Alger - A la une

«Mon livre est un appel à la fraternité»



L'Expression: Vous venez de publier un livre, «La légende du Doyen», consacré au M.C.A, peut-on savoir qu'est-ce qui a motivé votre choix'Noureddine Louhal: C'est d'abord en la qualité d'un féru du beau jeu, mais aussi du statut de supporter et de l'attitude d'un curieux qui est descendu des tribunes pour y voir de plus près ce qu'il reste des vestiges de cette légende qui s'était écrite et rangée dans un coin de ma mémoire, alors que j'étais enfant. Certes, que l'idée d'évaluer ce qu'il reste de ce géant aux pieds d'argile, trottait balle au pied dans ma tête, mais je n'osais pas... Etait-ce de la peur de mal faire ou de la prise de risque de tarir mon encrier et même d'y casser ma plume' C'en était ainsi jusqu'au jour où mon éditeur Tarik Djerroud des Editions Tafat m'a insufflé l'idée ou plutôt la perche qu'il m'a tendue pour sauter si haut et tomber dans le jardin du Doyen. Il est vrai que l'exercice n'était pas une sinécure. Loin s'en faut! Et c'est armé uniquement de mon album de souvenirs de lieux de convivialité dont les cafés de la Casbah d'Alger mais aussi à l'aide d'un filon mémoriel de documents que je me suis procuré auprès d'anonymes lambdas que je suis allé sur les pas du Mouloudia Club d'Algérie. Il faut dire qu'au fil de l'itinéraire de mes investigations, il n' y a eu que de rébarbatifs haussements d'épaules qui n'étaient pas faits pour me décourager. Mais qu'à cela ne tienne, j'ai eu la main heureuse auprès du centre de documentation et d'archives de notre bonne vieille feuille de choux d'El Moudjahid qui m'a ouvert les portes sur les pages glorieuses de l'authentique Mouloudia d'Alger des années bénies 1960-1970. Autre avantage, les multiples périodes de confinement ont été propices pour la faisabilité de l'oeuvre que j'ai commencé à écrire le 4 octobre 2020 pour être au rendez-vous de la flamme de la bougie du centenaire (1921-2021) que ni le Doyen ni ses supporters n'ont soufflée, hélas!
Ecrire sur un club aussi mythique que le M.C.A est sans doute une lourde responsabilité, n'est-ce pas'
C'est plutôt une odyssée ou de préférence un challenge que j'avais à coeur de fructifier pour mes efforts autour d'une oeuvre où il y a beaucoup à dire et à écrire. Alors, quand faut y aller faut y aller au charbon et de rentabiliser au mieux une période de longue précarité culturelle due à la sinistre période de la Covid-19 que nous avions vécue. Certes, il s'agît d'un poids excessif en matière de responsabilité, mais j'avais à coeur d'évacuer l'écueil de la responsabilité et d'honorer surtout ma mission. Celle d'«un historien de l'instant» telle qu'elle est préconisée par Albert Camus afin d'outiller l'historien d'un amas de matériaux d'écriture contenu dans ma modeste oeuvre livresque. Bien entendu, l'écriture n'est l'apanage de personne et nul n'a le monopole de l'amour de notre patrimoine qui reste le bien commun de tous les Algériens. D'où il est requis d'écarter d'ores et déjà le risque que fait peser la responsabilité et d'aller de l'avant dans l'écriture de pages qui, malheureusement, se perdent présentement. Pour ce faire et pour peu d'honorer l'abécédaire de notre métier, le mieux est de taper aux bonnes portes et d'écrire sans tenir compte des qu'en- dira-t-on. Ce n'est qu'à ces conditions que l'on ira de l'avant dans notre devoir d'informer.
Pour les lecteurs qui n'ont pas encore acheté ce livre, pouvez-vous leur brosser un tableau sur son contenu'
En dépit du titre «La légende du Doyen», mon livre est un condensé culturel au-dessus duquel tournoie le triptyque de la bande dessinée, la musique, mais aussi le cinéma, eu égard à l'évocation de l'obscure salle «Nedjma» de la Casbah où les Ya Ouled, ces petits cireurs d'hier y allaient s'instruire des films arabes issus du Caire et que ces indigènes exclus du savoir n'avaient pas à l'école publique de Jules Ferry. En ce lieu si familier aux Casbadjis, sis à l'escalier de la rue Mustapha-Hadjadj (ex-Cagliata) qui est adjacent à la rue Arbadji-Abderrahmane (ex-Marengo) dans la basse-Casbah, la bande dessinée se feuilletait à en veux-tu en voilà. C'est dire que le Ya Ouled s'instruisait à la débrouille, et ce jusqu'à l'éclosion de l'étoile du Mouloudia qui a illuminé les «z'niqat» (venelles) de La Casbah ce 7 août 1921. Mieux, l'illumination du sigle M.C.A a halé tout ce qu'Alger comptait de musiciens, de chanteurs et de comédiens qui égayaient les soirées du Nadi Ettaraqi (Cercle du progrès) où le Mouloudia d'Alger avait élu son cercle de rencontres avec ses sympathisants. Et pour ce qui avait trait à la solidarité, celle-ci s'illustrait avec les pauvres à «Dar Essadaqa» de la rue des Abdérames, mais aussi avec l'amitié légendaire qui se tissait entre les mouloudéens kabyles algérois et les Kabyles de la J.S.K, de l'U.S.M.A et d'autres clubs de l'Algérie profonde. C'est dire que mon livre est également porteur d'un message de paix à l'attention de nos jeunots qui confondent de nos jours le stade avec une arène de gladiateurs. Outre l'appel à la fraternité, on s'y promène dans d'agréables promenades au fil des pages de mon livre, avec l'objectif de ressusciter de l'oubli et autant se faire que peut, des personnalités du mouvement sportif national qui avaient placé le Doyen sur le toit de l'Afrique au soir du 18 décembre 1976.
