
Il écrit pour dire ce que la société refuse d'entendre. Comme ses camarades et collègues de la plume virtuelle, il se réfugie dans le cybercarnet, ce journal intime des temps modernes pour exprimer sa vision de la vie, exposer ses choix et exhiber ses opinions.Enragé contre une société qu'il juge castratrice, démotivante et têtue dans son obscur extrémisme, il ose à travers ses écrits faire un pied de nez à l'ordre établi.Blogueur depuis une année, il affirme que cet outil lui donne la force de pousser loin des positions, pas toujours faciles à assumer. A 23 ans, Kiti Mahmmoud écrits sur les libertés individuelles, la lutte contre le fanatisme et la laïcité. L'étudiant en master 2 d'histoire antique à Alger, assure que son amour de la littérature est né d'une riche éducation inculquée par un père enseignant de charia et une mère universitaire.«Je suis issu d'un famille d'intellectuels. Très tôt, dès l'école primaire, on m'a inculqué l'amour de la lecture. Je lisais Khalil Gibran et Nizar Kabbani à cet âge là. A 10 ans, je lisais quotidiennement les journaux en arabe et en français. De son côté, ma mère m'obligeait à lire Victor Hugo ou encore Voltaire», se rappelle-t-il, un sourire nostalgique aux lèvres.Pour Mahmmoud, son premier fait d'armes dans le domaine de l'expression remonte à cette date où son maître du primaire le somme de monter à l'estrade pour écrire quelques phrases. Les applaudissements de ses camarades scellent le début d'une passion. «J'ai commencé à écrire mon premier roman, qui n'est toujours pas terminé, au lycée. Il s'appelle L'île du jugement dernier.C'est une autobiographie et un résumé de ma condition psychique et idéologique en lutte contre l'agression salafiste, l'extrémisme religieux et le terrorisme social», raconte le jeune étudiant qui affirme avoir été agressé dans la rue par ceux qu'il qualifie de salafistes. «C'était en avril dernier. A Ruisseau (Alger) des gens qui me connaissent et lisent mes écrits m'ont frappé au niveau de l'?il.C'était une agression lâche. J'ai déposé plainte et l'affaire est devenue une cause d'opinion publique», dénonce-t-il en affirmant recevoir beaucoup de menaces à cause de ses écrits. «Dans mon blog, j'ai écrit des articles contre la pensée djihadiste, sur l'impérative séparation entre le religieux et le politique, pour éloigner la langue arabe de l'enseignement ainsi que l'éducation religieuse. Je pense que l'idéologie est la base de la construction d'une société. Et, malheureusement, nos peuples sont orphelins d'idéologie. Ils sont embrigadés dans l'histoire ancienne.Celle qui date de 14 siècles. J'écris également sur l'histoire pour dire que les pays arabes, y compris le nôtre, n'ont jamais connu de révolution mais juste des révoltes. Car la révolution, avant tout fait évoluer la pensée et les m?urs», égrène Mahmmoud de sa longue liste de griefs et autant de sujets de discorde qui animent les passions et exultent la rage des esprits obtus.Mais que vaut un auteur sans polémique ' Si Mahmmoud et son blog dérangent, c'est d'abord un signe révélateur d'un fait bénéfique : il est lu. «Mon auditoire varie selon les textes que j'écris. J'ai entre 1000 et 7000 lecteurs par texte», assure-t-il. C'est déjà valorisant pour un écrivain en herbe qui tente de se frayer un chemin dans le long parcours du militantisme et de la littérature.Grâce au blog, il a réussi à imposer son univers à un lectorat pas toujours facile à dompter. Et le bénéfice ne se limite pas à cela. «Cette activité m'a rendu plus fort. Je m'engage plus dans mon combat pour défendre mes idées. Je ne me sens plus esseulé», s'en félicite-t-il. Avec cette force acquise, le jeune étudiant relève encore plus haut ses propres aspirations.De la simple expression de ses sentiments et idées, il veut aujourd'hui en compagnie de son réseau de blogueurs créer une classe de jeunes écrivains, des adolescents de préférence, pour défendre leur idéal d'une Algérie nouvelle. «Une société qui accepte la diversité religieuse, culturelle et autres. Une classe qui défend les femmes et les minorités. Je suis pour une nouvelle lecture de la religion, l'acceptation de l'autre, qu'il soit juif ou chrétien. Et je suis pour la séparation du religieux du politique. Le sacré doit rester sacré», conclut Mahmoud.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Azzoug
Source : www.elwatan.com