La mobilisation citoyenne et historienne contre la nostalgie coloniale ne s'épuise pas. Loin de s'essouffler par le long combat contre l'article 4 de triste souvenir, les historiens et les animateurs d'associations françaises aux préoccupations diverses montent, à nouveau, au créneau. Nombre d'entre eux envisagent -et le font bruyamment savoir- de s'opposer aux multiples projets mémoriels prévus dans les départements du sud de la France, en faveur de la «présence française» en Algérie. Principaux chantiers à susciter une telle mobilisation: le Mémorial national de la France d'Outre-mer à Marseille, le Musée de l'histoire de France en Algérie, à Montpellier et le Centre de la présence française en Algérie. Annoncés postérieurement à l'adoption par le Parlement français de la loi controversée du 23 février, ces chantiers cheminent à des rythmes différents. Celui de Perpignan est le plus abouti, son inauguration étant programmée pour le reste, le 25 novembre prochain. Cette date n'a pas été choisie fortuitement. Elle coïncide précisément avec la tenue des assises nationales des «Cercles algérianistes», la plus nostalgique des nombreuses associations qui jalonnent le monde rapatrié. Un appel opposé à cette logique mémorielle circule déjà, aux fins de pétition, dans les milieux historiens et associatifs. La liste de ses signataires est attendue dans les prochaines jours dans les colonnes de la presse et via la Toile. Sa teneur résonne comme un discours à charge contre la «Nostalgérie» et les tenants d'une idéologie qui pleure «le pays perdu». Rédigé à la veille du 53e anniversaire du début de la «guerre sans nom», l'appel est émaillé, de bout en bout, d'appréhensions. Ses initiateurs, dont les noms ne se sont pas encore publiquement déclinés, redoutent un regain d'idées coloniales. Alors que le discours sur les bienfaits de la colonisation semble être revenu à la mode, tout ce que la France compte de nostalgiques de l'Algérie française et d'apologistes du colonialisme lèvent la tête, au travers des projets mémoriaux du Sud. Cette mode mémorielle «instrumentalise les mémoires et les souffrances réelles et légitimes de certaines victimes européennes disparues lors de l'indépendance de l'Algérie, et il en occulte d'autres», s'offusquent historiens et associations. Dans leur forcing contre cette logique, les initiateurs de l'appel épinglent les maires et collectivités territoriales porteuses de chantiers aux élans nostalgiques. Leur attitude «contrevient gravement au rôle assigné à des projets publics qui est de transmettre aux citoyens les principaux acquis de la connaissance historique, sans porter de jugements de valeur, sans taire les souffrances, sans oublier aucune des victimes». «Opposés» au cheminement de tels projets, historiens et associations tirent la sonnette d'alarme contre les risques d'un tel glissement. «Tous les ingrédients idéologiques sont présents pour enflammer une nouvelle guerre des mémoires, pour diviser et attiser la haine et le communautarisme». A cette «Nostalgérie» ou «sudisme» - selon le titre d'un livre de Benjamin Stora -, les rédacteurs de l'appel opposent une démarche moins idéologique et plus historienne et citoyenne. «Nous soutiendrons les musées, centres de documentations ou mémoriaux où s'écrirait l'Histoire: celle des colons, des immigrants et des militaires, mais aussi celle des colonisés, ce qui implique de travailler, aussi, avec des historiens algériens». Ils affirment également soutenir «toutes les réalisations qui, sans privilégier ni ignorer aucune mémoire, chercheraient à poser un regard apaisé sur ce passé et s'inscriraient dans une démarche de réconciliation pour l'avenir».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : L'un de Nos Correspondants à Paris : S Raouf
Source : www.lequotidien-oran.com