Alger

Miracles et phénomènes de la société algérienne



Qui vivra verra. Tout se confond dans ce pays. Tout y est possible. Le miracle n'est plus un phénomène d'une chiche rareté. il symbolise à la limite un ensemble de paradoxes. Rien, ni personne ni une chose ne peut prétendre aux vertus de l'étonnement d'une personne ou d'une chose.

Si vous voyez une bizarrerie, dites-vous sans réflexion que ça ne peut être que réalité. Si vos pieds vous amènent là où votre cerveau rechigne d'y aller, résignez-vous et dites encore et quoi d'autre ? Si vos yeux se portent sur un ânier portant son baudet, dites-vous que c'est vrai ! Vous saurez que la certitude viendra pour vous rassurer que les méninges de commandes ne se trouvent plus au niveau des cavités de l'esprit mais sont bel et bien à des niveaux bien bas. Inférieurs. Parmi les innombrables exemples, réels et visibles de cette situation tout à fait inouïe car marquée, de l'avis général, par une forte singularité, il y est question de société, de véhicules, de crédits, d'insertion, d'absurdités et d'autres choses.

La circulation en milieu urbain relève d'un défi de patience quand la patience tend à perdre tous ses repères. Le brouhaha, les vrombissements de moteurs puissants ou paradoxalement ceux à la limite de l'agonie en plus de l'embouteillage qui fait maintenant partie du décor naturel des voies rapides ou secondaires, sont acceptés involontairement comme un indice de progression sociale. La voiture n'est plus qualifiée d'objet de luxe. Elle est, dit-on, nécessaire, un besoin vital, voire indispensable. Est-ce qu'une Touareg ou un Hamler est un besoin ? Une Maruti ou un Byd Flayer dépasse la simple exigence de besoin. Elle devient un appât, une forte tentation. La politique commerciale qui se laisse s'instaurer chez les concessionnaires à la faveur évidemment de l'inertie des pouvoirs publics fait que la possession est facilitée au maximum. Elle est suscitée et provoquée. Avec ou sans apport personnel, développant ou non le goût pour ça, l'acquéreur soumis aux charmes d'entrée en jouissance, aux plaisirs de la conduite, fait vite de désenchanter lorsqu'il s'apercevra que le surendettement meurtrier le guette. Il se conventionne d'un crédit bancaire, paraissant rentable, payable à mensualités, mais qui se consomme vite avec l'usure de la voiture qui ne verra, une fois rétrocédée, son prix que se grignoter âprement. Le compte à rebours de l'appauvrissement commence bien avec la descente aux enfers, une fois que l'envie et la tentation se seraient estompées.

Nos routes sont aussi encombrées de ces multiples camions. Considérés à juste titre comme des biens d'équipement, de soutien logistique à l'élan de l'investissement qui ne cesse de créer davantage de sans-emplois, ces engins utilisent la route, usent son asphalte, gênent ses autres occupants, causent la mort à autrui, enfument arbres et arbustes, sans avoir à se soucier de leur utilité marginale. Si toutes les marchandises homogènes et denses qu'ils transportent sur les grandes routes nationales, comme bois, convoyage de voitures neuves, fardeaux de boissons, agrégats, combustibles arrivaient à connaître les wagons et la locomotive des chemins de fer, l'on épargnerait pas mal d'argent d'entretien et de vies humaines et l'on s'exalterait à transcender calmement l'air libre des tronçons d'autoroutes. Ces camions sont aussi le fruit des banques. Ils n'appartiennent pas à leurs possesseurs. Ainsi le jeu qui se passe entre un investisseur, sa banque et son client est d'emblée vicié.

Le président de la République a clairement sermonné la politique qui se pratique au plan de la régulation économique dans son aspect investissement et privatisation. C'est vrai et tout à fait vrai. Quel est l'apport matériel dans la création physique de la richesse nationale qu'apportent les diverses marques automobiles qui ont été autorisées à pourrir mieux l'espace routier ? Une marque française historique et de renommée a jugé préférable l'installation de son usine au Maroc et prendre l'Algérie comme marché d'écoulement. Idem pour la quasi-totalité des autres. L'on a permis à toute fantaisie industrielle dans la construction de gadgets sous forme autotractable, de venir les vendre à des prix de défi. Ces marques à la phonétique baroque, telles que tata, sata, fitton, cyd, byd ou day-day, etc. ont toutes pignon sur rue. Les abords de nos routes à grande circulation se sont subitement transformés en des aires d'entreposage pour tous les noms : Haytali, intic...

