Recourir au service d'un matelassier semble toujours s'inscrire dans les m'urs de la société algérienne, pourtant, ce métier ancestral s'exerce encore dans des conditions primitives qui le classent au rang des métiers peu intéressants pour les générations montantes.Nombreuses sont les familles algériennes, fidèles aux us et coutumes locales, qui tiennent à utiliser des matelas traditionnels confectionnés à la main, en dépit de l'existence de literie moderne et autre thérapeutique. Ce conservatisme a fait du
matelassier un métier incontournable.
Les matelas de laine font encore partie des principaux articles du trousseau de la mariée dans l'ensemble des villes d'Algérie, notamment, celles de l'Est, d'où la pérennité du métier, assuré aussi grâce aux ménages «nostalgiques» qui préfèrent remettre à neuf leurs matelas avachis ou en confectionner d'autres.
Ce métier ambulant s'exerce à domicile, sur les terrasses des immeubles et les cours des cités populaires. Le matelassier, n'a pas de local propre à lui. Il utilise les murs des rues pour communiquer ses coordonnées... Téléphone portable, unique «outil» moderne. Outre les cardeuses à main démontables, les gros fils de coton et les longues aiguilles d'antan -instruments fondamentaux-, le seul outil moderne remarqué chez ces artisans est le téléphone portable qu'ils considèrent comme un moyen de travail «très important».
Djamel, la quarantaine, confectionneur de matelas traditionnels à la demande depuis près de vingt ans à Bachdjerrah dans la banlieue est d'Alger, juge le métier, qu'il a choisi après avoir essayé différents boulots, peu fatigant non sans critiquer les conditions «archaïques» de travail.
Propriétaire d'un petit garage familial qu'il utilise juste pour y déposer son matériel le soir, ce matelassier héritier de son défunt père, explique sa décision de se consacrer à la confection et à la réfection des matelas par le fait qu'il soit «un homme de nature calme, solitaire et refuse d'avoir un patron». Pour lui, l'aspect financier est secondaire, seule chose qui compte c'est la paix : «Je préfère passer toute une journée seul et concentré à confectionner des matelas que de recevoir des ordres d'un patron qui m'exploite et ne me juge pas à ma juste valeur», dira-t-il à ce propos avec grande conviction.
Même s'il reconnaît que son métier ne paye pas de mine, Djamel, père de deux petits garçons, se dit fier d'être matelassier car ce métier, du fait qu'il soit ambulant, lui permet d'élargir ses contacts et de ne jamais chômer, confie-t-il avec un sourire timide, en espérant pouvoir ouvrir, un jour, un atelier de confection de matelas traditionnels et encadrer des stagiaires.
Efficace mais encore archaïque
Rabah, un autre matelassier dont l'âge ne dépasse pas les trente années, habite dans un quartier populaire de Mohamed-Belouizdad et exerce ce métier depuis près de cinq années sans grande satisfaction: «Je n'ai pas vraiment le choix pour le moment. Je dois gagner ma vie, mais je ne compte pas continuer dans ce domaine», a-t-il avoué.
«C'est vrai que je suis sollicité par les familles, notamment, avec l'approche du printemps et de la période des mariages, sauf que moi je cherche un emploi stable», explique ce matelassier célibataire qui a appris à rembourrer les matelas et à les rendre équilibrés et moelleux de son voisin, aujourd'hui décédé.
Pour Rabah, le matelassier «n'est pas un métier d'avenir» même s'il ne croit pas en sa disparition. Il suggère, toutefois, un «meilleur encadrement des personnes qui s'intéressent à cet ancien métier ainsi qu'un cadre de travail plus moderne».
Des personnes anonymes rencontrées par l'APS dans certains quartiers d'Alger étaient unanimes à affirmer la «grande» efficacité du métier de matelassier car, selon elles, «les matelas traditionnels feront toujours partie du décor des intérieurs des maisons et sont utiles pour les invités reçus dans différentes occasions».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : APS
Source : www.latribune-online.com