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Lutte contre l'informel: Encore un coup d'épée dans l'eau !



Des communes de la capitale ont lancé, ces dernières semaines, une large campagne d'éradication du marché informel.Une décision, visant avant tout à remettre, une énième fois, de l'ordre dans une activité difficile à contrôler, en raison de sa complexité, mais dont l'Etat est le premier perdant, au sens fiscal s'entend. La masse d'argent circulant dans le parallèle est estimée à des dizaines de milliards de dollars. Une estimation reconnue, tant par les experts que par le gouvernement, puisque son premier représentant, en l'occurrence Abdelmalek Sellal, en a fait dans sa feuille de route, dès sa prise de fonction en 2012, une de ses priorités. Il s'est engagé, en effet, d'organiser ce secteur. Son idée était de récupérer la masse monétaire, pour renflouer les caisses de l'Etat, avec l'astuce d'affilier les activistes de l'informel dans la sécurité sociale. L'on se rappelle, dans ce cadre, la chasse aux petits vendeurs à travers le pays. Mais l'initiative n'a pas manqué de provoquer une fronde au sein du monde de l'informel. Mais pas seulement. Les consommateurs ont, pour leur part, exprimé leur mécontentement, face à des «mesures jugées impopulaires». Quand on sait la provenance des marchands de l'informel, venus majoritairement des familles modestes, l'on comprend la réaction. D'autre part, les prix pratiqués par l'informel sont les plus bas. En amont des petits détaillants, le marché de gros a, lui aussi, connu des troubles à cause des mesures gouvernementales de maîtriser ses activités. Des négociations ont été lancées avec les grossistes du marché de Semmar, qui alimente plusieurs wilayas du centre, de l'Est et de l'ouest. Elles portaient essentiellement sur la création d'une zone d'activité, à la limite de la wilaya de Boumerdes, et plus précisément à Zemmouri. La proposition a été rejetée par les commerçants, pour raison incommodante. On propose alors une autre zone, entre Birtouta et Baba Ali (une quinzaine de kilomètres au sud d'Alger), agréée par les deux parties, mais non encore opérationnelle pour on ne sait quel motif. Des sources mettent en avant un problème de foncier. D'autres citent le manque de finances dû à la chute des prix du pétrole. Dans les deux cas, le projet est mis sous le boisseau.
La charrue avant les b?ufs
Comme on peut le constater, les actions menées, ou du moins les tentatives du gouvernement, de juguler le marché informel, ont abouti à un échec. La lutte contre l'informel initiée par Sellal, n'aura duré, en fait, que quelques mois. Le retour de manivelle a donné lieu à une reprise en force des petits vendeurs. Les quartiers populaires ont connu un regain d'activité informelle jamais égalée auparavant. «Il n'y a rien d'étonnant», fait remarquer un vendeur à la sauvette, expliquant que les autorités locales gèrent mal la question, et d'ajouter que «d'un coté on laisse faire pendant des années, et d'un autre, on prend des décisions sans penser au sort des familles vivant de cette activité. Ces jeunes et ces pères de famille vont, du jour au lendemain, se retrouver au chômage. Est-ce une solution que de les empêcher de gagner de quoi faire nourrir leurs familles ' Où sont les locaux et les étals promis '». C'est toute la problématique en effet. Le plan visant la création des marchés parisiens dans chaque commune est resté sans suite. A-t-il été abandonné ' Tout porte à le croire, au vu du très peu de réalisations dans ce domaine. Et puis, il ne faut pas se voiler la face, et reconnaître le manque crucial du foncier dans la capitale. Ce manque est ressenti fortement, à tel point que l'on a du mal à concrétiser les programmes de logements et d'équipements publics. Des années durant, les collectivités locales éprouvent, en effet, d'énormes difficultés à construire des marchés de proximités, en raison de la problématique posée par la rareté d'assiettes. Ainsi, la décision des pouvoirs publics, et en aval les municipalités, paraît comme un coup d'épée dans l'eau. En somme, c'est mettre la charrue avant les b?ufs, quand on sait toutes les conséquences au bout de cette décision, quand bien même l'intention reste objective et allant dans l'intérêt général, à savoir celui de mettre fin à l'anarchie générée par le commerce informel.
