été ouverte derrière le palais des Nations.Journalistes, services de sécurité et gardiens pouvaient croquer enfin un bout.Il fallait juste avoir l'estomac solide pour ne pas rejeter de suite ce quiétait proposé dans une vaisselle graisseuse. Des responsables des services de la présidence de la République annoncentune conférence de presse des présidents Bouteflika et Obasandjo. Nous avionstenu avec eux le pari qu'il n'en sera rien. Entendre pour Bouteflika. 18hpassées, Bouteflika, Obasandjo ainsi que les représentants de l'UA et dusecrétariat exécutif du NEPAD prennent place pour, en effet, animer uneconférence de presse. Les responsables de la présidence esquissaient un sourireen coin, façon de nous dire que Bouteflika est effectivement présent à unerencontre avec la presse... algérienne. « Pourrions-nous poser une question auprésident algérien ? » avions-nous demandé au président Obasandjo. Bouteflikafera un signe de la main qu'il faut s'adresser à Obasandjo et non à lui. Leprésident nigérian lui demande de parler, Bouteflika refuse. Il le fera tout aulong de la conférence de presse. Une autre journaliste algérienne oseral'interpeller une seconde fois. Rien. « Je pensais que j'étais le seul à avoirdes problèmes avec la presse, mais vous aussi vous en avez » lui dit Obasandjo.« C'est la bonne gouvernance » lui rétorque Bouteflika sereinement.C'est certes en cafouillant qu'on pourrait réussir les paris les plusfous. Celui de l'intégration du secrétariat du NEPAD dans la commission de l'UAa été relevé depuis 2003 mais cependant tranché, mercredi dernier, à Alger etce, même si les présidents africains se donnent une année pour le rendreeffectif. Par contre, celui de voir Bouteflika répondre aux questions de lapresse algérienne ne l'a pas été même s'il a accepté de se mettre face auxjournalistes, le temps qu'Obasandjo réponde à leurs questions.
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