Alger

Meurtre à Belleville Roman. Arab jazz de Karim Miske



Meurtre à Belleville Roman. Arab jazz de Karim Miske
Dans ce quartier si particulier de Paris.
Karim Miské est né en 1964 à Abidjan. Il a réalisé de nombreux films documentaires, avec comme thématique de prédilection le fondamentalisme religieux. Arab Jazz* est son premier roman et il a obtenu le Grand Prix de Littérature policière 2012. Sur la genèse de ce roman, il nous affirme : «Je réalise des documentaires depuis une vingtaine d'années et ce métier m'a donné l'occasion d'accumuler quantité d'histoires, d'images, d'atmosphères... A un moment donné, cela a atteint une sorte de masse critique et l'écriture s'est imposée comme une nécessité. Il me fallait me réapproprier toutes ces expériences vécues et les raconter à ma manière, sans la relative objectivité inhérente au genre documentaire, surtout télévisuel.»
Karim Miské plante le décor de son intrigue policière à Belleville, dans le 19e arrondissement de Paris, un quartier riche par sa diversité humaine et culturelle, mais devenu miné par les frictions intercommunautaires. L'auteur montre que Belleville est un véritable laboratoire où une multitude d'idées essayent de se propager et de s'implanter durablement. Le fondamentalisme religieux en est la parfaite illustration. Ainsi, les croyances monothéistes d'antan abandonnent le terrain de l'apaisement des âmes pour dériver vers une radicalisation porteuse de tous les dangers. Les personnages semblent prisonniers de leur histoire, car le vécu collectif déteint sur le comportement individuel. Avec son 'il exercé, Karim Miské, nous dresse une radioscopie de ce quartier : «Le dix-neuvième arrondissement présente la particularité d'être très marqué par une visibilité religieuse juive et musulmane. Les acteurs de ce communautarisme religieux radical vivent dans un univers mental étrange, entre Brooklyn et Jérusalem pour les uns, Alger, La Mecque et Al Qods pour les autres. J'ai vécu quelque temps dans ce quartier et j'étais fasciné, intrigué, par ces univers parallèles qui se croisaient au quotidien en faisant parfois mine de s'ignorer et en nouant à d'autres moments des rapports ambivalents : unis par leur appartenance commune à des minorités religieuses, séparés par leurs dogmes, leur rapport à l'histoire et le conflit incessant du Proche-Orient.»
Dans le roman, la seule qui essaie de briser cette fatalité est Laura Vignola, jeune hôtesse de l'air qui a pris son destin en main, en s'exfiltrant de la secte des témoins de Jéhovah, à laquelle ses parents sont dévoués corps et âme. Cette liberté retrouvée va lui coûter cher. Ahmed Taroudant, marocain d'origine, lecteur invétéré de polars, et voisin du dessous, va constater que du sang goutte sur son balcon. Intrigué par cette hémoglobine inopportune, il monte voir. Surplace, il découvre sa belle voisine mutilée et laissée pour morte. Les deux inspecteurs, Jean Hamelot et Rachel Kupferstein, sont chargés de mener l'enquête. Patiemment et méthodiquement, ils dénouent un à un, les fils d'une affaire aux multiples enchevêtrements.
D'abord tout s'est joué à New York, où Dov, un chimiste hassid, c'est-à-dire juif pratiquant, arrive à synthétiser quelques molécules pour en faire une drogue qui donne la sensation de puissance : «Avec ça, tu comprends ce que ça veut dire ' Dieu a créé l'homme à son image, tu deviens comme lui. Tu planes au-dessus de la terre, tu crées des mondes nouveaux à chaque seconde». La pilule bleue, «Godzwill» redonne et renforce la foi. Il fallait lui trouver des débouchées en Europe. Pour la France, grâce à des policiers ripoux, comme le commissaire Enkell et l'inspecteur Ben Amer, le circuit de distribution est prêt à fonctionner. Pour cela, ils vont s'appuyer sur Sam le coiffeur et des petits rappeurs qui se sont reconvertis à une pratique radicale de la religion. Ces musiciens contestataires sont Mourad, Alpha, Moktar, et Ruben. C'est Vincenzo Vignola, le père de la victime Laura, qui va se charger d'introduire ce nouveau stupéfiant en Europe. Son profil de personnage important dans la hiérarchie des témoins de Jéhovah, le rend insoupçonnable.
Karim Miské fait preuve d'une grande pédagogie dans cette partie de son roman pour édifier le lecteur sur la manière dont les réseaux de trafic de drogue se mettent en place et s'organisent. Laura, de part son activité professionnelle d'hôtesse de l'air, tombe nez à nez avec son père à New York, en train d'embrasser une jeune fille. Ec'urée par ce spectacle, elle décide d'en informer sa mère. Mais cela va déclencher le processus d'élimination de Laura, la survie du réseau de trafic de drogue dépendant de ce sacrifice. Les assassinats et les règlements de compte vont alors s'enchaîner. On découvre avant la fin l'identité du tueur, sans que cela nuise au suspense, qui tient en haleine le lecteur jusqu'au bout.
Avec ce premier roman, Karim Miské a réussi un véritable tour de force. Il a montré qu'il maîtrise les codes du polar et la fantaisie littéraire qui rend ce genre très attractif. Pour finir, nous lui demandons s'il a le projet d'adapter son roman au cinéma car il y a une écriture cinématographique qui se profile en filigrane. Réponse : «En effet, j'ai écrit Arab jazz avec l'idée que le roman pourrait devenir un film. Au fur et à mesure de l'écriture, je voyais des scènes, des images. Aujourd'hui, j'ai envie de réaliser ce film, en prenant le temps qu'il faudra pour que ce projet puisse se faire dans de bonnes conditions.»
*Karim Miské. «Arab Jazz». Editions Viviane Hamy, Paris. 2012. 350 p.
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