Alger - Revue de Presse

Marché de l'aide: L'Algérie toujours réservée à l'égard des fonds d'aide au développement



L'Algérie, contrairement à ses voisins, ne profite guère de l'aide au développement. Lobbying insuffisant mais également forte méfiance des pouvoirs publics à l'égard des objectifs politiques présumés des donateurs expliquent cette absence de l'Algérie du «marché de l'aide». Des experts algériens suggèrent de cesser de faire la fine bouche.

Considérée, par les pays donateurs, les institutions financières et celles des Nations Unies, comme un pays qui dispose de revenus suffisants pour assurer son développement, l'Algérie est loin derrière les pays du Maghreb dans la liste des bénéficiaires des aides au développement. Les décideurs algériens et les donateurs sont implicitement d'accord sur l'idée que le gros des aides octroyées pour le développement sont largement en deçà des besoins en développement exprimés dans les programmes publics. Un expert de la GTZ ( Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit), l'agence de coopération technique allemande pour le développement, considérait qu'un financement allemand destiné à une adduction d'eau potable pour un village au Maroc peut apparaître comme dérisoire au vu du volume des programmes existants, des financements propres et des attentes des populations en Algérie. La crise que traversent les grands pays donateurs pousse les agences d'aide au développement à réduire les enveloppes et à écarter l'Algérie des pays prioritaires. Il reste que la faiblesse des aides dont l'Algérie bénéficie ne s'explique pas d'une manière aussi simple. Si l'Algérie ne draine pas un fort volume de fonds d'aides, c'est d'abord du fait d'un lobbying insuffisant voire inexistant de la diplomatie algérienne autant dans les institutions internationales que dans le cadre de relations bilatérales. La Tunisie et le Maroc sont de ce point de vue nettement plus compétitifs. Les acteurs du développement dans ces deux pays, qu'ils soient nationaux ou locaux, institutionnels ou associatifs, sont d'une efficacité redoutable dans le drainage de l'aide et ils négocient tous les financements possibles dans le cadre de partenariats bilatéraux, d'accords régionaux ou même de réseaux associatifs.

Soupçons

Marqués par une capacité insuffisante à présenter des projets et à les défendre sur le marché des aides, les Algériens sont également très soupçonneux sur les motivations des pays donateurs. C'est ainsi qu'une enveloppe de 8 millions d'euros, destinée au développement rural et à l'agriculture est restée en suspens pendant plus de deux ans faute d'une sérieuse prise en charge et d'une guéguerre interne entre un ministre et son ministre délégué au développement rural. De même qu'une aide publique au développement du Japon de plusieurs millions de dollars, destinée aux 6 wilayas les plus touchées par le terrorisme, a été refusée par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales de l'époque qui considérait que la reconstruction des zones affectées était une question algéro-algérienne.

Il est vrai que les pays donateurs ne sont pas toujours à l'écoute des stratégies de développement africaines et que les secteurs auxquels les aides sont destinées sont soit des abcès de fixation dans les relations entre les pays donateurs et les pays bénéficiaires, soit des enjeux politiques dans les pays donateurs eux-mêmes.

Faire la fine bouche ?

Le programme d'aide au secteur associatif algérien, doté d'une enveloppe de près de 11 millions d'euros, a mis de longs mois, voire des années à se concrétiser parce que l'UE exigeait que cela soit les associations de la «société civile» qui en bénéficient directement et ce quitte à écorcher la sensibilité ombrageuse du pouvoir algérien. Il en est de même pour les programmes de coopération liés en dernière instance à la gestion des mouvements migratoires, à la lutte contre le terrorisme ou même aux droits de l'homme, problèmes qui ne sont pas perçus de la même manière par les donateurs et les bénéficiaires. Les experts algériens en développement estiment qu'il est important d'améliorer les capacités de drainage des intervenants nationaux et de ne pas cracher sur des fonds aussi minimes soient-ils. Ils rappellent toutefois qu'une part importante de ces fonds repart dans les pays donateurs dans la poche des experts et des bureaux d'études européens. Forte de ses 286 milliards de dollars d'investissements sur les cinq prochaines années, l'Algérie peut faire la fine bouche devant les 172 millions d'euros prévus dans le protocole d'accord pour la période 2011-2013. Les Marocains plus pragmatiques arrivent à près de 3 milliards de dollars d'aide au développement. Les décideurs algériens qui se targuent de gérer comme des bons pères de famille économes et secrets oublient parfois que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.


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