Alger - Revue de Presse

Mémoire miroir



L'acteur Peter Falk, l'inénarrable et attachant inspecteur Colombo de la série que la télévision algérienne avait programmée en son temps, souffre de la maladie d'Alzheimer. Il n'y a pas si longtemps, on aurait dit qu'il devenait sénile, état alors considéré comme naturel quand on avait dépassé, comme lui, le cap des 80 ans. Mais, depuis, la science a progressé et décidé qu'il en était autrement.Quelle chose étrange que la mémoire ! Si précieuse, si fragile, si complexe et déroutante, merveilleuse machine à souvenirs qui nous interpelle souvent. Pourquoi retient-on ceci et pas cela ' Pourquoi, par exemple, se souvient-on d'épisodes de sa prime enfance quand, le soir venu, on ne se rappelle pas du menu de midi ' Et d'où vient donc l'oubli ' La psychanalyse, la neurologie et la génétique, malgré leurs extraordinaires percées, n'ont pas levé la perplexité que ces phénomènes provoquent.Aussi, si l'on se demande, sans recours aux archives, ce que l'année culturelle 2008 a bien pu laisser en nous, on se trouve bien démuni. On pourrait citer en vrac les décès de Mahmoud Darwiche, Ahmed Malek et Youcef Chahine, le festival de jazz de Constantine, les prix glanés par le réalisateur Lyes Salem, l'édition en arabe dialectal algérien du Petit Prince de Saint-Exupery, le trentième anniversaire de la disparition d'El Anka, et quelques autres faits ou productions. Mais pourquoi donc s'impose à nous cette sensation que rien de bien marquant ne s'est passé, hormis les disparitions de grandes figures de l'art, ce qui est d'ailleurs symptomatique pour ne pas dire funèbre ' Un regard sur le monde nous montre qu'il en va de même ailleurs. Doit-on attacher cela à une certaine culture de l'éphémère, au poids des nouvelles technologies, sans doute formidables mais qui génèrent aussi des enfermements et un repli dans l'espace virtuel ' Est-ce un effet des industries culturelles qui font que les « phénomènes » ont remplacé les grandes 'uvres ' Il en est en tout cas ainsi et si nous allons comme le monde, nous allons encore plus loin en la matière.La vie culturelle a certes repris mais les conditions quotidiennes de son épanouissement demeurent encore aléatoires. L'année 2007 qui fut dense à la faveur d'Alger, capitale de la culture arabe, nous enseigne que nous ne sommes pas encore sortis du réflexe de la culture évènementielle et tout le monde attend déjà le Panaf de juillet 2009. Mais, surtout, nous ne sommes pas encore en mesure de promouvoir réellement de nouvelles expressions et une nouvelle génération de créateurs qui attend encore son heure parmi une population qui se résume essentiellement à sa jeunesse. Notre culture ressemble encore trop souvent à une mémoire défaillante qui se contemple en son miroir terni.
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