
Le vent de colère anti-gaz de schiste ne retombe pas à In Salah. Son souffle a même largement dépassé les frontières, immédiates et bien lointaines. Pas moins de 80 organisations d'Afrique, d'Europe et d'Amérique se sont, en effet, jointes à la résistance courageuse des populations d'In Salah pour dire non à l'exploitation du gaz de schiste et de tous autres hydrocarbures non conventionnels.«Nous, citoyennes et citoyens d'Europe et d'ailleurs, résolument opposés à l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste, et de tous les hydrocarbures non conventionnels, exprimons notre très forte solidarité aux habitants d'In Salah et aux acteurs sociaux locaux en Algérie qui, depuis le 31 décembre, sont en résistance active contre la coalition des entreprises Total, Partex et Sonatrach», soutiennent, d'emblée, ces organisations dans un communiqué collectif, dont une copie nous est parvenue de par Algeria solidarity campaign (ASC), une organisation à caractère politique composée surtout d'étudiants et de professionnels algériens basés à Londres.Ainsi, les événements d'In Salah ont révélé que le combat de ses habitants, qualifié de capital car ayant mis au jour les «réelles motivations clientélistes du gouvernement envers les compagnies étrangères et le mépris des dirigeants face à la question écologiste et la volonté du peuple», s'est internationalisé. Comme ils ont montré que le temps altère les mémoires, à en croire les auteurs du même communiqué.Car, ces même dirigeants, en s'engageant dans cette voie que d'aucuns considèrent comme une triple aberration politique, économique et écologique, semblent avoir oublié le crime écologique dont avait été victime, par le passé, la région Sud du pays. «Nous nous souvenons de cette funeste période, dans les années 60', durant laquelle les Français ont procédé à des essais de tirs nucléaires impactant très fortement et durablement ce territoire ; dans la même zone où le gouvernement algérien et les sociétés transnationales veulent désormais exploiter le gaz de schiste», rappellent avec dépit les organisations signataires du document, à l'image de la Fondation Danielle Mitterrand, Frack Free Europe-Groupe France, Collectif Montpellier littoral contre les gaz et huiles de schiste, Collectif 07 Stop au Gaz et Huiles de Schiste pour la France, Collectif IG Schönes Lünne Basse-Saxe, BI lebenswertes Korbach e.V et BI Fracking freies Hessen pour l'Allemagne, Asamblea anti-Fracking de las Merindades-Norte de Burgos, Plataforma Ciudadana Zaragoza sin Fractura, Plataforma Teruel sin Fractura et Aragón sin Fractura pour l'Espagne, Skifergas-nej-tak (Danemark), Eco-Conscience pour la Tunisie, ATTAC/CADTM et Espace de Solidarité et de Coopération de l'Oriental pour le Maroc, Frackfree Yukon Alliance pour le Canada, Algeria Solidarity Campaign (ASC), Platform London, Global Justice Now et War on Want pour la Grande-Bretagne, pour ne citer que ces exemples.Par leur action qui illustre à bien des égards l'étendue et la densité du réseau de solidarité internationale qui s'est mis en place autour de la cause des opposants au très controversé projet d'In Salah qui cristallise le ras-le-bol des citoyens du Sud et de toute l'Algérie, ces organisations s'insurgent contre la mauvaise foi des politiques occidentaux, en particulier ceux de l'Hexagone : «Nous nous souvenons du propos du ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, qui, à son retour d'un séjour en Algérie en juin 2014, déclarait son soutien aux entreprises françaises qui iraient explorer le gaz de schiste ailleurs, alors que la fracturation hydraulique est interdite en France», s'indignent-elles.Et les auteurs du communiqué de mettre l'accent sur «l'attitude hypocrite» dont fait montre le gouvernement français en «interdisant sur son territoire la seule technique possible pour extraire du gaz de schiste en raison de ses impacts négatifs sur l'environnement et la santé, tout en la soutenant ailleurs et en s'assurant une large part du même gaz qui pourrait être extrait du sous-sol algérien». D'autant qu'en termes relatifs, il y a de quoi assouvir les appétits féroces des colosses occidentaux de l'industrie pétrolière.Les experts de Sonatrach estiment cette réserve autour de 19 820 milliards de m3, répartis entre sept grands bassins : les bassins Ghadames-Berkine et Illizi dans le sud-est près de la frontière libyenne ; Mouydir, les bassins d'Ahnet et Reggane dans le désert ; et les bassins de Timimoun et à Tindouf dans le sud-ouest. Ces réserves de gaz de schiste placent l'Algérie au troisième rang mondial après la Chine et l'Argentine.En décidant de lancer leur exploitation dans la précipitation et loin de toute discussion ou débat réels sur son coût élevé ? 4 à 5 fois plus que le coût d'exploitation du gaz conventionnel, s'accordent à dire nombre d'experts nationaux et étrangers ?, nos dirigeants semblent être frappés d'autisme, ils n'ont cure de «la menace qu'ils font peser sur les ressources en eau souterraines, car jusqu'à présent il n'existe aucune technologie alternative réussie pour la fracturation hydraulique, sans parler des risques environnementaux, dont le plus important est la contamination des eaux souterraines en raison de l'utilisation de produits chimiques toxiques.Ce qui finira par provoquer la disparition de l'agriculture oasienne». Une triste ironie, constatent les sympathisants à la cause d'In Salah. «Au lieu d'en faire l'un des outils principaux de sa prospérité, l'on cherche à transformer l'eau souterraine en un outil pour détruire l'agriculture du désert qui remonte à des milliers d'années.Aux fins de l'extraction de l'énergie périssable, l'Algérie est prête à gaspiller ses ressources en eau qui forment l'épine dorsale de sa sécurité alimentaire dans une région menacée par la sécheresse», s'offusquent nos compatriotes étudiants de l'Association londonienne Algeria solidarity campaign (ASC), l'une des ONG signataires du communiqué de solidarité internationale avec les contestataires d'In Salah et des villes limitrophes dont elles tiennent à saluer «l'exemplarité de la détermination, eux qui sont confrontés depuis toujours à des conditions de vie très difficiles, leur combat existentiel et leur intransigeance à vouloir préserver leur territoire et leurs nappes phréatiques, alors que rien n'est fait par les autorités algériennes pour les aider à maintenir leurs activités».Fortement sensible au combat des anti-gaz de schiste d'In Salah qui a déjà son symbole, ces ONG s'opposent à ce qu'«en Algérie et ailleurs, la vie des habitants et des territoires soit sacrifiée et les ressources naturelles indéfiniment accaparées par des entreprises prédatrices», avant de conclure : «Gaz et huile de schiste, gaz de houille : ni ici, ni ailleurs !»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Naima Benouaret
Source : www.elwatan.com