La situation commence à devenir très préoccupante du point de vue de l'inflation surtout si les tendances enregistrées sur les deux premiers mois de 2012 venaient à se prolonger. Le dernier bulletin de l'ONS tire la sonnette d'alarme. Il y est signalé que l'inflation en glissement annuel était de 7,5% en janvier 2012 et elle augmente en février 2012 pour atteindre 8,2%. L'inflation dépasse même les 10% pour les produits frais, notamment les fruits et légumes. Les explications données par certains secteurs d'une augmentation saisonnière qui disparaitra ou bien d'une inflation importée, notamment pour les produits agro alimentaires, sont, de mon point de vue, secondaires. La désorganisation des marchés, qui risque de devenir structurelle, y est pour l'essentiel.
Nous n'avons cessé de répéter, dans ces colonnes notamment, que la réforme économique clé à mettre en 'uvre en toute priorité est celle relative à l'organisation des marchés de biens et de services. Les expériences des pays ayant réussi leur transition nous l'enseignent ; à l'inverse celles des pays qui trainent des transitions interminables aussi. Des marchés inorganisés sont la source de tous les maux : élargissement de l'informel, mécontentement social, inflation, gaspillage, détournement de rentes. Il est vrai que des mesures sont annoncées sur ce sujet d'autres sont mises en 'uvre mais force est de constater la récurrence des augmentations erratiques des prix nonobstant les variations saisonnières de la demande. Qu'en est 'il au juste, au-delà de certaines déclarations disant que " tout va rentrer dans l'ordre dans quelque temps " ' Cela rappelle le contre exemple classique de management, cité régulièrement dans les business schools. Il s'agit des pratiques de certains managers qui ont une façon singulière de traiter leurs préoccupations en donnant systématiquement tout le temps au temps. Ces derniers ont en permanence deux piles de dossiers sur leur bureau : celle des problèmes que le temps a fini par régler, et celle des problèmes que le temps finira par régler ; mais dans les deux à leur détriment.
Evacuons d'abord le cas des produits importés qui ont vu leur indice de prix augmenté de 23,5 % selon l'ONS ; même si cela peut être un premier élément partiel d'explication, celui de l'inflation importée. Pour cette fois, nous nous focalisons sur les marchés des produits domestiques distribués localement. Le facteur d'explication de la flambée des prix est celui de la persistance du mauvais temps qui a obligé les opérateurs à déstocker en s'appuyant sur le système de régulation des produits agricoles de large consommation(SYRPALAC). Dans tous les cas la mise en 'uvre de ce mécanisme de régulation a été inefficace puisque les prix de la pomme de terre notamment ont continué d'augmenter. Il faudra donc revisiter les conditions de mise en 'uvre du SYRPALAC pour que le spectre des anticipations couvre à l'avenir l'ensemble des situations potentielles de marché. A cela est venu s'ajouter la flambée du prix de la tomate dont on peut admettre l'explication du fait du caractère saisonnier de sa production ; mais on nous avait pourtant dit que les productions du Sud et les cultures sous serre allaient permettre de lisser l'offre. Ce n'est pas encore le cas. Mais tout compte fait je continue de croire que la cause fondamentale de cette flambée des prix réside dans la désorganisation des marchés. Que se passe-t-il réellement sur ce front ' Je propose pour ma part, compte tenu de la complexité et de la gravité de la question, d'en segmenter le champ: les marchés informels, les marchés gris qui ne sont que partiellement formels et enfin les marchés insuffisamment organisés.
D'abord les marchés informels, qui prolifèrent dangereusement, constitue un marqueur négatif et ont un effet d'éviction des marchés formels les seuls sur lesquels l'observation peut se faire et la régulation s'appliquer. A titre d'illustration, deux quotidiens nationaux, nous indiquent sur à la base de leurs enquêtes, respectivement que " 80% des commerçants de fruits et légumes sont informels " (Le Chiffre d'Affaires du 9 avril 2012) et à Annaba il y a 22 points de vente recensés (47 selon le rapport de l'APW) qu'il s'agira d'intégrer (La Tribune du 9 avril 2012). Dans le même ordre d'idées la quasi inexistence de réseaux de grandes surfaces, qui pouvaient offrir des marqueurs transparents et visibles de qualité et de prix, aggravent l'asymétrie de l'information dont devrait bénéficier le consommateur. Une double stratégie devrait être mise en 'uvre : freiner l'expansion des marchés informels et formaliser d'une façon ou d'une autre ceux qui existent. J'appelle marché gris ceux qui ne sont que partiellement formels. Par exemple celui des fruits et légumes ou même celui des changes dont la traçabilité des transactions est partielle. Ce manque de traçabilité renvoie au manque d'infrastructures certes mais aussi dans certains cas à l'inapplication de la loi comme pour le marché local des changes.. Enfin il y a les marchés insuffisamment organisés. Ces derniers sont officiellement réglementés mais, dans les faits, ils ont des pratiques qui défavorisent assez souvent les intérêts des consommateurs, comme pour celui de l'automobile par exemple. Mais n'y a pas que la responsabilité des pouvoirs publics qui est engagée ; il y a aussi celle des acteurs de marchés notamment les organisations professionnelles et celles des consommateurs. Pour conclure il me semble bien que cette question récurrente et sensible devrait être la priorité économique de la prochaine Assemblée Populaire Nationale(APN) et de l'Exécutif qui en résultera. Sinon le mouvement social l'exigera, sous diverses formes, comme revendication prioritaire. Pourquoi alors ne pas anticiper.
M. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com