
Aomar Aït Aïder, écrivain et professeur à l'université de Tizi Ouzou, a été l'invité, samedi dernier, du café littéraire de Béjaïa pour parler de son dernier ouvrage Mammeri a dit, paru en janvier 2016 aux éditions l'Odyssée.Auteur de L'Aarch de Kabylie, Lola d'Alger et Université le chaos, Aomar Aït Aïder revient cette fois-ci avec un travail de mémoire en retranscrivant une interview qu'il a eue avec Mouloud Mammeri en août 1984, cinq ans avant la mort de l'auteur de La Colline oubliée.L'écrivain présente «un homme profondément humaniste» et un «intellectuel incorruptible» qui «n'était pas aimé dans le mouvement national» rappelant les attaques dont il a été la cible de la part, entres autres, des Sahli, Ouzegane et Lachref.Plus que des attaques verbales, le conférencier souligne que Mammeri a été menacé lorsqu'il contribuait à l'éditorial du journal des libéraux. «On voulait l'arrêter et c'est Camus qui est intervenu pour l'exfiltrer vers le Maroc», dit-il. Mouloud Mammeri a refusé de cautionner le message politique qui voulait que l'Algérie soit un pays arabe, excluant ses origines profondément amazighes. L'orateur rappelle cette prise de position et témoigne du message de Mammeri d'aller au-delà de l'oralité et de s'investir dans l'écriture, y compris cinématographique, pour préserver la langue et la culture amazighes.Pour appuyer son propos, Aït Aïder fait lecture à cette occasion de la lettre qu'il a adressée à Mohand Azwaw. «Pour lui, il faut s'inscrire dans l'universalisme», témoigne-t-il. Le Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques d'Alger, qu'il a dirigé de 1969 à 1980, est «un nid de berbéristes», affirme Aït Aïder qui estime que «tous ceux qui luttent pour tamazight et la démocratie se sont nourri de la sève de Mammeri». «Aujourd'hui encore, La colline oubliée pose les mêmes problèmes.La société à laquelle a appelée Mammeri, ils n'en veulent pas», soutient le conférencier. Malgré l'hostilité et les «attaques permanentes», les travaux de Mammeri éclairent aujourd'hui des générations entières et le nom de l'écrivain reste intimement lié à l'une des grandes haltes de la revendication identitaire qu'est Avril 1980.«Je ne vois pas comment ne pas suivre aujourd'hui la voie qu'il a tracée. Ils ne peuvent rien contre ce qu'il a mis en place», ajoute Aomar Aït Aïder qui considère que c'est dans le Rif marocain que l'auteur de L'Opium et le bâton a eu sa vocation d'écrivain anthropologue. «Tamazight doit sa survie à ce géant de l'histoire, qui disait que c'est vers sa liberté que mon peuple ira, et non pas à un nain», conclut l'auteur de Mammeri a dit.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K M
Source : www.elwatan.com