Alger - Revue de Presse

Mise à l'index



L'argument est en apparence imparable: l'Etat, l'actionnaire majoritaire de la Caisse nationale d'épargne et de prévoyance (CNEP), n'aime pas qu'elle finance les achats de voiture et la somme d'y mettre fin. Elle l'avait déjà arrêté il y a deux ans, elle y est revenue en juillet. Elle arrête à nouveau. Le message de l'Etat-propriétaire est clair: la caisse a été créée pour le logement et elle doit y rester. En s'égarant dans des opérations sans lien avec l'immobilier, la caisse délaisserait sa vocation et ne servirait plus ses épargnants. En apparence, cela se tient. Même si le crédit automobile est alléchant, ce n'est pas une raison pour que la caisse finance les achats automobiles. On aimerait donc que la Cnep mette les 500 milliards de dépôts dans le financement de ce logement, dont le déficit a été et demeure une matrice physique de la crise sociale et morale dans le pays. Les gestionnaires de la Cnep qui ont repris le crédit automobile, étaient-ils insensibles à cette question, étaient-ils oublieux de sa vocation de capter l'épargne pour financer le logement ? On aurait tort de le croire. Les gestionnaires, c'est leur rôle, font des calculs simples. Ils doivent gérer les fonds de manière à pouvoir rémunérer les dépôts des épargnants. Le recours à des opérations de type crédit automobile, voire à d'autres opérations d'investissements commerciaux, vient compenser la faiblesse du marché de l'immobilier. Car les dirigeants de la Cnep, non sans raison, n'admettent pas les accusations implicites qu'on leur fait de détourner l'épargne de l'immobilier. Le problème est simple: le prix du logement est devenu très élevé et les épargnants à la caisse ne disposent pas de suffisamment de ressources pour être éligibles au crédit. Le décalage entre le prix du logement et le revenu moyen des épargnants est tout simplement prohibitif. A moins, bien sûr, de contraindre la Cnep à prendre des risques évidents en finançant sans compter. L'Etat est l'actionnaire de la Cnep; il énonce ainsi un choix politique qui met les gestionnaires dans un vrai dilemme. Pour accorder un crédit, il faut respecter des règles qui rendent les demandeurs non éligibles. Les dirigeants de la Cnep sont-ils instruits de prendre des risques plus grands, d'être plus actifs dans le secteur de l'immobilier ? On peut le décoder ainsi. Mais la Cnep est une entreprise qui ne peut accorder, les yeux fermés, des crédits élevés à des bas revenus. C'est donc à l'Etat d'apporter à l'entreprise des garanties nécessaires pour qu'une politique d'octroi de crédit plus volontariste ne soit pas de l'argent perdu. C'est donc à l'Etat d'agir pour que les conditions d'accès au crédit immobilier soient assouplies. On peut penser par exemple à la levée de la limite d'âge, à la possibilité pour les membres d'une famille de se porter garants et à la suppression de cette disposition absurde qui interdit l'octroi de l'aide au logement aux ménages dont le revenu cumulé dépasse les 30.000 dinars... Il faut de l'imagination pour amener les Algériens à aller vers le crédit immobilier plutôt que d'être incités à attendre, souvent très longtemps, le logement social. La mise à l'index de la Cnep risque de ce fait de masquer l'essentiel.
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