Nassim Kerdjoudj, PDG de Net-Skills et
vice-président du FCE, n'est pas officiellement candidat à la présidence du FCE
en octobre prochain. Dans cet entretien, il développe, sans se détourner, toutes
les raisons qui pourraient faire qu'il le soit. Si, après cela, la course à la
succession de Réda Hamiani
n'est pas déclarée ouverte…
La présidence du
FCE est soumise à nouveau aux urnes en octobre prochain. L'ancien président
Omar Ramdane s'est prononcé pour un passage de témoin
à des chefs d'entreprises plus jeunes. Les observateurs ont peine à croire
réellement qu'une alternance générationnelle se prépare à la tête du FCE. Alors
effet d'annonce ou réalité ?
C'est une réalité
à n'en pas douter. Depuis sa création il y a plus de 10 ans, le FCE s'est
imposé comme une organisation qui pèse dans le débat économique de notre pays. Son
Assemblée générale élective devient naturellement un évènement observé de près.
Paradoxalement, les avis en son sein, comme celui que vous avez cité, n'ont
rien de surprenant. Ils sont l'évolution naturelle d'un processus de débat qui
se déroule depuis de nombreuses années. En 2009, une nouvelle étape a été
franchie avec deux candidatures pour la Présidence et un choix qui n'était plus autour
d'une personne ou d'un leadership mais d'un programme et d'une vision. Il faut
à ce titre rendre hommage à la candidature de Slim Othmani qui a permis au FCE de faire du débat d'idées la
colonne vertébrale de cette élection et de celles à venir. Cette année, ce
processus se poursuit avec une AG élective qui s'annonce encore plus ouverte. La
déclaration du Président d'honneur Omar Ramdane
répond à une exigence naturelle de faire converger les visions et les exigences
des chefs d'entreprises de différentes générations, et exprime la nécessité de
renforcer le débat d'idées et de donner à ceux qui représentent l'avenir
économique de l'Algérie l'opportunité de figurer, à leur tour, au premier plan.
C'est déjà le cas à l'intérieur même du FCE et c'est la raison pour laquelle il
n'y a pas, selon moi, de quoi être sceptique sur la volonté exprimée par son
président d'honneur.
Que faites-vous du
point de vue parmi vos pairs selon lequel le FCE a besoin d'une voix forte et
d'expérience à sa tête, maintenant qu'il est invité à la table de la
négociation avec les pouvoirs publics ?
Je ne suis pas sûr
que ce point de vue soit dominant. J'ai l'occasion d'échanger régulièrement
avec de nombreux capitaines d'industries et chefs d'entreprises de différents
secteurs et régions, beaucoup souhaitent l'émergence des jeunes à la tête de
l'organisation et l'encouragent. Les chefs d'entreprises sont beaucoup moins
conservateurs qu'on ne le pense, il suffit de voir les responsabilités qu'ils
confient à de jeunes managers au sein même de leurs entreprises. Cela dit, alternance
générationnelle ne veut pas dire remplacement «poste pour poste» des vieux par
des jeunes. L'enjeu aujourd'hui n'est pas l'individu qui va présider aux
destinées de l'organisation, mais ce qu'il compte faire et avec qui il va le
faire! Le Président du FCE est entouré d'un Conseil exécutif qui se réunit
toutes les trois semaines et qui statuent sur tous les dossiers du FCE. Un
jeune chef d'entreprise ne pourra pas être un bon président s'il se prive de
l'expérience de ses aînés tout comme ce que vous appelez «une voix forte et
d'expérience» ne pourra pas faire mieux que par le passé si elle fait l'impasse
sur ceux qui représente 70% de la population algérienne dans leur tranche d'âge.
Vous insistez
beaucoup dans votre communication sur le rôle du secteur privé dans la création
de l'emploi. Est-ce que vous avez le sentiment, après l'épisode non refermé de la LFC 2009, que les pouvoirs
publics sont plus sensibles à ce rôle depuis les émeutes de la jeunesse de
janvier dernier ?
Je trouve que l'on prend souvent l'analyse du
secteur privé par son angle le plus négatif. Si l'on fait le bilan de ces 20
dernières années, on constate que le secteur privé algérien a subi : les pertes
de change, le terrorisme, une bureaucratie écrasante, un code des
investissements sensiblement plus favorable aux étrangers et un secteur
bancaire inadapté aux enjeux économiques d'aujourd'hui... Et malgré tous ces
facteurs et un Etat riche qui a investi plus de 200 milliards de dollars sur la
même période pour sauver cinq mille emplois dans le secteur public, le secteur
privé est, depuis 2010 le premier employeur du pays, représente 83% de la
valeur ajoutée hors hydrocarbures, et le nombre de PME est en progression. Ce
qui, pour moi, propose un constat sans appel : l'entreprise est la seule
capable de relever le défi de l'emploi notamment des jeunes et devenir la clé
de voûte du développement économique du pays. L'épisode de la LFC 2009 nous interpelle aussi
sur la capacité d'adaptation des entreprises. Elles ont souffert, leur
croissance et leur trésorerie mises à mal, mais elles sont encore là et
démontrent chaque jour une résistance étonnante face aux difficultés auxquelles
elles sont soumises. C'est le signe que nous avons une base solide
d'entreprises pour construire plus haut. C'est aux autorités à présent
d'accepter le principe de composer avec cette base pour construire l'avenir des
250 000 diplômés qui arrivent sur le marché chaque année. J'avais évoqué cette
question auprès du Premier ministre fin 2009 lorsqu'il a reçu le FCE en
proposant d'identifier certains secteurs clés rendant obligatoire le
partenariat public-privé. Cela permettrait au public
et au privé d'apprendre à se connaître en développant des projets structurants
en s'appuyant sur les atouts des uns et des autres.
