Parfois, il y a comme cela, dans la vie, des situations qui échappent à toute forme de modernité. De la même manière qu'il y a 20, 30 ou 40 ans. Rien n'a particulièrement évolué. Même dégaine, même démarche, et de la même sorte, vous l'entendrez de chez vous hurler haut et fort. Le marchand ambulant ou d'habits, selon l'appellation, est toujours là.
Ces mêmes cris qui ont accompagné nos ainés continuent encore à agrémenter notre quotidien. «Q'dim, kh'zana, tabla, forno, tiliviziou, frigidire, n'hass… yao www !» Un chapelet d'annonces «on live», débité à la criée, en quête de vieilleries qui prennent inutilement de la poussière dans le débarras de la maison.
Tout pour rien !
Ces nomades de la ville, on les entend bien avant de les voir. En donnant de la voix comme des chanteurs d'opéra, dans les quartiers d'Alger, ces marchands «déambulants» de l'occasion marquent leur présence au quotidien, y compris le vendredi, jour de repos. Arborant un bleu de travail, ces camelots d'un genre particulier sillonnent les rues et venelles d'Alger en quête de la perle rare. Le nez levé et les yeux fixés comme un zoom, pas un balcon ni fenêtre n'échappe à leur contrôle aérien. Précédés d'un retentissant «yao www» ou «lel'baâ», selon l'origine dialectale du brocanteur ambulant, ils pointent aussitôt leur museau, soutenant sans cligner d'un cil, le regard des habitants, parfois excédés par tant de gêne et de désinvolture. Si dans la forme rien n'a effectivement changé, le marchand ambulant d'aujourd'hui ne veut plus s'encombrer de n'importe quoi. Il est plus exigent. Il continue certes à ratisser large, mais il ne se contente plus de l'ancienne table estropiée ou de l'armoire de mauvais goût de mémé en isorel de 4e choix. De nos jours, le «déambulant » exige du bon matériel électroménager, des produits électroniques et même des meubles et des œuvres d'art. Et ça négocie dur ! Il n'aura aucun mal à vous offrir 3 francs 6 sous pour votre salon passé de mode. Il se retient presque de vous faire croire qu'il vous rend service en vous débarrassant d'un encombrant mobilier. Et on finit toujours par se dire, : bof… après tout, mieux vaut accepter !
Rien ne se perd…
Après un lifting intégral, ces vieilleries atterrissent dans les différents marchés de l'occase. Et c'est reparti pour une nouvelle vie ! Meubles, ustensiles, électroménager… il y a de la place pour tout. «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme», ces marchands ambulants ont très bien saisi la célèbre maxime de Lavoisier. De tous ces anciens objets, ils ont en fait leur gagne-pain. Force est de reconnaître que ces hommes crieurs mangent le pain à la sueur de leur front.
Le bon coup de fusil…
Lorsqu'ils débusquent le «bon client», notamment parmi ceux qui changent leur déco intérieure chaque année, ils lui laissent le numéro de portable. Car même dans ce dur labeur, la concurrence fait rage. C'est à qui sera le premier pour dénicher un bahut pas trop avachi ou une œuvre d'art revendue jusqu'à dix fois son prix. C'est à croire que le bon coup de fusil est parfois au bout de «yao www». Aujourd'hui encore, les marchands ambulants d'objets hétéroclites d'occasion rythment le quotidien des Algérois. De la rue Bouzrina, à La Casbah, au Boulevard Bougara, à El-Biar, en passant par l'Avenue du 1er-Novembre à la place des Martyrs, ils sont nombreux, en bleu de travail, à battre le pavé, signalant leur présence de leur voix retentissante, «Qdim, kh'zana, tabla, forno, tiliviziou, frigidire, n'hass… Yao www !»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sabrinal
Source : www.lesoirdalgerie.com