2278 commerçants hors-la-loi
Selon la direction du commerce de la wilaya d'Alger, 39 points, où exercent dans l'illégalité, 2278 petits commerçants, ont été recensés. Ces derniers occupent trottoirs, places et voies publiques. La guerre déclarée sans relâche, a permis de déloger tous les indus occupants. Les APC, qui ont dormi du sommeil du juste durant des années, ont fini par passer à l'action. C'est le cas de Sidi M'Hamed, au niveau du marché Réda Houhou (ex-Clauzel), où la commune, en collaboration avec les services de police, ont «nettoyé» les alentours du marché. L'opération s'est déroulée, selon le maire, sans aucun incident. Les commerçants n'ont pas été prévenus de la «descente». Toutefois l'on a appris que ces derniers ont reçu la promesse d'être dédommagés dans un proche avenir. L'APC compte, d'après une source proche, réaliser un marché communal, estimé à 12 milliards de centimes, sur le budget de la commune. Quand ' Dieu seul le sait. L'interrogation qui plane, est celle de savoir qui figurera sur la liste des bénéficiaires d'étals. Parmi les petits commerçants délogés du marché Réda Houhou, certains sont sceptiques, et craignent de connaître le même sort que leurs collègues du marché de Boumati, à El Harrach. Pour rappel, l'éradication de ce dernier, fermé il y a deux ans, par décision du wali, Abdelkader Zoukh, a généré une fronde au sein des petits commerçants, dont une partie s'est retrouvée exclue de la liste des bénéficiaires d'étals, dans le nouveau marché construit par Batimétal.
La Casbah et Bachdjarah libérées
La discrétion qui a entouré l'opération d'éradication des étals sauvages au niveau de la commune de la Casbah a eu le mérite d'éviter l'émeute. «On n'y a vu que du feu», dira un des commerçants, dont l'étal a été démonté dans la nuit. Trois points ont été ciblés par cette opération, à savoir la rue Bouzrina (La Lyre), Amar Ali et Amar El Kama ( successivement les rues Randon et de Chartres), connues pour leur activité commerciale informelle, et repère des habitants de toute la commune de la Casbah et ses environs. «Ces lieux ont été totalement libérés», dira un vieux résident de la rue Bouzrina depuis les années 50. Un quartier grouillant, et où le commerce en tous genres bat son plein, du matin jusque tard dans la nuit. L'action n'est pas passée inaperçue aux yeux des habitants des lieux, comme en témoigne cette dame, confiant «qu'elle apprécie cette intervention, dont le mérite est d'abord de libérer les rues occupées, de permettre aux riverains de goûter un peu de repos et de tranquillité, et bien sûr de mettre un terme à l'anarchie». Une opinion non partagée par tous. Une mère au foyer, habituée du marché Amar El Kama, ne cache pas son mécontentement, en déclarant être contre cette décision. «Je fais mes achats ici depuis longtemps. J'avoue faire des économies, car les prix sont plus bas que ceux du marché couvert». «Issaâdouna» ( ils nous font des rabais, en parlant des petits commerçants), «et n'oublions pas que ces gens travaillent pour aider leurs familles», dira-t-elle. On saura par la suite, que son neveu fait partie de ceux qui ont été «chassés» des lieux. A Bachdjarah, où les prix des fruits et légumes sont les plus bas de la capitale, selon le témoignage de beaucoup de consommateurs, l'éradication du marché informel par les autorités n'a rencontré aucune résistance de la part des marchands. Ces derniers craignent, toutefois, du moins pour un bon nombre d'entre eux, de ne pas figurer sur la fameuse liste des chanceux.
Quand Salah vient à manquer
Le bonheur des uns fait le malheur des autres, et vice-versa. Ce dicton connu de tous, semble coller parfaitement à l'histoire qui va suivre, et dont le héros n'est autre que Salah, un marchand de légumes très estimé. Il vient tous les matins d'El Kalitous (Eucalyptus), installer son étal près du marché de Bachdjarah. Avec le temps, il a conquis tous les c?urs de ses clients, qui ne l'auraient pas troqué contre tout l'or du monde. Le secret de cette conquête, il le doit certainement à deux choses : la qualité de ses produits, et leurs prix abordables. Ajouter à cela une touche particulière, celle de vendre à crédit à ses habitués. Depuis des années qu'il s'est fixé dans ce quartier populaire, qu'il ne quitte qu'une fois avoir tout écoulé. Il n'a jamais eu de pépins avec ses clients, tout comme ces derniers lui vouent une sacrée préférence aux autres. Mais voilà que depuis que les autorités ont décidé de mettre de l'ordre, il a quitté les lieux, au grand malheur de sa clientèle. El Hadja Aicha a même versé une larme en apprenant son départ. Sera-t-il de retour une fois la situation calmée ' Beaucoup l'espèrent ici. En attendant, on continue de parler de campagne qui sera vite oubliée. Sauf si de vraies solutions viendraient à être appliquées. Multiplier les marchés de proximité.
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