La compétition officielle des documentaires du 8e Festival international du cinéma d'Alger dédié au film engagé a été inaugurée samedi à la salle El-Mougar avec la projection du film Molenbeek, génération radicale ' de Chergui Kherroubi et José-Luis Penafuerte.Au lendemain des attentats de Paris en novembre 2015, la commune bruxelloise déshéritée de Molenbeek d'où sont issus les deux terroristes est devenue la tête de Turc des grands médias qui en ont très vite fait le point G d'une espèce de géographie maudite, pourvoyeuse d'extrémisme.
C'est pour transcender cette image somme toute caricaturale que les deux réalisateurs ont installé leur caméra dans ce quartier à forte concentration maghrébine séparé du Grand Bruxelles par un canal devenu une «frontière virtuelle».
Chergui Kherroubi et José-Luis Penafuerte ont cherché les humains souvent exclus du discours médiatique stigmatisant et c'est ainsi que, durant 65 minutes, la parole sera donnée aux habitants qui se rejoignent tous sur la nécessité de déconstruire les clichés et de comprendre ce qui arrive à leur quartier. D'abord, la jeunesse : toute une génération devenue suspect numéro un aux yeux des médias, scrutée comme une cocotte de djihadistes et quasiment exclue du monde «civilisé» bruxellois.
Filles et garçons expriment alors leur ressenti vis-à-vis de l'actualité brûlante et dénoncent l'image déshumanisée donnée de leur commune mais essayent également de comprendre ce qui s'est passé dans l'esprit de ces nombreux jeunes partis rejoindre Daesh en Syrie.
On écoutera aussi les acteurs associatifs, dont l'infatigable Foaud, véritables Sisyphes de l'accompagnement psychologique et culturel des jeunes, qui s'efforcent chaque jour, malgré la rareté des moyens, à créer des espaces d'expression et d'échange. S'ajoutent plusieurs autres personnages emblématiques de la vie communautaire à l'instar d'un imam laïque, des artistes, des éducateurs, une association de femmes, un ancien détenu de Guantanamo, des parents de Molenbeekois partis au djihad, des adolescents qui expriment leur colère par l'art, etc.
En voulant apporter de la nuance à une image monolithique et peu reluisante, les réalisateurs ont fini par verser dans l'autre extrême. Face à la diabolisation, le film tombe très vite dans l'angélisme en succombant aisément à une espèce de sémantique gorgée de bons sentiments, n'offrant que très peu de relief au propos, allant même jusqu'à réduire le champ d'expression à une simple et prévisible démarcation massive des actes terroristes.
L'islam est innocent de ces horreurs ; les terroristes ne sont pas de vrais musulmans ; la misère et le racisme produisent le fanatisme ; les djihadistes sont de jeunes paumés récupérés par les marchands de la mort ; le vivre-ensemble doit primer sur tout le reste, etc. Molenbeek, génération radicale ' semble dépassé par la tournure lénifiée de la quasi-totalité des témoignages et s'installe alors dans une sorte de confort formel et intellectuel qui ne lui laisse que très peu d'espace pour cultiver le questionnement et inciter à la réflexion.
Cela donne un film simplement utile dans le sens où il déconstruit l'image réductrice véhiculée par les mass media européens, mais les bons sentiments, on le sait, ne permettent que très rarement l'éclosion d'un langage cinématographique.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sarah Haidar
Source : www.lesoirdalgerie.com