Réflexion - Une rencontre portant sur le thème «L'art et l'engagement politique» a eu lieu, hier, au Musée d'art moderne et ce, dans le cadre du Festival international d'art contemporain.
Cette rencontre a permis d'aborder l'art comme un acte d'engagement. En d'autres termes, les artistes, naturellement engagés dans la création artistique, se font témoins et acteurs des événements de leur temps.
Le Cubain Oscar Nelson Herrera Ysla, critique d'art, dira, dans son intervention, que «l'art se définit par la relation qu'il entretient avec le politique et le social».
L'intervenant, pour qui l'art soutient et accompagne les mouvements révolutionnaires, a souligné : «L'art change, évolue au fil du temps, selon les bouleversements sociopolitiques qui sont en étroite relation avec les changements et les ruptures économiques. »
Autrement dit, l'art renouvelle son champ d'action suivant les époques et les tendances prépondérantes.
Ainsi, l'art, un acte de résistance, change pour devenir un art circonstanciel afin de dénoncer les modes d'aliénation du moment. L'art et la politique sont liés l'un à l'autre dans un contexte continuellement marqué par diverses mutations en cours.
De son côté, la Tunisienne Rachida Triki, professeur d'esthétique et philosophie de l'art, estime, dans sa communication, que l'art, par essence est engagé, et que cet engagement «s'inscrit dans une dynamique qui créé des valeurs et des logiques». Rachida Triki, pour qui l'art a une portée subversif, et que la subversion se déploie dans une dimension émancipatrice, souligne : «L'art s'inscrit dans une stratégie de résistance», c'est-à-dire par l'art, les artistes s'engagent dans une résistance au discours politique, donc ils réagissent de manière à repousser les limites du pouvoir institutionnel. Pour illustrer son propos, elle s'est appuyée sur l'actualité sociopolitique que marque en ce moment la Tunisie. «Les artistes tunisiens ' et autres acteurs culturels ' ont le sentiment de prendre part au processus de démocratisation de la société en tant que contre-pouvoir au spectre de l'autoritarisme qui guette encore la Tunisie et ce, plus d'une année après les révoltes qui ont éloigné du pouvoir l'ancien Président Ben Ali», a-t-elle déclaré.
«Depuis la Révolution du Jasmin, ces artistes se montrent plus exigeants en matière de liberté et d'émancipation, nécessaires à la créativité. En ce sens, la posture critique propre à l'art devient une sorte d'autofondation de la citoyenneté», a-t-elle ajouté. «Une situation inédite est observée depuis les bouleversements politiques profonds qu'a connus le pays, traduite par l'appropriation de la rue pour des manifestations artistiques auxquelles les citoyens sont conviés à participer activement», a-t-elle poursuivi.
Ainsi, «cette même rue qui était interdite aux manifestations subversives est désormais ouverte aux actions esthétiques», a-t-elle souligné.
Rachida Triki soutient, en outre, que «l'engagement dans l'art est un phénomène de création, une ouverture sur l'avenir, et par l'engagement, c'est être contemporain».
Moment de partage, de rupture, une force créatrice, un processus de création, l'art engagé, qui est une forme de pensée, réinvente l'art en question pour une meilleure visibilité et approche de la réalité, puisque par l'art, l'artiste, témoin de son époque, traduit une actualité sociopolitique.
«L'art soulève des questions d'actualité», dit-elle, et d'ajouter : «L'artiste, qui, par l'art, s'inscrit dans une forme de résistance, est une personne incidente qui introduit [dans son art] des signes subversifs.»
En d'autres termes, l'artiste dérange le politique, parce que par l'art, il traduit ses préoccupations, suscitant ainsi le débat.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yacine Idjer
Source : www.infosoir.com