Dans l'interview qu'il a accordée aujourd'hui au direct de Maghreb M, la radio web de Maghreb Emergent, Mourad Preure, conseiller de la DG de Sonatrach pour les questions stratégiques jusqu'en 2005 et aujourd'hui directeur du cabinet conseil Emergy, exprime un point de vue décapant sur les perspectives énergétiques de l'Algérie.
C'est avec beaucoup de vigueur que Mourad Preure s'élève contre les scénarios en vogue sur le déclin énergétique de l'Algérie bien qu'il ne conteste pas la baisse de ses exportations gazières, « revenues à moins de 55 milliards de m3, ce qui a réduit (sa) part sur le marché européen à environ 10% contre plus de 12% voici encore quelques années ». Il se dit persuadé qu'elle restera, au niveau régional, « un acteur énergétique majeur au cours des prochaines décennies ». Une conviction qui s'appuie sur une offre algérienne « plus stable et moins volatile que celle du concurrent qatari » en raison d'infrastructures existantes et qui, en outre, « reste nécessaire à l'équilibre énergétique européen ».Une conviction alimentée surtout par une vision prospective de l'avenir énergétique du pays.
Pour le directeur du cabinet conseil Emergy, le mix énergétique de demain sera constitué à parts égales de ressources fossiles et d'énergies renouvelables. De ce point de vue, affirme-t-il, l'Algérie dispose dans la région, entre gaz et ensoleillement, d'atouts qui en font un partenaire incontournable. Nos réserves gazières ne doivent « pas être regardées aujourd'hui », a-t-il rappelé. Même si « Hassi R'mel a été malmené » parce qu'il fallait respecter les contrats et « faire la soudure pour les retards accusés par les autres projets gaziers », les ressources en gaz conventionnel sont encore considérables. Et puis « si on est capable demain de produire du gaz de schiste, pourquoi pas renouveler le modèle de gestion de Hassi R'mel ' ». Sans parler de Hassi Messaoud, dont « les réserves, estimées à plus de 50 milliards de barils au moment de sa découverte, n'ont été exploitées qu'à hauteur de 23%, alors que les techniques disponibles permettent d'aller couramment jusqu' à des récupérations de 50 voire 60% ».
Une demande d'électricité multipliée par quatre d'ici 2030
La vision prospective de Mourad Preure est aussi celle d'une Algérie qui doit « multiplier sa consommation d'électricité par 4 d'ici 2030 ». Cet expert balaye les scénarios malthusiens: « Personne n'a de légitimité pour priver une partie de la population algérienne de l'accès à l'électricité qui est à la base de tout.» Les tarifs de l'électricité ne doivent pas être touchés, préconise-t-il, et il faut plutôt « taxer les gros consommateurs ». D'ailleurs, « l'efficacité énergétique n'est pas seulement une question de tarifs ».
Et puis la question de la croissance de la demande énergétique renvoie à un enjeu plus fondamental. Il s'agit de « la pérennité de l'Algérie en tant que nation » qui exige la construction de « grandes voies ferrées qui relieront Alger à Tamanrasset et à Adrar et permettront demain le brassage des populations dans un nouveau melting pot qui demandera la construction de grandes agglomérations, elles aussi fortement consommatrices d'énergie ».
Pour la satisfaction d'une demande en augmentation aussi rapide, il faudra « développer toutes les sources d'énergie », souligne-t-il.
Dans le paradigme énergétique de demain, contrairement à une idée répandue, Mourad Preure est convaincu que « le nucléaire va jouer un rôle important ». Aussi bien que l'énergie solaire, domaine dans lequel l'Algérie dispose d'atouts décisifs avec un ensoleillement exceptionnel à un moment où l'industrie du solaire est en crise. D'ailleurs s'il avait un conseil à donner au gouvernement algérien, ce serait de « constituer une cellule de veille pour voir tout ce qu'on peut acheter dans ce domaine en actifs industriels, surtout en Europe, où les entreprises du secteur sont en crise à cause de la concurrence chinoise qui les a laminées ».
Pas de place en Algérie pour deux acteurs énergétiques
A propos de la question de savoir qui doit mettre en 'uvre cette stratégie de transition énergétique, le spécialiste en stratégie industrielle n'a pas beaucoup de doutes. Pour lui, « il n'y a pas de place en Algérie pour deux acteurs énergétiques ». Dans l'économie mondialisée d'aujourd'hui, « il faut avoir la masse critique » et Sonatrach doit devenir une « puissante compagnie énergétique à l'image des grands groupes internationaux. Si une entreprise doit faire entrer l'Algérie dans le nucléaire ou le solaire, c'est Sonatrach ».
Le directeur du cabinet conseil Emergy invite au passage les médias nationaux à plus de modération et de prudence dans le traitement des « affaires » qui agitent le secteur parce que « Sonatrach représente aujourd'hui encore ce que l'économie algérienne a produit de plus performant. La seule grande entreprise qui évolue aux standards internationaux et la seule qui soit en mesure de mener la diversification nécessaire de notre production d'énergie ».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yazid Taleb
Source : www.maghrebemergent.info