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Mon frère militaire a vendu son arme afin de financer mon voyage pour l'Algérie



Mon frère militaire a vendu son arme afin de financer mon voyage pour l'Algérie
Attaques aveugles, raids aériens, bombardements, explosions, civiles tués? Presque deux ans depuis la guerre au Yémen, le droit international a été violé à de nombreuses reprises. La situation humanitaire est inquiétante, la famine toucherait certaines provinces et des milliers de déplacés se réfugient là où ils le peuvent. Radwan Hubaish est un Yéménite réfugié chez nous. Son parcours est une longue nuit glaciale où le jour ne se lève jamais.- Le Yémen est plongé dans la guerre depuis presque deux ans, avec plus de deux millions de déplacés. Un drame que vous vivez, même loin de chez vous...Nous vivons tous cette tragédie, que l'on soit au Yémen ou réfugiés dans un pays loin de chez nous. Tous les jours des centres hospitaliers, des écoles, des banques de don de sang sont bombardés et on ne compte plus nos morts. La crise est humanitaire, alimentaire et sanitaire. Je crains même que l'on parle de famine dans certaines régions, car le peu d'ONG qui restent sont quelquefois obligées de négocier avec les houthis, et tentent de distribuer des denrées alimentaires, toujours en quantités insuffisantes. Les villes de Taez, Saada et Aden sont détruites par l'intensité des frappes de la coalition arabe. Dans les autres régions, les bombardements ont détruit l'économie ; de ce fait, les produits de base connaissent une importante inflation.- Avez-vous des nouvelles de votre famille restée au Yémen 'Cela remonte à quelques semaines, j'ai pu avoir ma mère au téléphone. Ils sont tous en vie, mais pas en bonne santé à cause du manque de nourriture, d'eau et de médicaments. Mes s?urs me demandent des choses que je ne peut pas avoir. La vérité est que je ne peux pas leur envoyer de l'argent ou des aides pour qu'ils puissent subvenir à leurs besoins les plus urgents. Je suis condamné juste à être informé de leurs malheurs. Ironie du sort, je suis celui qui informe les gens, puisque j'ai exercé en tant que journaliste et correspondant de la chaîne Maeen space channel, au Yémen.- Comment arriviez-vous à exercer votre métier 'Je suis né dans la province de Hajjah, dans le nord-ouest du Yémen, aux frontières avec l'Arabie Saoudite. Là où les avions de chasse saoudiens bombardent continuellement la province. J'ai fait mes études à Sanaa et j'ai très vite rejoint une chaîne de télévision. Au début, ça se passait bien, je rapportais l'information, mais la situation a commencé à se dégrader et les menaces sont devenues mon quotidien. Les Houthis voulaient me faire signer une renonciation au droit de pratiquer mon métier de journaliste et de cesser de rapporter les faits pour ne pas informer le gouvernement de ce qui se passait dans les régions où ils avaient la mainmise.Un jour, un kamikaze s'est fait exploser non loin de là où je me trouvais. Le choc m'a poussé à fuir cette violence. Aussi, l'espoir m'a donné l'énergie de partir pour parler de cette guerre qui se raconte à huis clos et qui est peu couverte par les médias. Mon père n'était plus payé depuis des mois et mon frère a été enrôlé de force dans les rangs des Houthis, il a dû vendu son arme afin de financer mon voyage pour l'Algérie.- Quand êtes-vous arrivé en Algérie 'Je ne voulais pas quitter ma famille, notre lutte et mon pays. Mais la situation pour moi devenait invivable. Je risquais ma vie chaque jour. En tant que journaliste, mais aussi du fait que mon père et mon jeune frère soient enrôlés dans l'armée, je subissais une pression énorme et je les mettais indirectement en danger. Je suis arrivé en Algérie en 2015, en passant d'abord par la Turquie. Une fois en Algérie, un homme m'a conduit dans une mosquée pour demander de l'aide, mais l'imam a été clair, je pouvais passer une nuit et me reposer, mais je n'avais pas le droit de rester plus longtemps.A vrai dire, c'est le temps qu'il me fallait pour me reposer et me mettre immédiatement à chercher un travail. Au bout de trois mois, je ne parvenais pas à me stabiliser ni à subvenir à mes besoins, encore moins à trouver une planche de salut. J'en ai parlé à un cousin installé en Jordanie, qui m'a invité chez lui. J'ai alors pris un billet pour Amman. Une fois arrivé, les autorités jordaniennes ne m'ont pas laissé passer, malgré le fait que mon cousin et sa femme étaient venus me chercher à l'aéroport. Les Jordaniens m'ont refoulé vers l'Algérie.- Vous appréhendiez le retour vers l'Algérie 'En toute sincérité, je ne voulais pas revenir, je craignais l'accueil des autorités algériennes qui m'avaient glacé le sang précédemment. Une fois arrivé, ils m'ont laissé, une fois de plus, entrer. Je ne pouvais pas errer dans les aéroports. Il fallait faire un choix. Je me suis résigné et me suis inscrit pour demander le droit d'asile au Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) d'Alger.Seulement, je ne savais pas que ce document n'avait presque pas de valeur aux yeux des autorités. Une fois, un gendarme m'a dit clairement qu'il ne reconnaissait pas les Nations unies et que ce document n'avait aucune valeur juridique. J'ai dû réfléchir vite à une issue de secours ce jour-là pour ne pas subir ses sanctions.Le papier délivré par le HCR ne protège en rien ! Même pas pour trouver du travail, un logement convenable, encore moins se nourrir, ce qui m'amène à penser à quoi sert ce bout de papier ' Certaines personnes, notamment des migrants subsahariens et réfugiés syriens, m'ont expliqué qu'en Algérie les ONG et les organisations internationales ont peu de libertés de fonctionnement. Quant aux associations algériennes, elles ne peuvent pas à elles seules gérer la situation des réfugiés et des migrants qui fuient des pays déchirés.- Vous sentez-vous marginalisé 'Absolument. Je me suis marié à une Algérienne et nous avons un bébé de 20 jours. Je ne me doutais pas des complications administratives, des lenteurs et des blocages et le fait que je sois étranger complique nos vies. Je suis isolé et seul. Je ne peux pas travailler dans mon secteur, alors je fais un métier que je n'aime pas et qui ne me suffit pas. Je vis dans un taudis à 15 000 DA le mois. Je me nourris de tomates et d'oignons. Je sens le ciment, le sable et mes mains sont ensanglantées par des outils que je ne maîtrise pas.- Qu'est-ce qui vous fait tenir 'L'espoir de rentrer dans mon pays avec de nouvelles compétences afin de le reconstruire et participer à son développement. Sans doute aussi mon enfant qui donne un sens à ma vie. Et surtout l'envie de faire plus pour mon peuple et les réfugiés. J'ai un message à faire passer aux instances internationales, au monde, à mes confrères des médias étrangers. Je veux porter la voix des réfugiés yéménites dans les pièces closes où se décident nos destins pour que les choses changent. Pour que l'on ne soit plus les oubliés, les cendres des bombardements.
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