Il y a quelques jours, un responsable d'Alger du parti FLN, sans doute victime de sa propre auto-intoxication, a laissé échapper une énormité reproduite dans la presse sans autre commentaire que la qualité, soulignée, de coordonnateur des redresseurs de la capitale, de son auteur. A en croire donc le vénérable militant, la crise qui secoue actuellement le FLN risque de s'inviter jusque dans le quotidien des citoyens algériens. En mal bien évidemment. Dans un communiqué (22 décembre 2012), le «Mouhafadh» signataire nous met en garde contre «un grave danger», celui du «maintien de Belkhadem à la tête du FLN». Et pas seulement pour le parti, prévient-il, car «ses dérives (de Belkhadem, ndlr) ont désormais un impact sur la vie politique en Algérie et menacent même la stabilité sociale du pays». Rien que ça ! Heureusement, les Algériens, toujours courageux face à l'adversité, s'apprêtent aux lendemains difficiles annoncés sans panique, voire avec stoïcisme. Aucune ruée vers les magasins d'alimentation n'a été constatée. Semoule, légumes secs, café et sucre sont restés partout disponibles en quantité et sans augmentation des prix. L'appel à des manifestations populaires de soutien au mouvement de redressement n'ayant pas été lancé, c'est donc wait and see.
Concédons, toutefois, aux propos facétieux une petite, mais alors toute petite, part de vérité. Elle tient dans l'impact évoqué sur la vie politique en Algérie. En tant que parti du pouvoir, si le FLN continue à faire des vagues plus longtemps, il y a en effet risque de parasitage, plus ou moins gênant, de la prochaine campagne présidentielle, dans un peu plus d'un an. Mais, franchement, peut-on imaginer un seul instant un FLN affranchi jouer la mouche du coche en s'attribuant un rôle de faiseur de roi ' Le peuple ne se passionnant pas vraiment pour la vie intérieure des partis -ni extérieure, du reste-, les solutions ne peuvent venir que de leurs militants et, pour au moins deux d'entre eux, du pouvoir dont ils ne peuvent envisager de se séparer. A supposer même que le centralisme démocratique soit encore une règle en vigueur chez eux, ils n'auraient alors qu'à régler leurs différends par le vote et un bon décompte des voix pour des majorités claires qui confirment les responsables contestés dans leurs fonctions ou, au contraire, leur signifient une fin de mission. Pourquoi prendre le peuple à témoin et tout ce mouchardage mutuel sur qui soutient ou pas le président de la République pour un éventuel quatrième mandat ' Au RND, deuxième parti jumeau du pouvoir, le chef décrié n'a pas laissé à ses adversaires le temps de livrer bataille et d'engranger la victoire de son éviction. Aux pertes et profits, Yahia Guidoum perd un point qui n'est pas parti loin, puisque récupéré de facto par Ahmed Ouyahia. Venu comme tête d'affiche des contestataires, la mission du premier a été vidée de son contenu par la démission surprise du second. L'ancien Premier ministre n'a pas gagné dans l'immédiat, car il a préféré offrir sa tête plutôt que de l'exposer à rouler dans la sciure. Mais pour le professeur Guidoum, qui se voyait à la tête du parti («Je vais prendre le contrôle du RND»), le succès n'est atteint qu'à moitié si on prend comme critère l'objectif qu'il s'était assigné. Aux dernières nouvelles, les deux tendances du parti ont tenu dans le calme une réunion commune et se sont entendues sur le successeur d'Ouyahia.
Au FLN, ça tourne à la foire d'empoigne et vole vraiment au ras des pâquerettes. En l'absence d'explications claires et objectives des uns et des autres, face à l'indigence et à la mesquinerie des arguments ressassés par certains, on laisse entendre que la solution est attendue, plutôt quémandée, du chef de l'Etat invité à descendre dans une arène où se mêlent gladiateurs et chiffonniers, alors que ses hautes charges le placent en principe au dessus des rivalités inter et intra-partisanes. Le secrétaire général, visé par l'opération de «redressement», est manifestement décidé à ne pas faciliter la tâche à ses détracteurs, dont on ignore à quelles règles de fonctionnement de leur parti ils se réfèrent pour le destituer. S'ils ont la majorité dont ils n'arrêtent pas de se prévaloir, un simple vote du comité central leur suffira à faire partir manu militari Belkhadem. L'instance du FLN se réunira dans quelques jours seulement, le 31 janvier. Au lieu de quoi, chacun compte ses troupes ailleurs. Le dernier décompte en date est celui des ministres, dont huit viennent publiquement de réclamer la démission de Belkhadem. La démocratie interne en prend pour son grade, décidément. Logiquement, un militant reste un militant, fût-il ministre et sa contestation s'exprime en interne. Sinon, une telle démarche s'inscrirait dans une logique de complot, ce qui ne serait pas tout à fait nouveau au sein du vieux parti où fut expérimenté avec succès un «coup d'Etat scientifique».
Qu'on veuille prendre le peuple à témoin, c'est bien gentil. Mais encore faut-il se donner en exemple d'une certaine morale politique qui puisse emporter l'adhésion. Mais, au RND comme au FLN, on a plutôt vu les couteaux sortir nombreux des fourreaux dès qu'on a vu le b'uf près de tomber à terre.
A. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Samil
Source : www.latribune-online.com