Alger - Revue de Presse

Mohamed Achache. Représentant de l?Algérie au NEPAD



« Les sceptiques doivent méditer l?exemple de l?Asie » Ancien membre de l?équipe, à laquelle est revenu la mission de penser l?architecture du Partenariat pour le développement de l?Afrique, M. Achache est actuellement ambassadeur de l?Algérie au NEPAD. Rencontré en marge des travaux de la 2e session du forum des chefs d?Etat du Mécanisme africain d?évaluation par les pairs (MAEP) et du 12e sommet du comité des chefs d?Etat pour la mise en ?uvre du NEPAD, dont les travaux étaient organisés mardi à Alger, il évoque l?importance des progrès réalisés par cette initiative, trois années après son lancement. Faisant preuve d?une extrême modestie, Mohamed Achache n?élude pas les insuffisances caractérisant encore la démarche. Quel bilan peut-on tirer de l?initiative du NEPAD trois années après son lancement ? La grande satisfaction vient d?abord des succès des efforts engagés pour réduire les conflits et restaurer la paix. Des 19 conflits qui ravageaient encore le continent il y a trois ans, il n?en reste plus que trois. Ce résultat encourageant prouve, à lui seul, l?utilité du NEPAD et incite à aller de l?avant pour trouver des solutions aux autres problèmes. Car il faut savoir que rien ne peut se faire sans la paix. Le continent ne peut pas amorcer sa croissance économique sans la stabilité et le retour à la paix. Et pour le bilan économique, avez-vous des exemples concrets à donner ? La preuve éloquente qui atteste des progrès accomplis dans ce domaine est fournie, à titre d?exemple, par les performances économiques réalisées par la République démocratique du Congo (RDC) depuis la fin de son conflit. Ce pays enregistre actuellement 6,7% de croissance. Le continent a atteint, quant à lui, une croissance globale de 3,6%. Ceux qui connaissent l?Afrique et ses problèmes, vous diront que ce résultat n?est pas négligeable. Autre chose : il est constaté des avancées significatives pour ce qui concerne l?enracinement de la culture démocratique et l?ouverture économique. Actuellement, 42 pays du continent ont des marchés totalement ouverts. Permettez-moi de vous signaler aussi qu?il s?est instauré un débat contradictoire qui commence à porter ses fruits. Cela veut-il dire que le continent a globalement dépassé la problématique des conflits et qu?il commence à se concentrer entièrement sur les questions du développement ? Soyons modestes. Pour le moment, nous sommes toujours dans une phase de construction. Le gros du travail reste à faire. Mais d?ores et déjà, je peux vous dire que beaucoup a été fait en matière de mise en place des stratégies et des programmes. Cela dit, convenez avec moi qu?il n?est pas possible de tout avoir maintenant. Je vous rappelle que les deux premières années qui ont suivi le lancement du NEPAD, en 2001, ont surtout servi à mettre la mécanique de la machine en place. Celle-ci (la machine, ndlr) n?a commencé à se mettre en branle que depuis peu. Malgré cela, je le répète : les résultats actuels confirment la pertinence et les horizons prometteurs du NEPAD. En termes de programmes ou de politiques de développement, où en êtes-vous ? Les politiques sectorielles se rapportant à l?éducation, à la santé, à l?agriculture, à l?environnement et au tourisme sont prêtes. Certaines d?entre-elles sont d?ailleurs mises en ?uvre actuellement. Dans ce domaine, nous sommes vraiment sur la bonne voie. Je ne cache pas cependant qu?il reste des efforts colossaux à déployer pour réaliser les objectifs du « Partenariat ». J?appelle aussi à la patience, car certains résultats ne seront perceptibles qu?au bout de quelques années. La dette constitue un fardeau pour le continent. Elle a atteint, selon certaines sources, la barre des 340 milliards de dollars. Où en sont les représentants du NEPAD dans la prise en charge de ce dossier complexe ? Nous y travaillons. Je reconnais que ce n?est pas facile. Quelques résultats ont été enregistrés. L?action du NEPAD a permis la prise en charge de la dette des pays les plus pauvres du continent. En contrepartie, il leur est demandé d?investir dans le secteur de l?éducation et de la formation. C?est vrai que cela peut paraître maigre comme résultat, mais c?est déjà une avancée...en attendant d?autres. Au risque de me répéter, il faut surtout souligner la pertinence du NEPAD et poursuivre les efforts pour réaliser ses objectifs. Car les étapes franchies prouvent réellement que tout est possible. L?essentiel étant d?être réalistes, affronter les problèmes avec méthode et croire dans le potentiel de l?Afrique. Il faut sortir du pessimisme. Que pensez-vous de ceux qui expriment actuellement des réserves quant à l?efficacité du NEPAD ? A ceux-là, je rappellerai tout simplement la dimension politique du NEPAD. Je soulignerai aussi que le principe de cette initiative est d?abord d?amener les pays à instaurer une bonne gouvernance économique, la transparence, la démocratie.... Un autre point essentiel : avant d?attendre quelque chose d?un partenaire étranger, sachez que la bonne gouvernance exige d?abord la maîtrise de la dette et l?implication des sociétés civiles et des peuples dans les choix et la prise de décision. Justement, quelles réponses concrètes propose le NEPAD pour mettre fin à la mauvaise gestion, à la prédation et au pillage du continent ? C?est tout l?intérêt des rencontres d?aujourd?hui (entretien réalisé mardi, ndlr). Sachez que le NEPAD dispose d?un mécanisme unique d?évaluation (le MAEP) qui impose aux pays souscrivant à ses principes d?impliquer les composantes de leur société civile dans l?élaboration et l?exécution des programmes et de satisfaire à des normes, à des règles et à des standards précis. Pour répondre à votre question, ce qui est demandé aujourd?hui aux pays membres du MAEP c?est de mettre en place des instruments adéquats pour mettre fin, par exemple, au gaspillage, à la fuite des capitaux et instaurer la transparence. Ce n?est qu?à ce prix-là que les capitaux africains (200 milliards de dollars) placés à l?étranger, et pas seulement d?ailleurs, profiteront à l?Afrique. Quant aux sceptiques, je les inviterai seulement à méditer l?exemple de l?Asie.
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