
Le grand maître de la musique arabo-andalouse, Sid-Ahmed Serri, décédé dimanche dernier à l'âge de 89 ans, est un monument de la culture algérienne, parti dans un silence quasiment total après 60 années de consécration et de sacrifice pour l'art musical algérien.Un art qu'il a tant chéri et préservé par le truchement d'enregistrements qu'il a réalisés pour les générations futures. 44 CD contenant pratiquement tout le patrimoine musical andalou sont aujourd'hui disponibles pour les amoureux de la nouba chère à son maître Abderrezak Fekhardji.Né le 3 novembre 1926 à La Casbah d'Alger et plus exactement au 14, rue des Dattes, actuellement Djouab-Mustapha, Sid-Ahmed Serri fait son entrée dans le monde musical en adhérant à la société musicale El Hayat alors qu'il avait 19 ans. Mais auparavant, il avait longtemps baigné dans la musicalité ancestrale puisque la maison parentale accueillait les ténors de la musique chaâbi de l'époque, à l'image d' El Hadj M'rizek et El Hadj El Anka qui venaient s'y produire très souvent. Il aimait aussi écouter les émissions radio consacrées à la musique algérienne notamment la nouba arabo-andalouse. Parallèlement à cette éducation musicale, Sid-Ahmed Serri avait un faible pour le samaâ soufi qu'il a appris à aimer par le biais de son grand-père Kaddour, un moqadem de la Tariqa aà'ssaouia, lequel organisait chez lui des séances de medh et des hadhrates spirituelles à l'occasion des mawassim tenus par cette confrérie religieuse. Il fut ainsi voué à l'initiation confrérique alors qu'il n'avait que 8 ans. C'est de par son amour pour ces inclinaisons mystiques, qu'il va se verser dans le chant religieux pour qu'il en fasse plus tard sa raison d'exister.D'ailleurs, il travaillait de son vivant pour la collecte du corpus poétique religieux chanté dans le moule de la nouba arabo-andalouse aux fins d'en éditer un livre dans le sillage de celui consacré aux textes andalous.Toutefois, ce sont ses capacités vocales et surtout mnémotechniques qui vont faire de lui un grand artiste. Tous ses amis musiciens s'accordent à dire qu'il avait une mémoire phénoménale quant à l'acquisition des pièces musicales qu'il recevait de son maître Abderrezak Fekhardji. C'est ce don qui lui permettra d'entrer de plain-pied dans la scène artistique et s'imposer en tant que grand maître du chant andalou, lequel statut lui donnera, à partir de 1948, la possibilité de chanter à travers les ondes de la radio et de la télévision.Sa renommée lui vaudra, en 1952, le poste de professeur de musique à l'association El Djazaà'ria-El Mossiliya. Il y professera jusqu'à 1988.Grand maître qu'il était, il s'inclinait devant ses pairs et vouait un respect incommensurable à l'endroit de ceux qui l'ont précédé dans le domaine musical. D'ailleurs, il ne tarissait jamais d'éloges à l'intention des mérites de Mahieddine Lakehal, de Mohamed Bentafahi, de Mohamed Fkhardji d'El Hadj El Mahfoud et de Dahmane Benachour. Plus d'une fois, il nous confiait ses appréciations pour ces maîtres qu'il considérait comme des références en matière d'interprétation de la nouba.En sus de son amour pour la musique arabo-andalouse, Sid-Ahmed Serri avait un immense penchant pour le chant religieux et plus particulièrement les mouloudiyate qu'il récitait à l'occasion du Mawlid Ennabaoui Echarif au mausolée de Sidi Abderrahmane El-Thaâlibi avec les ténors de ce genre lyrique à l'image de Bakir Messekdji, Si Mohamed Lekehal et Sid-Ali Benmrabet pour ne citer que ceux-là . C'est ainsi que des qaçaà'de ou cantiques y étaient chantées en chœur. Cependant, l'inexorable destinée voulait qu'il nous quitte. Sa dernière apparition en public fut le 26 mai 2015 à Blida à l'occasion d'un hommage rendu à Si Mohamed Lakehal par les association les Beaux-Arts d'Alger et El Djenadia de Boufarik. Il a été enterré lundi après-midi au cimetière de Sidi Yahia, à Alger.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Belarbi
Source : www.lesoirdalgerie.com