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Malek Alloula, un phare unique, dernier salut des navigateurs



Malek Alloula, un phare unique, dernier salut des navigateurs
Malek Alloula est un semeur, un poète possédé par le verbe, par la matière brute qui veut être taillée en figure. Un homme d'avant-garde qui n'hésite pas à saisir le feu de ses mains nues, même s'il sait que cela tue. Un isolé à qui la célébrité et le vacarme des relations sociales furent toujours superflus. Un amant qui connut et célébra le bonheur inaccessible. Un homme bon qui consuma un c?ur exceptionnellement fort dans sa lutte sur les abîmes de l'âme et du monde. Il était l'un de ces phares uniques.Une lumière, dernier salut des navigateurs dans les nuits de tempête et de ténèbres. Peu de gens connaissent cette obscurité du grand large, et peu de gens la lumière salvatrice. Là où un monde s'écroule, là où les fleurs ne fleurissent plus, où les navires ne peuvent plus rentrer au port, là, dans une cabane de cendres, le corps de l'aimée s'éclaire comme un soleil nocturne, et cet éclat, qui est aliment, est aussi une clarté sur la mer.Malek Alloula est un de ces «phares». Il est le feu qui brûle du dedans, qui déchire les ténèbres : une lumière qui sauve. Une lumière qui durera. «Des fossiles étoilés de la terre.La chaux blanche monte et me soutient.» Même alors que le poème ne s'adresse plus à un «toi» personnel, il est la tentative, prolongeable jusque dans l'infini, de faire entrer l'univers dans quelques phrases.C'est ainsi que Malek Alloula façonna, l'un après l'autre, ses présents immortels. Il pensait qu'il ne pouvait quitter le monde sans déposer dans les mains vides de l'aimée, en guise de testament, une profusion d'images, une surabondance d'univers, de quoi surmonter toutes ses larmes et tout son deuil : «J'ai creusé tes sourires/J'ai nourri tes regards/De ce rare délire/Qu'on porte comme un fard/Tu pars à la dérive/La dérive du temps/Quittant la sombre rive/Où mon ombre t'attend.»(1) Le poète avait la nostalgie de la perfection. La main qui avait écrit «ses poèmes» était guidée par la plus haute maîtrise. Cette main lumineuse condensait la totalité de son génie.Pour Malek Alloula, l'amour était aussi la prise de conscience envers «l'autre», ce qui rend sensible tout l'abstrait, et la mort était le sacrifice suprême, le dernier acte de dévotion par lequel on embrassait la terre : «Terre perdue, terre battue/Tous tes chemins s'en sont allés/Toutes les fontaines sont bues/Tous les ruisseaux vitriolés».(2) Là où Malek Alloula mourait, il mourait la mort du monde entier. Mais là où il s'enflammait, il édifiait un monde nouveau, et là où il aimait, il faisait de l'aimée le centre de gravité de l'univers.Il s'est trouvé placé entre deux nations : celle qui l'a vu naître et celle qui lui a donné sa langue. Il était l'un des innombrables réfugiés de l'esprit. Dans sa recherche d'une patrie, il se heurta à des désespoirs qui sont au bord de l'indicible : «Pourtant ma douce tombe/Tombe insensiblement/A travers les décombres/D'irascibles couchants».(3) Pour Malek Alloula, poète, la mort, la jalousie, la solitude et l'angoisse étaient la troisième dimension de l'amour.Et le corps dans sa force parfaite et bénéfique, dans sa parfaite sensualité, est la source, est la patrie, au sein d'un monde qui est, sinon tout à fait déshumanisé, du moins tout à fait dépersonnalisé. Les graines déposées par Malek Alloula lèveront. Des jeunes poètes écouteront le message du maître, qui avait compris que l'art du poète exige une audace mortelle, une audace qu'il a prise sur lui et qu'il a soutenue jusqu'à son dernier jour.1-2-3 : Recueils de poèmes édités par Sindbad sont disponibles dans la Bibliothèque nationale (Alger).


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