
Emotion et considération ont empli et imprégné la salle de conférences de l'Etablissement arts et culture dans l'après-midi de lundi dernier. L'occasion fut la présence de la moudjahida Louiza Oudarene conviée à évoquer son combat libérateur, le combat de toutes les femmes algériennes et leur participation au recouvrement de l'indépendance. L'assistance, assez nombreuse, était composée en majorité de personnes ayant connu la période relatée. Les acteurs de la grande guerre sont nombreux, parmi eux Louiza Oudarene. Son humilité lui fait dire d'emblée que « beaucoup de femmes étaient enrôlées dans la guerre de libération et luttaient avec la plus grande et ferme volonté. Car le but c'est l'indépendance de notre pays. La femme algérienne a toujours été présente dans la bataille de libération et de la construction. Elle a offert son mari, son fils et sa personne. Rien n'était cher pour libérer l'Algérie ».De nombreux exploitsNée en 1938 à Mechtras, au sud Tizi Ouzou, Louiza a grandi dans une famille de révolutionnaires. « On nous appelait les bandits d'honneur, mon frère Ali a été décapité le 12 janvier 1952 à Tizi Ouzou et la révolution hantait mon esprit. Je ne pouvais me soustraire à cet élan d'engagement de par ma mère, une Mokrani et mon père Saïd responsable dans la structure du FLN. En 1957, lors de la grève des 8 jours, mon père fut arrêté et on s'est enfuis vers la wilaya III en emportant les documents et tout ce qu'on cachait à la maison. En juin de la même année, on a désigné Khelifa Boukhalfa pour la zone autonome d'Alger et donc je suis venue avec lui avec également Hamdoud Chicha désigné par les responsables de la wilaya III. Notre rôle consistait à organiser les aides pour les moudjahiddine et les acheminer celles-ci vers le maquis. En six mois, nous avons formé 85 personnes dont 45 femmes ». « En décembre 1957, Khelifa Boukhalfa est tombé au champ d'honneur et moi je fus emprisonnée. La torture est pratiquée sans ménagement. Mais le plus dur et que je garde toujours en mémoire, c'est le moment où on m'a déshabillée devant mon frère de 14 ans. Ils ont fait pareil avec lui. Mon incarcération a duré jusqu'en 1959. A ma sortie, je devais aller au commissariat signer une feuille de présence sur le territoire du département. Au troisième jour de ma libération, je repars vers le maquis en zone 3, région III, secteur 4. Mes responsables me demandent alors de réintégrer Alger et le moudjahid Si Mohamed Yakouren m'a chargée de récolter de l'argent et des médicaments. Une certaine Madeleine de Tontonville avait une clinique et c'était elle qui nous récupéra les médicaments auprès des pharmaciens et des médecins de sa connaissance. Pour les habits, un réseau de couturières chapeauté par Meriem Fatma-Zohra fut aussi mis en place. Pour la couleur, la cave d'une chapelle sise à Kouba est mise à notre disposition par le père qui y officiait ». Les exploits de Louiza Oudarene sont nombreux. Sans crainte, elle s'était lancée dans des actions militaires comme l'attaque menée avec Mohamed Berouaghia lors du vol d'un arsenal d'armes à des pieds noirs enrôlés dans les rangs de l'OAS. Elle a pris part aussi à l'attaque avec une grenade du café situé au 23, rue de Lyon (Mohamed Belouizdad) en compagnie du frère de Salah Gaïd alors âgé alors de 18 ans. Louiza Oudarene revient sur les faits vécus et confirme des vérités et des détails pour que l'écriture de l'histoire ne soit pas falsifiée. Le récit de Louiza Oudarene est un autre témoignage de personnes ayant participé pleinement dans une guerre qui n'a pas encore livré toutes ses vérités. Des mémoires seront transcrites bientôt. L'écriture de nouvelles sur la participation des enfants dans la guerre de libération est par ailleurs en chantier depuis deux ans.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Souhila Habib
Source : www.horizons-dz.com