
Au moment où dans d'autres pays les galeries d'art ouvrent à tout bout de champ -le marché de l'art est le seul à avoir échappé à la crise financière mondiale, les ?uvres étant même devenues un investissement refuge- et sont à la recherche de nouveaux talents (on est même passé à la vitesse supérieure avec les galeries en ligne que l'on peut visiter pour acheter des ?uvres). Chez-nous, les quelques galeries rescapées du génocide culturel ferment les unes après les autres. L'absence d'un marché de l'art organisé a précipité la fermeture de ces espaces indispensables pour la promotion de l'expression artistique et par là même des artistes auteurs d'?uvres exposées.L'espace Noun, le Garage, Top Action, le Colibri, quelques-unes des galeries d'art ouvertes à Alger et qui ont toutes fini par baisser le rideau et mettre la clé sous le paillasson, qui est resté neuf. La longévité maximale de ces espaces ne dépasse pas les quatre années. Certains ont même réussi de tristes records en fermant au bout d'un mois. Trop de charges et peu, pour ne pas dire aucune, rentrée d'argent. Rentabilité commerciale oblige, on fini par jeter l'éponge, le bébé, et l'eau du bain avec.Pas de critique d'art ni de publications spécialisées pour guider le goût du public, présenter un artiste, livrer un avis d'expert sur telle ou telle ?uvre,expliciter et vanter les techniques utilisées, les couleurs, les mouvements, les formes, les jeux de lumières ou, au contraire, relever les imperfections, les inadéquations et l'inexpérience du jeune artiste auteur de l'?uvre. Ces avis rendent perméable l'art et déverrouillent les ?uvres au profane, au grand public, ce qui permet de former le goût, de susciter la curiosité et de drainer les foules dans les galeries d'art pour admirer ces ?uvres, être accroché, en acquérir... Avec un Etat occupé à dépenser sans commune mesure des sommes colossales pour l'organisation de méga manifestations aussi budgétivores qu'inutiles pour la promotion et socialisation de la culture, telles ces «années culturelles», de «El Djazaïr, année de l'Algérie en France» à «Constantine, capitale de la culture arabe», en passant par «Alger capitale de la culture arabe», le Panaf et «Tlemcen, capitale de la culture islamique» (Dieu seul sait ce que cela nous a coûté), alors que notre culture à nous se sclérose et se meurt, nos artistes, faute de vecteurs de promotion, d'espaces et de scènes d'expression et de marché réglementé et organisé, ont depuis longtemps baissé les bras. Ils réalisent des ?uvres qu'ils admirent eux-mêmes, chez-eux, et, souvent, ils n'ont même pas d'espace pour se rencontrer entre-eux.Et cette mégalomanie meurtrière se poursuit et nos artistes, toutes expressions artistiques confondues, en sont les premières victimes, victimes expiatoires des errements d'une politique culturelle qui a fait faillite et se perpétue à travers ce nivellement par le bas, cette arme de destruction massive des arts et de la culture nationale.M. R.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed Rahmani
Source : www.latribune-online.com