Alger - Revue de Presse

Marchés étrangers: «L'Algérie doit apprendre à se battre»



Les deux experts, en l'occurrence le chercheur Hocine Ait Amara et l'ex-conseiller à la présidence, Dr Salah Mouhoubi, ont plaidé pour la refonte de la politique agricole et sa révision complète et ce, pour diminuer un tant soit peu la dépendance de notre pays pour ce qui est de l'approvisionnement en denrées alimentaires, dépendance qui risque de mettre le pays à genoux d'ici quelques années. L'expert et chercheur Hocine Ait Amara a été très direct hier, lors de sa présentation du résumé de sa communication intitulée « de la dépendance à l'insécurité alimentaire » lors de la tenue, au cercle militaire de Beni Messous, des 4èmes journées parlementaires sur la défense nationale, organisées par le Conseil de la Nation. Ait Amara a indiqué que notre pays est fortement dépendant des importations en matière d'aliments de base. « Les importations couvrent 70% environ de la ration calorique des Algériens », a-t-il indiqué en précisant « que les importations des denrées alimentaires de base sont en constante évolution et risquent de s'accroître dans les années à venir ». L'intervenant précise que le taux de dépendance pour les céréales est très élevé; il est de l'ordre de 70% pour la consommation humaine, 30% pour l'alimentation animale (ovin, bovin et filière avicole). Et de prévenir que la FAO prévoit, pour 2015, un accroissement de ce déficit à 8,5 millions de tonnes de céréales. L'expert ouvre une parenthèse pour dire que certains pays, grands producteurs des céréales, ont interdit à leurs producteurs d'exporter les céréales suite à la baisse des productions au niveau mondial. « Si cette pénurie persiste, les pays producteurs vont garder des stocks pour satisfaire les besoins locaux, et la première mesure qu'ils vont prendre, c'est d'arrêter carrément les exportations. La menace est à ce niveau », a-t-il ajouté. Et d'évoquer les chocs qui peuvent intervenir comme la baisse des prix de pétrole ou encore sa fin annoncée autour de 2040. Hocine Ait Amara a reconnu que l'Algérie fait face à une incapacité structurelle de l'agriculture pour répondre à ses besoins. Il a énuméré des contraintes liées au climat méditerranéen sec, à la topographie et aux ressources foncières limitées, aux faiblesses des ressources en eau et surtout à la désertification. Le conférencier a aussi évoqué la situation des terres agricoles du littoral et de la Mitidja qui sont les seules terres fertiles et à fort rendement, mais qui sont la proie du béton. « Il faut savoir que le reste des terres sont de mauvaise qualité agronomiques », a-t-il tenu à souligner en ajoutant que « l'Algérie a les plus faibles rendements de céréales dans la Méditerranée ». Pour bien illustrer son idée, le conférencier dira que les rendements de céréales en Algérie sont de 10 quintaux à l'hectare alors qu'ils sont à 100 quintaux à l'hectare dans le bassin parisien. Ait Amara a critiqué les politiques agricoles de l'OMC « des politiques qui exigent la réduction des soutiens au moment où la demande est appelée à augmenter ». Des mesures qui sont uniquement à la faveur des pays producteurs qui ont déjà des excédents, et qui pensent déjà à relever les prix pour, justement, pouvoir réduire les subventions. Pour le conférencier, les politiques de l'OMC et d'autres organisations internationales veulent ainsi utiliser l'arme alimentaire. « Ils l'ont déjà fait contre l'Irak et rien ne les empêcherait de l'utiliser contre d'autres pays dans l'avenir », a-t-il dit. Le conférencier a été soutenu dans ses propos par l'ex-conseiller à la présidence, l'économiste Salah Mouhoubi, qui était plus sévère lors de son intervention. Il a expliqué que l'Algérie a trois sortes de vulnérabilités : la première est liée au territoire, la deuxième à la structure de l'économie nationale et la troisième à l'impact de l'environnement international. Pour ce qui est des contraintes imposées par le territoire, il indique que l'Algérie est un pays semi-aride. « Nos terres agricoles sont limitées, soit seulement 8 millions d'hectares sur un total de 234 millions ». L'Algérie, selon lui, n'est pas un pays agricole en mesure de nourrir une population. « Notre territoire est fragile puisqu'il est soumis à une double dégradation provenant de l'avancée du désert et de l'érosion », explique Mouhoubi. Pour ce qui est de l'économie nationale, le Dr Mouhoubi a précisé, lors de sa communication, que l'Algérie n'a pas connu une période continue en matière de développement, à l'exception de la période 1967 et 1979 et celle qui s'est ouverte en 1999. « Toutes les autres périodes se caractérisent par l'instabilité, des remises en cause et des crises majeures ». Le conférencier persiste pour dire que « l'Algérie n'a pas réussi à construire une économie puissante et diversifiée. Elle a accepté la fatalité de devenir un pays rentier, et a perdu sa vocation traditionnelle d'exportatrice. Elle a renoncé à défendre ses parts de marché dans le monde pour ses produits agricoles par exemple ». Il poursuit en déclarant que « malgré des discours lénifiants, l'Algérie est, en fait, en dehors de la mondialisation ». Le conférencier s'appuie sur la structure du PIB, des échanges extérieurs et du budget de l'Etat pour conforter ses propos. « On constate le poids prépondérant du secteur des hydrocarbures, on est passé de 33,89% du PIB en 2001 à 45,15% en 2005, soit une progression de près de 12 points mais on a tout de même enregistré, pour la même période, une régression de 11 points en valeur, pour les autres secteurs », a-t-il souligné en ajoutant que « tous les secteurs productifs en valeur relative, notamment ceux de l'agriculture et les industries manufacturières, ont perdu deux points de l'année 2001 à 2005 ». Il poursuit pour dire que l'Algérie progresse en valeur absolue grâce à la rente pétrolière. Cette pétrolisation excessive a contraint le pays, selon le conférencier, à être dépendant de l'extérieur pour se nourrir, pour se soigner et pour faire fonctionner son économie. L'expert a aussi mis en évidence la possibilité des chocs pétroliers à l'avenir, des chocs déjà connus par le passé. « Il ne faut pas oublier que les crises sont répétitives », a-t-il averti. Est-ce que ces vulnérabilités sont insurmontables ? Sûrement pas, répond Salah Mouhoubi en réclamant, tout d'abord, une révision complète de la politique agricole de notre pays. Il plaide pour la promotion du tourisme, en imitant tout simplement l'exemple de nos voisins, le développement du tissu industriel en se mettant au diapason des mutations internes et externes. « L'Algérie doit se débarrasser de sa frilosité pour s'engager dans les compétitions internationales, elle doit apprendre à se battre pour prendre des parts de marchés étrangers », recommande-t-il. L'expert Ait Amara a préconisé des investissements dans des petites actions pour l'agriculture qui sont souvent rentables au lieu de mettre notre argent dans des banques étrangères. « Nous avons devant nous le modèle tunisien, nous n'avons qu'à le suivre », a-t-il conclu.
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