On ne voit pas ces marques de fabrique aux grands salons de l'automobile de Paris, de Madrid ou de New York ni dans les circuits de formule un ou sur les dunes des rallyes. Et alors donc ? L'autorité nationale chargée de la régulation commerciale aurait à remanier sa stratégie pour permettre, après négociations, le choix de quelques labels mondiaux et leaders dans la profession, contre une présence industrielle et non de revente en l'état. Avez-vous vu ces marques circuler en Tunisie ou au Maroc ? Pour la marque française, rentrée dans nos moeurs à l'instar de Peugeot, il suffit de lui interdire le marché algérien.

Qu'elle installe, pour ce faire, chez nous au moins une unité de montage de bielles, de coussinets ou de vilebrequins.

Quel est l'apport matériel dans la création physique de la richesse nationale qu'apporte le plus grand opérateur du téléphone cellulaire chez nous ? Simple prestataire de service utile et non public, deuxième fortune après Sonatrach, cet opérateur ne détient dans son patrimoine que des mâts, des antennes et des paraboles. La cimenterie est une autre affaire. Si jamais par mauvaise fortune, il endosserait la cape d'un célèbre Khalifa, que restera-t-il, ici chez nous, sur notre terre de toute cette manne financière ? Juste un gros lot de quincaillerie. Un amas de ferraille. La devise engrangée s'épuiserait comme un crédit limité en un petit mot laconique de « allô » et l'on n'entendra plus une belle voix douce nous dire « ich la vie ! ».

L'antagonisme est vécu jusqu'à faire disparaître tout désir de légitimation. La contrariété risque de devenir une norme tant que rien n'arrive à justifier l'ironie. Explication : un ministre du tourisme est censé mener une politique apte à faire ramener des visiteurs, vacanciers, estivants et touristes pour une destination privilégiée qu'est en finalité l'Algérie. Son littoral, ses sites, ses plages, ses hôtels deviennent, par principe, des produits de commerce florissant. Qu'en dites-vous si ce ministre élit pour ses « vacances » un hôtel et une plage ailleurs que dans son pays ? A-t-on vu ou entendu parler qu'un ministre français, espagnol, ukrainien, malgache ou zoulou, le plus petit qu'il soit, passer ses moments de villégiature à Bouharoun, ou le hakem de Nador venir pour les siennes à Rechgoun et encore le gouverneur de Gafsa, se déambuler sur le sable fin de Tichy ou de Bousselam ?

Attention, le paradoxe comme l'ironie continuent ! Feriez-vous confiance ou le cas échéant continuerez-vous à le faire, dans le système éducatif et en nos écoles si par malheur vous saurez que le directeur de l'Education de votre wilaya ou votre wali, fait des cours de soutien à ses enfants ? La liste de telles étrangetés est longue.

En matière d'urbanisme, l'Etat s'attelle à la réalisation pompeuse des « un million de logements ». Toutes les formules usitées à travers le monde ont été testées sur nos lots marginaux et nos assiettes foncières. La logique urbanistique n'a pu s'incruster ni dans les semelles ni dans les longrines encore loin dans les loggias et les patios. L'on construit des immeubles aux habitations situées en rez-de-chaussée et l'on s'interdit (procès-verbal des services de la protection civile oblige) de faire des grilles de protection métalliques aux ouvertures. On laissera l'initiative non contrôlée au nouvel acquéreur de faire barricader sa maison selon ses moyens et ses appréhensions. Ainsi tous nos derniers enfants sont nés dans le barreaudage et la ferronnerie laide et sauvage. Alors il est permis de tout dire. Le mensonge n'est plus mensonge tant qu'il ne tend qu'à masquer une vérité. Le pauvre qui affiche un état de nanti sera toujours pauvre tant qu'il retournera dans son état initial.

Assujetti, soumis et insatisfait, il cessera un jour son rêve pourtant un peu faussement vrai. La règle n'est plus la même tant qu'elle tend à assurer l'écart qui la sépare d'une autre.

Le miracle n'est en finalité ou dans une commune mesure pourrait paraître comme une résultante de tant de gesticulations, d'acrobaties et de petits coups de poussoir par-ci, par-là. C'est cette résultante qui aurait l'audace de paraître à son tour comme un phénomène supranaturel.


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