A quoi rime la faiblesse de la mobilisation ?
Les deux attentats de Batna et de Dellys, de par le nombre de victimes qu’ils ont provoqué, ont subitement replongé dans l’univers dantesque de l’horreur les Algériens qui redoutaient déjà une rentrée sociale à plusieurs inconnues.
L’onde de choc provoquée par ces deux attentats, qui ont eu un retentissement médiatique, laissait supposer une large mobilisation des citoyens, après l’appel lancé vendredi par des organisations de la société civile pour des marches de protestation. Il n’en fut rien hier, en particulier dans les villes où les citoyens ont répondu timidement à l’appel. Comme on a pu le constater hier à la salle Harcha Hassan d’Alger dont les gradins étaient quasiment vides. Alors que sur la tribune, on voyait toute une brochette de personnalités politiques, syndicales aux côtés des représentants de la société civile, initiateurs de la manifestation. D’ailleurs, les organisateurs, qui s’attendaient à un afflux considérable, comme c’était le cas, après les attentats du 11 avril, n’ont pas caché leur gêne. Cette défection, voire désaffection des citoyens, est trop voyante pour ne pas renvoyer l’observateur à des lectures. Dire que c’est là une preuve d’indifférence face au terrorisme, serait aller vite en besogne. Car la majorité des Algériens, qui endurent depuis dix-sept ans les affres des groupes armés islamistes, vomissent le terrorisme dont les cibles restent d’abord ces mêmes citoyens tombés jeudi à Batna et ces militaires déchiquetés par l’explosion à Dellys.
Cette piste étant d’emblée écartée, le constat nous renvoie à d’autres interprétations. Les organisateurs croient trouver, pour leur part, l’explication dans le fait qu’ils n’ont pas eu assez de temps pour préparer le rassemblement, avec notamment une campagne d’explication.
Ce qui est vrai dans une certaine mesure, même si la vague d’émotion provoquée par les attentats est de nature à favoriser la mobilisation. D’où alors la tentation de se demander si l’absence des Algériens n’est pas un message de rupture et de défiance adressé aux autorités. Autrement dit, les Algériens ne croient plus aux initiatives prises par le Pouvoir et ses relais dans la société. Un pouvoir impuissant face à la mafia du marché qui dicte les prix des produits de large consommation, un pouvoir incapable d’en finir pour de vrai avec le terrorisme, ne peut finalement qu’avoir en guise de réponse ce type d’attitude de la part des Algériens aujourd’hui arrivés à un stade de désabusement sans précédent.
En fait, ce qui s’est produit hier dans les lieux de rassemblement est à lier au désaveu infligé le 17 mai dernier par les Algériens aux autorités, à travers le rejet massif des élections législatives. Ce qui laisse augurer certainement d’un remake du 17 mai lors des prochaines élections locales. Si bien qu’aujourd’hui on se retrouve dans cette situation pour le moins paradoxale où le rejet se manifeste aussi bien vis-à-vis du terrorisme que du pouvoir politique.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com