La relance industrielle est un enjeu majeur pour l'Algérie et constitue un passage incontournable pour régler le problème de l'emploi, a souligné lundi soir Mustapha Mekideche, expert en stratégie, lors d'une conférence organisée par la Chambre de commerce et d'industrie algéro-française (CCIAF) sur 'les conditions d'une relance industrielle en Algérie". M. Mekideche a constaté que le secteur industriel a été laminé. 'L'industrie nationale est en crise depuis deux décennies", a-t-il indiqué, relevant à la fois la non-compétitive du secteur public et la faiblesse du secteur privé.
Chiffres à l'appui, l'expert en stratégie a noté que la part de l'industrie dans le produit intérieur brut est tombée à moins de 5% contre 18% dans les années 1980. Son sentiment est qu''on ne s'est pas préoccupé suffisamment. On a laissé filer les choses. On s'est intéressé aux équilibres de la sphère monétaire, mais pas assez aux équilibres de l'économie réelle". M. Mekideche révèle que 40% des entreprises économiques qui constituent le secteur public marchand sont déficitaires. 30% seulement des sociétés ont une rentabilité à 10% et 30% ont une rentabilité inférieure à 10%. En termes de positionnement dans l'économie nationale, le secteur public marchand génère une valeur ajoutée de 326 milliards de dinars, ce qui ne représente que 2,3% du produit intérieur brut, cumule un chiffre d'affaires de 700 milliards de dinars et emploie 265 000 salariés. 'Un million d'emplois a été perdu", a regretté M. Mekideche.
Concernant le secteur privé, il est à 95% constitué de très petites entreprises (TPE) de 1 à 9 salariés. Les moyennes entreprises représentent moins de 0,5%. Il n'a donc pas la taille suffisante pour pouvoir peser. Pour des raisons historiques, il n'a pas pu avoir le développement attendu de lui. Dans les échanges commerciaux,
M. Mekideche a mis en exergue 'des déficits lourds à combler". En 2011, les plus grands déficits du commerce extérieur sont enregistrés dans les industries sidérurgiques, métalliques, mécaniques, électriques et électroniques (ISMMEE). 'Il n'y aucun excédent du commerce extérieur en produit industriel enregistré en faveur de l'Algérie", a-t-il souligné. Trois opérateurs, Sonatrach, Fertial et Cevital, réalisent à eux seuls 80% des exportations hors hydrocarbures, qui ne représentent, d'ailleurs, que 3% de l'ensemble des exportations. En revanche, 20 000 opérateurs sont intervenus dans des opérations d'importation. Sur les investissements industriels, la situation est aussi préoccupante. L'industrie ne représente que 10% sur les 27 000 d'investissements réalisés. Pour Mustapha Mekideche, 'l'arrêt de la désertification industrielle" est indispensable et le traitement du problème de l'emploi passe par la relance du secteur industriel. L'expert en stratégie parle de trois niveaux de réponses. En premier lieu, il faut des politiques de promotion et de développement de la production industrielle. 'Il n'y a pas de raison d'importer de Chine ou de Turquie des couvertures, alors que nous avons des usines qui sont fermées, et en face des marchés publics, cité universitaire, hôpitaux, armée... sur lesquels, il peut y avoir une préférence nationale", a-t-il indiqué.
Il faut, également, promouvoir des politiques de substitution à l'importation et la création de grands ensembles industriels publics et privés pour peser sur le marché, à l'image des 'chaebol" qui ont permis à la Corée de connaître une croissance fulgurante. Le deuxième niveau de réponse doit porter sur des politiques à l'intégration à l'économie globale, en construction des avantages compétitifs dans la transformation des ressources naturelles. Enfin, le conférencier a plaidé l'urgence d'améliorer le climat des affaires 'pour donner un signal fort à l'interne et l'international". M. Mekideche a aussi appelé au retour du crédit à la consommation, mais pour les produits fabriqués localement, et la mise en place d'un 'Small Business Act". Qualifiant la mise à niveau 'de marginale", l'expert en stratégie a estimé qu''il faut revoir complètement la démarche". M. Mekideche souligne, par ailleurs, la nécessité d'un redéploiement du secteur public marchand industriel sur les grands secteurs porteurs. Mais, a-t-il précisé, ce redéploiement 'ne doit pas être non plus un énième assainissement de toutes les entreprises. Il faut cibler les entreprises qui sont dans les secteurs structurants et qui ont un potentiel de développement". 'Il ne faut pas exclure la privatisation de ces entreprises, en ouvrant leur capital via la Bourse", a-t-il suggéré.
En matière de gouvernance, les lignes doivent, également, bouger notamment sur la dépénalisation de l'acte de gestion. L'objectif est de battre, en matière de produit national brut (PNB) l'Egypte et le Nigeria. Interrogé s'il existe un consensus politique autour de la relance industrielle, M. Mekideche pense qu'il existe 'un fort lobby d'importation dans et en dehors du pouvoir" qui ne souhaite pas que les choses changent. L'expert en stratégie estime que la classe politique doit se positionner sur la question.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Meziane Rabhi
Source : www.liberte-algerie.com