Jusqu'à la frontière de l'ultime rime, le poème restera douloureux. Il faudra négocier avec Israël pour consacrer Al Khalil comme refuge à la sépulture du poète Mahmoud Darwich. Il faudra réclamer la terre, cette fois-ci, pour un bout de tombeau, et espérer voir jaillir de la dépouille longiligne une tige de thym et de violettes. Jusqu'au bout de ce souffle dramatique de l'exil et du pays porté dans une valise, de ce « pays qui se brise entre les doigts comme de la porcelaine » (Madih adhil al âli), le poète n'est que sa poésie.Une poésie ardente comme le buisson du mont Sinaï, coupante comme les tracés du mur de séparation et suffocante comme l'occupation. Mahmoud Darwich est mort. Et ce n'est point seulement la Palestine qu'il délimitera en poèmes qui le pleure, c'est toute cette humanité attachée à la liberté et à l'universalisme qui le regrette. Car qui a interpellé Dieu lui-même pour décliner Son identité à part Darwich dans le Beyrouth génocidaire de 1982 ' Qui, à part ce colérique charmeur, déclenchait, du Caire à Stockholm, le scandale avec les policiers des aéroports, cerbères modernes des frontières entre les c'urs 'Qui, à part ce générateur de cyclones esthétiques pouvait rassembler bourreaux et victimes dans le même tango infernal entre deux rimes et des milliers d'années de massacres ' Qui aurait pu, à part cet exilé, rédiger la déclaration de l'Etat palestinien en 1988 à Alger tout en se noyant dans la poésie de l'amour et de l'attente dans le purgatoire hostile des hôtels dont on oublie les adresses ' Identifié à un pays et à une cause, le grand poète arabe tentait de s'imposer avant tout comme un poète. Un regard. Un poème qui s'appesantit sur les fragiles pétales d'une fleur.C'est à travers la fleur d'amandier qu'il disait toute la non-humanité de l'occupant.C'est à travers une procession de funérailles d'un étranger qu'il disait toute l'humanité des autres. Et c'est à travers la colère d'un poète qu'explose celle de toute une nation. « Nous serons un peuple lorsque le poète pourra décrire érotiquement le ventre de la danseuse/Nous serons un peuple lorsque nous pourrons critiquer les puissants/Nous serons un peuple lorsque la loi protégera la prostituée debout dans la rue/Nous serons un peuple lorsque nous reconnaîtrons nos erreurs. »
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Adlène Meddi
Source : www.elwatan.com