Vous êtes l'auteur de nombreux livres à différents thèmes, pouvez-vous nous brosser un tableau de vos ouvrages'
Mes livres obéissent à une ligne éditoriale que je me suis tracée depuis la publication de mon premier livre intitulé «Chroniques algéroises la Casbah» (éd, Anep 2011) qui a ouvert la voie aux «Jeux de notre enfance» (Editions Anep 2013), «Sauvons nos salles de cinéma» (éd, 2013 et 2019) après quoi «Instantanés sur une époque» (Editions Anep 2015). À ce sujet, mes livres racontent l'existence des gens de la casbah d'Alger et de la foule de curiosités qui faisaient la notoriété de notre médina classée en 1992 au patrimoine de l'Unesc
.
Vous avez écrit un livre ayant obtenu un succès remarquable auprès du lectorat, celui consacré à la ville d'Alger, «Alger, la Blanche», parlez-nous en...
Il s'agît d'«Alger la Blanche (contes, légendes et boqalat)» (éd, Tafat) où j'ai dépoussiéré de l'oubli des lieuxdits à l'instar de «Dar raïba» (la maison en ruine), «Dar El Ghoula» (la maison de l'ogresse) et tant d'autres endroits qui allaient disparaître non seulement de la carte urbaine d'Alger, mais aussi du vocabulaire. Pour ce faire, j'ai embelli chaque site d'un conte de chez-nous, à l'exemple de «Loundja Bent El Ghoul» à «Dar El Ghoula» et «M'quideche Boulahmoum» à la forêt des Eucalyptus de Bab-Edjedid. L'élixir a produit l'effet escompté auprès de mes lecteurs âgés de 7 à 77 ans et il représente (le livre) l'essentiel de ma carte de visite.
Vous avez aussi publié «Alger la mystique». Alger est aussi une ville mythique, n'est-ce pas'
D'où la publication de mon livre «Alger la mystique (Ziyarat autour de nos fontaines» qui va de pair avec mon livre «Alger la Blanche». À eux deux, l'un narre nos contes d'antan et le second est un florilège de fontaines de la Casbah, du Grand-Alger et des Ness El-Fahs (les banlieusards), notamment Bir-Khadem et le village kabyle de Tixeraïne. Pour ce qui est de l'aspect mystique, les sources de la Casbah portent à leurs frontons des «douâa» (prières) qui veillent sur la pérennité des zaouïas oubliées et des écoles coraniques.
Vous êtes très présent sur la scène de la vie littéraire, vous prenez part à de nombreuses activités ayant trait au livre, quel est votre avis sur le regain de la vie culturelle chez nous'
Il est du devoir de chacun de nous d'occuper la scène culturelle afin de lever le voile de l'obscurantisme et d'amoindrir l'ignorance, dont on n'en guérit jamais et dont les dégâts s'évaluent à la tragédie de la décennie rouge ou noire, c'est selon. Il est vrai aussi qu'il y a foule à chaque café littéraire où les amateurs des belles-lettres se bousculent et c'est encourageant après la diète culturelle qui nous a été imposée par la Covid-19.
Il y a un foisonnement littéraire impressionnant en Algérie, ces dernières années, de nombreux nouveaux romanciers de talent sont apparus, d'autres, plus anciens, continuent d'écrire et d'éditer, comment expliquez-vous ce phénomène heureux'
L'écriture est d'abord un acte pérenne pour immortaliser notre patrimoine matériel et immatériel, mais c'est aussi un acte de résistance que d'écrire pour retrouver nos repères de perdus. D'où qu'il est requis d'être là aux cafés littéraires, histoire d'encourager et de soutenir les auteurs qui arrivent dans la sphère du verbe et des belles-lettres. Bien entendu, l'engouement pour notre patrimoine y est pour beaucoup dans l'éclosion de talentueuses plumes et c'est avec notre présence permanente que l'on intéressera des jeunes que l'ignorance guette à tout coin de rue.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)