Alger - A la une

Moh la bise et le Covid-19



Dans la petite localité de l'est d'Alger, il est connu plus que le loup blanc. C'est normal, il n'y a jamais eu de loup blanc dans le bourg. Lui est là depuis bientôt 70 ans et il remplit bien son espace. Son prénom, c'est Ali mais pour des raisons de commodité, on l'appelle Aïssa. Plus exactement Aïssa l'bouassa, un prénom pas tout à fait arbitraire. En d'autres termes, il ne l'a pas tout à fait volé, le sobriquet, puisque son nom de famille est Aïssaoui. En plus ça tombe bien. L'idée, particulièrement inspirée, de celui qui lui a « collé ça » tenait dans l'inversement de la formule... universelle « Aïcha l'embrasseuse ». Aïssa, comme vous l'aurez certainement deviné, adore faire la bise à tout le monde. Il peut vous en mettre deux à tout moment et si vous ne vous retirez pas à temps, il peut y aller avec quatre. Ne croyez surtout pas qu'il va s'en tenir là. Parce que chez Aïssa-Ali, ce n'est pas une fois par jour mais autant de fois que vous le rencontrez. Et dans ce bourg qui tient dans une rue de 100 mètres et trois ruelles perpendiculaires, les gens ne font que se rencontrer. En plus, il se déplace beaucoup, le bonhomme, puisqu'il est plombier, le seul de la localité. Si vous avez un robinet qui coule et que vous demandez à quelqu'un s'il y a quelqu'un pour le réparer dans le coin, on devinera tout de suite que vous êtes un nouveau débarqué dans le bourg. Sinon, vous n'auriez pas cherché un plombier mais demandé après Aïssa l'bouassa. On dit qu'il arrête souvent son véhicule et se gare... sérieusement et descend rien que pour faire la bise à toute connaissance qu'il aperçoit à travers sa vitre par hasard sur sa route. Et les hasards, il y en a beaucoup, pour Aïssa. Les connaissances aussi d'ailleurs, les choses étant simples : il connaît tout le monde, puisque dans ce bourg, tout le monde connaît tout le monde. Il se raconte qu'un jour où il avait trouvé un cantonnier qui taillait un arbre, il avait patiemment attendu qu'il termine son boulot pour qu'il l'embrasse à sa descente. Mais l'histoire est racontée dans une autre version, plus hilarante. Aïssa aurait rejoint le cantonnier sur son platane pour l'embrasser au milieu des branches. Sinon, faire le tour de toutes les tables du café pour une tournée générale de bisous, c'est un jeu d'enfant pour lui, un bonheur quotidien qu'il ne boude jamais. Il aurait aussi embrassé toute une... tribune de stade. Heureusement qu'il n'y en a qu'une seule dans le petit stade local. Ou malheureusement pour lui, parce qu'on ne sait jamais où peuvent s'arrêter ses performances. Depuis des mois, les restrictions sur les bises ont fait de Aïssa un homme malheureux. Dans ce bourg de l'est d'Alger, vous ne pouvez pas entamer une discussion sur la pandémie de Covid-19 sans qu'on sorte le nom d'Aïssa l'bouassa. Une victime collatérale de la crise sanitaire qui ne lui a pas laissé beaucoup de « candidats à ses légendaires élans affectifs. Il paraît que les restrictions sur les embrassades lui ont fait plus de mal que la réduction drastique de son volume de travail.S. L.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)