Les chefs
d'entreprise répètent à volonté qu'ils sont tenus dans une suspicion pesante
par l'administration publique et au-delà par le pouvoir politique. Ne pensez-vous
pas que l'entreprise privée est également responsable de son image dans la
société ?
La suspicion n'est
malheureusement pas que dans l'administration. Si vous posez la question à des
parents de jeunes diplômés au sujet de la carrière qu'ils souhaitent à leurs
enfants, «travailler dans le privé» viendra en dernier choix, «faute de mieux».
La notion de travailler dans le privé a même une connotation péjorative en
Algérie. C'est pour cela que j'ai toujours défendu l'idée que le secteur privé
doit, en effet, travailler à changer son image. Il doit se rapprocher plus de
l'université, se lancer dans le mécénat du sport, de la culture, et de la
protection de la nature. Cela peut paraître incongru dans le difficile climat
des affaires actuel, mais je reste convaincu que cela peux changer le cours des
choses. Beaucoup le font déjà mais ne le médiatisent pas assez, c'est un tort…
Il faut travailler sur le changement de mentalités autant que sur
l'assouplissement de la réglementation.
Le métier de votre
PME, «les solutions informatiques», est très connecté à l'international. Vous
prêchez souvent l'idée d'investissements croisés avec les partenaires étrangers.
Ne redoutez-vous pas d'être à contrecourant du souci
majeur du gouvernement qui refuse l'exportation de capitaux algériens, même si
c'est pour acquérir des actifs dans le monde ?
Effectivement, j'ai
la chance d'évoluer dans un secteur qui n'a pas de frontières et dont les
modèles économiques évoluent constamment. C'est néanmoins frustrant de
constater que les PME de technologies qui se créent partout ailleurs
considèrent que leur marché est le monde tandis que nous réfléchissons encore
avec des notions de frontières et de règlementation spécifique. En ce qui me
concerne, je pense que notre secteur devrait jouer le rôle de pilote pour aller
plus loin dans la mise en place de règlementations audacieuses permettant de
rendre les PME algériennes plus compétitives et plus conquérantes. A titre
d'exemple le 49/51% pourrait ouvrir la voie à une prise de participations
croisées entre PME algériennes et étrangères. C'est aussi frustrant de
constater que tout le monde peut s'installer et investir chez nous et que nous
pouvons difficilement le faire de la même manière dans l'autre sens. Je suis
convaincu qu'une PME algérienne performante doit aller à l'international passer
les épreuves des normes, des barrières non tarifaires et de la concurrence
féroce. Nos produits n'en sortiront que meilleurs et l'apport de devises finira
par être au rendez-vous. Nous approprier la technologie par son acquisition à
la source pour mieux la maîtriser est un enjeu de survie. Rester dans une
logique de clients fournisseurs avec nos partenaires étrangers conduit à
l'échec. Nous avons les moyens d'être créatifs sur ces sujets et aller de
l'avant dans cette économie mondialisée.
Vous faites vous-même
partie de la frange des quadragénaires susceptibles de prendre le relais au FCE
dont vous êtes déjà l'un des vice-présidents. A quelles conditions envisagez-vous
votre candidature à sa présidence ?
Après quatre
années de mandat au conseil exécutif dont deux comme vice-président je peux
dire que je commence à bien connaître cette organisation à laquelle je suis
très attaché car j'y ai appris énormément et côtoyé des gens de grande valeur. La
question de la candidature est une décision importante qui nécessite une
réflexion de fond pour celui qui l'envisage. Le piège à éviter c'est la
candidature visant à satisfaire l'ego ou la recherche de reconnaissance sociale.
Présider le FCE nécessite un investissement considérable en termes de
disponibilité, d'écoute et de dialogue. Cela implique de moins s'occuper de son
entreprise, de sa famille, et d'avoir un sens profond de l'intérêt collectif. C'est
donc une décision lourde de conséquences qu'il faut bien mesurer. Une
candidature comme la mienne ou équivalente n'aura de sens que si elle est
portée à la fois par les quadragénaires mais aussi par les anciens. Je suis
contre les affrontements de générations je pense au contraire que nous avons
beaucoup à faire tous ensemble. La date limite de dépôt est à début octobre 2011
cela laisse encore le temps d'une vraie réflexion.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Samy Injar
Source : www.lequotidien-oran.com