«Même les nains ont commencé par être petits», ironise un ex-militant du MCB puis du RCD et qui a fini par faire partie du MAK. Ce militant, qui se proclame ouvertement autonomiste et qui n'hésite pas à comparer le mouvement qu'il a accompagné depuis sa naissance aux lilliputiens et à ces charmantes créatures de la légende, a le mot, volontairement, sarcastique. Une joyeuse ironie qui en dit long sur l'optimisme et la patience de quelqu'un qui parie sur le long terme. Ce compagnon de Ferhat M'henni et cadre du MAK entend, visiblement, donner du temps au temps, il veut prendre date. Pour le moment, le MAK, une organisation non agréée mais tolérée par les autorités, suscite des réactions contrastées qui oscillent entre franche hostilité, petits sourires et propos condescendants, mais point d'indifférence.
S. Aït-Mébarek - Tizi-Ouzou (Le Soir) - Vingt-huit ans après le déclenchement des événements d'Avril 1980, le MAK, créé par Ferhat M'henni, il y a plus de dix ans, en pleine tourmente des événements de Kabylie, en 2001, se singularise par des slogans qui appellent à la reconnaissance d'un statut de large autonomie pour la Kabylie. Dans le «marché» de la revendication identitaire amazighe riche d'une panoplie d'offres et de propositions politiques, le MAK ose, à travers les notions de «peuple kabyle», de «nationalisme kabyle», de «kabylité», qui est un versant opposé à la notion de l'algérianité ardemment défendue, jadis, par Ferhat, des audaces sémantiques qui, tout en ajoutant du sens au registre contestataire, vont à contresens de la littérature revendicative produite par les différents acteurs engagés dans le combat pour la cause identitaire. Pour autant qu'elle se donne, de par son contenu sémantique et les slogans déployés, des allures de «révolution culturelle », en voulant marquer une rupture dans le processus historique de la revendication identitaire et culturelle amorcée depuis des décennies en Kabylie, la contestation amorcée par le mouvement dirigée par Ferhat M'henni, à travers les propositions consignées dans son PAK (pacte pour l'autonomie de la Kabylie), a ses limites. Pour certains, Ferhat opère des révisions déchirantes et renie son passé de militant internationaliste et ramène à un terroir géographique restreint ses convictions panbérbéristes et nationales-algérianistes défendues tout au long de son parcours politique et de chanteur engagé. Et ce n'est pas le moindre et seul reproche adressé, ici et là, au transfuge du RCD qui pèche, dit-on, par témérité et dont l'initiative ne soulève pas, pour l'heure, l'adhésion massive des foules tant espérée. D'autant plus que, argumente-ton, dans ces milieux critiques à l'égard du mouvement autonomiste, les appels à investir la rue à l'occasion de chaque célébration de la traditionnelle marche du 20 Avril, depuis la création du MAK, n'ont pas reçu l'écho escompté de la part du «peuple kabyle» auquel Ferhat ne manque pas de s'adresser à chaque fois. Des étudiants et de rares exfigures du défunt Mouvement citoyen de Kabylie sont réceptifs, pour l'heure, aux sollicitations du MAK. Qu'à cela ne tienne ! «La révolution» autonomiste, qui n'a pas été au rendez-vous durant ces rituelles marches du Printemps berbère, compte quand même au sein du mouvement pour l'autonomie de la Kabylie d'irréductibles optimistes. «Les nains ont aussi commencé par être petits», répétera, pour nous convaincre, cet ami de Ferhat, et devenu depuis quelque temps, un excadre du MAK. Car des dissidences existent déjà au sein du MAK. La mise en place par Ferhat de son fameux GPK, gouvernement provisoire kabyle, n'a pas été du goût de nombreux militants et de fidèles de ce mouvement qui n'ont pas manqué de dénoncer par voie de presse les initiatives qu'ils considèrent opaques et personnelles du principal dirigeant et fondateur du MAK.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S A M
Source : www.lesoirdalgerie.com