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Mali



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Il y a des gestions légitimes que certains sont en train de se poser sur le processus de paix inter-malien que la médiation algérienne mène depuis le début de l'été dernier avec de grandes difficultés, malgré l'implication de nombreux acteurs régionaux et internationaux. En dehors des incontrôlables mouvements terroristes islamistes qui sèment le trouble dans le Nord-Mali, pourquoi cette reprise soudaine des armes dans cette région, en pleine discussion à Alger ' L'armée malienne est accusée de mener une offensive, en se cachant derrière cet obscur groupe d'auto-défense touareg de l'Imghad et alliés (Gatia) qui n'est pas associé au dialogue inclusif inter-malien. Gatia s'est affiché, dès sa création en août dernier, comme un mouvement armé pro-gouvernemental, en expliquant avoir pris les armes pour garantir les intérêts de la population qu'il dit représenter dans les futures reconfigurations du Mali. Pourquoi s'être donc attaqué au Mouvement national pour la libération de l'Azawad (Mnla) dans la localité de N'tililit à la veille de la reprise des négociations d'Alger ' Le Mnla a été poussé à se retirer de cette région après deux jours de combats qui ont fait plus d'une vingtaine de morts dans les deux camps. Le Mnla a accusé le gouvernement de Bamako de relancer la guerre, mais sans fournir assez de preuves sur l'implication de l'armée malienne dans cette attaque. Hier, la coalition des groupes politico-armés a annoncé avoir repris le contrôle d'un passage stratégique entre le Mali et l'Algérie. Il s'agit de la localité de l'Inafarek, située à la frontière algéro-malienne et considéré comme un haut lieu de passage des contrebandiers. Qu'est-ce qui peut justifier cette recrudescence des violences entre groupes armés interposés dans le Nord-Mali à un moment où les négociations ont atteint une étape cruciale ' Bamako est-il en train de saper les efforts de paix en sous-traitant une nouvelle offensive armée contre le Mnla et ses alliés dans le Nord ' Ou s'agit-il seulement d'une tentative d'affaiblissement du Mnla sur le plan militaire pour l'obliger à accepter le document de base proposé par l'Algérie avant le retour des deux délégations à Alger à la mi-novembre prochain ' De toutes ces questions que l'on peut se poser, celle qui résume la situation est la question relative à l'avenir du dialogue d'Alger qui se trouve menacé. En effet, les efforts déployés par la diplomatie algérienne et ses partenaires africains et internationaux risquent de voler en éclat à cause de ces violences qui ont repris dans le Nord-Mali. Des violences qui servent les intérêts des parties étrangères et mettent en péril l'existence du Mali en tant qu'Etat. Pour mieux comprendre la crise malienne, des analystes affirment qu'il suffit de l'inscrire dans le nouvel ordre mondial qui est en train de se mettre en place, avec l'émergence du terrorisme islamiste comme nouvel ennemi à combattre, le retour de la Russie sur la scène internationale et une Chine qui veut sa part du gâteau sur le continent africain. Les raisons économiques justifieraient donc cette déstabilisation du Mali, viacette lutte contre les groupes terroristesd'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Ansar Eddine et le Mouvement pour l'unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest. Cette stratégie de création de micro-conflits dans les pays riches en ressources naturelles permet en fait de justifier n'importe ingérence étrangère des grandes puissances. Au lendemain de l'éclatement de la rébellion touareg en 2012, conduite par le Mnla dans le Nord-Mali, un centre de recherches belge : le Service international de recherche et d'éducation etd'Action sociale (Asbl) a publié une analyse qui soutient cette thèse. L'auteur de cette analyse, Pascal De Gendt écrivait en août 2012 : «Ce n'est sans doute pas par hasard si la carte d'implantation des forces armées islamistes au Sahel est presque parfaitement calquée sur celle des ressources pétrolières dans cette région. Le bassin de Taoudéni, qui s'étend sur les territoires de laMauritanie, de l'Algérie, du Niger et du Mali, semble particulièrement prometteur. Un nouvel Eldorado, comme l'a nommé le directeur pour l'Afrique du Nord du Groupe Total. Le Groupe français sait de quoi il parle : déjà présent dans la région, il a signé, en janvier dernier, un accord avec la Mauritanie pour deux nouveaux permis d'exploration. Un off-shore, l'autre en plein bassin de Taoudéni». Le nom d'un pays arabe qui a ouvertement affiché sa volonté d'assurer sa suprématie au Proche-Orient est cité comme un élément déstabilisateur de cette région. Ce pays est le Qatar, actionnaire dans le Groupe français Total à hauteur de 3%. «Le même émirat qui a fait une spécialité du soutien aux groupes salafistes, en Libye, en Syrie comme au Mali», une de ses stratégies d'expansion. L'auteur cite aussi les Etats-Unis parmi ces pays qui veut avoir la main sur les richesses du Mali. «La stratégie sahélienne des Etats-Unis est d'ailleurs pratiquement inscrite noir sur blanc dans les principes fondant l'action de l'Africom, leur commandement militaire sur ce continent. On y parle d'assurer- la libre circulation des ressources naturelles de l'Afrique vers le marché mondial- et - de protéger l'accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques abondantes en Afrique-. Les protéger notamment contre la féroce concurrence russe et chinoise», expliquait encore l'analyste belge. Cela explique la présence accrue de l'armée française et l'entrée en douce de l'armée américaine à travers son dispositif spécial pour l'Afrique, plus connu sur l'appellation de l'Africom. Mais d'autres analystes soutiennent le contraire, même si les enjeux économiques demeurent au centre de leurs réflexions. Dans un documentaire réalisé par la chaîne de télévision franco-allemande Arte, des chercheurs du très sérieux Institut français des relations internationales (Ifri) nous offrent une autre vision. Pour le chercheur français de l'Ifri Benjamin Augé, l'or noir malien n'est pour le moment qu'un mirage. «Certes le Mali repose sur cinq bassins sédimentaires prometteurs, mais pour l'heure on est loin de la phase d'exploitation. Parmi les bassins à fort potentiel pétrolier et gazier, celui de Taoudenni, au nord-ouest du pays, aiguisent tous les appétits. C'est un forage opéré par Total dans la partie mauritanienne du bassin qui a fait dire à certains que la région pourrait devenir un Eldorado du pétrole. Mais jusqu'à présent côté malien aucun forage ne vient étayer cette hypothèse», explique un extrait du documentaire d'Arte qui fait le même constat pour l'existence de gisement de l'Uranium et les Terres rares, pour ne citer que ces deux minerais, très convoités par les puissances industrielles. Dans tous les cas de figure, le Mali n'est qu'une partie du problème qui a plongé toute la région sahélo-saharienne dans le chaos. L'enjeu majeur de la présence française au Mali, de la crise politico-militaire dans le Nord est loin de se limiter au seul territoire malien. Mais ce qui est certain, c'est le risque d'un échec du dialogue d'Alger, dans le cas où les violences armées s'aggravent entre les groupes politico-armés du Nord et Bamako. L. M.


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