Le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a exigé des producteurs locaux de baisser les prix de médicaments de 50%. Une décision qui menace l'industrie pharmaceutique locale, puisque les producteurs ont déjà annoncé l'abandon de plusieurs types de produits en raison justement de leur faible marge de bénéficeSalima Akkouche - Alger (Le Soir) - Le Conseil national de l'ordre des pharmaciens alerte sur les dangers d'une telle décision qui risque de déstabiliser le marché de production locale des médicaments et pousser les producteurs à la faillite. Le ministère de la Santé a-t-il lancé une enquête sur les prix des médicaments de production locale avant de prendre une telle décision ' A priori, non.
Autrement, il aurait annoncé et rendu publics les résultats pour justifier sa démarche. Les producteurs pratiqueraient-ils des prix exagérés ' Ce n'est pas possible, puisque ce n'est pas eux qui fixent les prix pratiqués sur les médicaments commercialisés, mais c'est le comité des prix relevant du ministère de la Santé qui exerce ce pouvoir.
Les producteurs déposent seulement une proposition de prix. Pourquoi décider alors subitement d'exiger une baisse aussi importante de 50% sur les prix des médicaments produits localement ' Lotfi Benbahmed, président du Conseil national de l'ordre des pharmaciens, a expliqué que les décisions d'enregistrement des médicaments, tant ceux fabriqués localement que ceux importés, sont renouvelées tous les cinq ans.
«Au renouvellement des enregistrements, les dossiers passent par le comité de prix qui décide des prix en fonction de ceux pratiqués par un certain nombre de pays benchmark, un groupe de huit pays, définis pour lesquels le comité dispose des prix, et le comité explique aux producteurs que dans les pays de benchmark, les prix ont baissé. Simplement, nous ne pouvons pas décider d'une baisse sans une étude préalable.
Et quand bien même il y a eu des baisses ailleurs, cela ne veut pas dire que cela peut se pratiquer chez nous avec notre jeune production et des volumes de ventes qui sont incomparables. Ce n'est pas parce qu'ils ont décidé en Turquie de pratiquer une baisse de prix que nous devons le faire en Algérie.
Dans notre pays, l'industrie n'est pas encore mature et n'est pas suffisamment rentable, et les producteurs ne disposent pas de marchés ou de productions aussi importantes leur permettant de baisser leur prix», a déclaré M. Benbahmed. Ce dernier estime que cette décision est «anormale». D'autant que, dit-il, la demande de la baisse ne concerne pas seulement une ou deux classes thérapeutiques mais elle touche beaucoup de produits.
«Nous avons demandé à la cellule de veille de revoir la réglementation pour trouver une approche conventionnelle, car nous ne sommes pas dans un marché d'appel d'offres et nous ne pouvons pas décider d'une baisse des prix, du jour au lendemain, car cela aura un impact important sur le devenir de la production, la distribution et les pharmaciens, lesquels vont voir leurs revenus baisser et nous allons les pousser à la faillite», a alerté le président du Conseil de l'ordre.
«Nous avons investi, dit-il, des centaines de milliards de dollars dans ce marché et nous avons réussi à atteindre un nombre de 95 unités de production qui ont plutôt besoin d'un accompagnement. Nous allons tuer la production locale avec ce genre de décision et ce raisonnement de l'Algérie d'hier», dit-il. Le docteur Benbahmed a souligné également que cette décision est en contradiction avec la réglementation du commerce qui stipule que le producteur doit avoir une marge de 20% de rentabilité. L'ordre des pharmaciens appelle au gel de cette décision, en attendant la refonte des nouveaux textes de loi sur l'enregistrement.
«C'est bien de réfléchir aux dépenses de la Sécurité sociale, mais ça ne doit pas se faire au détriment de la rentabilité des entreprises», dit-il. Selon lui, «nous avons besoin de plus de technicité et de réflexion sur les décisions de ce comité qui a d'ailleurs exigé à ce que les produits génériques produits localement soient de 30 à 40% moins chers que les princeps génériques d'une multinationale». Selon le docteur Benbahmed, cette décision n'a pas été faite dans la concertation et les producteurs boycottent, depuis deux mois, les réunions au ministère de la Santé en réaction à cette décision.
«Nous ne pouvons pas nier que beaucoup de choses ont été faites pour l'industrie locale, notamment avec la décision d'interdire l'importation des produits fabriqués localement. Mais pourquoi décider maintenant de leur couper l'herbe sous le pied ' Pourquoi vouloir aujourd'hui déstabiliser les choses qui ont été construites et fragiliser davantage les prix à la production nationale?'» se demande le président du Conseil de l'ordre des pharmaciens.
S. A.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salima Akkouche
Source : www.lesoirdalgerie.com