Certaines dispositions de la loi des finances complémentaire (LFC) 2009
suscitent une vive polémique chez les opérateurs. Une note adressée aux banques
devrait les soulager au sujet des opérations entamées avec la promulgation de
la loi. Pour l'avenir, tout reste incertain.
Une note, datée du 4 août 2009, signée conjointement par le secrétaire
général du ministère des Finances et le secrétaire général de la Banque
d'Algérie, apporte des précisions sur les modalités de mise en oeuvre de
certaines dispositions de la loi des finances complémentaire. Les banques
commerciales sont ainsi enjointes, «concernant particulièrement les
importations de biens, de continuer à prendre en charge les opérations
d'importations des biens en cours, initiées avant la date de la signature de la
présente note, documents de transports faisant foi».
En clair, les opérations engagées
avant la promulgation de la LFC doivent être traitées conformément aux
dispositions qui prévalaient avant l'ordonnance 09-01 du 22 juillet 2009
publiée dans le Journal officiel du 26 juillet 2009. Chat échaudé craignant
l'eau froide, cela signifie que les dispositions de la LFC ne sont pas
rétroactives. On s'évite ainsi une controverse bien inutile sur le champ
temporel d'application d'une mesure légale. On ne revient pas sur ce qui était
déjà engagé. Cela soulagera sans doute les opérateurs concernés, mais cela ne
résoudra pas les problèmes à venir.
Les nouvelles dispositions en
matière de commerce extérieur sont en effet particulièrement contraignantes. Le
crédit documentaire sera désormais le seul mode de règlement autorisé pour les
opérations d'importations. L'article 66 de la LFC souligne que les banques sont
dans l'obligation «d'exiger pour l'accomplissement des formalités bancaires
afférentes aux opérations d'importations, la présence du titulaire du registre
de commerce ou du gérant de la société importatrice». De surcroît, l'article 63
de la même LFC instaure une taxe de domiciliation bancaire fixée à 3% du
montant de domiciliation pour les importations de services, au même titre que
les marchandises. La taxe de domiciliation bancaire ne concernait auparavant
que les importations de marchandises destinées à la revente en l'état. La taxe
est acquittée au tarif de 10.000 DA pour toute demande d'ouverture d'un dossier
de domiciliation d'une opération d'importation de biens ou marchandises.
Encadrement bureaucratique de l'économie
Ces dispositions sont
l'expression d'une volonté de contrôler et, si possible, de restreindre des
importations dont la croissance irrésistible est devenue source d'inquiétude en
période de prix bas des hydrocarbures. Si la préoccupation est parfaitement
justifiée, les moyens légaux destinés à juguler les importations se situent
résolument dans la tradition, peu probante, d'encadrement bureaucratique de
l'économie. Pour des spécialistes, le recours au crédit documentaire, méthode
onéreuse et en voie d'extinction à travers le monde, n'est pas par définition
le mode de paiement le plus apte à permettre un contrôle des importations.
La remise documentaire, moins
chère et plus souple, n'est pas moins susceptible de permettre le suivi
opérationnel des opérations de commerce extérieur. L'effet le plus direct de
cette obligation est d'enrichir les banques étrangères, ravies de prélever les
juteuses commissions inhérentes à ce type de transactions. Il faut savoir, en
effet, que le crédit documentaire, forme codifiée de transaction commerciale
internationale, implique l'engagement des banques de l'importateur et de
l'exportateur. Cela signifie un traitement et donc un coût plus élevé que les
opérations de remises documentaires ou d'effets libres. Les importateurs
doivent, dès l'ouverture du crédit documentaire, bloquer sur leurs comptes tout
ou une partie du montant de la transaction. Les banques locales qui s'engagent
à couvrir l'importation cherchent à être couvertes et cela entraîne une
immobilisation des fonds. Les banques à l'étranger qui couvrent l'exportateur
et garantissent son paiement prélèvent la part la plus importante des
commissions. En définitive, cela renchérit le coût des importations qui est payé,
in fine, par les consommateurs.
Les banques à la place du fisc ?
Outre cette question de crédit
documentaire, ce qui retient l'attention est que la LFC donne aux banques
commerciales un rôle de police commerciale qui relève partout ailleurs sur la
planète de l'administration fiscale et des structures chargées de délivrer les
registres de commerce. Il appartient en effet à l'Etat et à ses institutions -
fisc, justice - de s'assurer que les responsables nominaux des sociétés
commerciales en sont bien les responsables effectifs. Qu'est-il donc demandé
aux banques en l'occurrence ? De s'assurer de l'identité des gérants ou de leur
réelle capacité de dirigeants ? De ralentir les opérations d'importations en
conférant au banquier d'inutiles capacités de vérification ? S'agit-il d'une
mesure punitive contre ces gestionnaires contraints à se présenter
systématiquement devant leur banquier à chaque ouverture de crédit documentaire
? S'il est question d'empêcher le recours aux prête-noms et aux hommes de paille
qui ont fait la triste légende des sociétés d'importation, la mesure est, pour
le moins, décalée. Comment envisager que le responsable d'une entreprise de
distribution ou de production qui importe des intrants passe une partie de son
temps dans le hall d'une agence bancaire pour vérification d'identité ? Cette
disposition générale sera-t-elle assortie d'exemptions ? Il semblerait logique
qu'une distinction soit opérée entre les importateurs-distributeurs et les
entreprises de production qui importent des composants. Cela dit, on voit mal
les gérants d'entreprises du secteur industriel ou minier faisant le pied de
grue devant les comptoirs, en général peu accueillants, des banques. Il
s'agirait ni plus ni moins que d'une incitation directe à la mauvaise gestion.
Mais rien n'empêchera le contournement de cette disposition: il suffira de
nommer un cogérant préposé à la corvée d'ouverture des crédits documentaires...
Quel que soit le biais par lequel on tente de la saisir, l'exigence de présence
physique du titulaire du registre de commerce ou du gérant pour toute opération
d'importation est donc parfaitement ubuesque.
Une fausse bonne idée par excellence
Cette disposition, fausse bonne idée par excellence, traduit avant tout
l'affolement circonstanciel devant un phénomène ancien: celui du gonflement de
la facture des importations. La chute des prix du pétrole dévoile, il est vrai,
le poids grandissant des importations et évoque des situations antérieures que
nul ne souhaite revivre. La propension à l'importation est la caractéristique
la plus évidente des économies rentières. Ces économies dépendent d'une
mono-exportation et sont asservies aux importations pour la satisfaction de
quasiment tous leurs besoins. Renverser la tendance et inaugurer le cercle
vertueux de l'investissement et de la production locale nécessite autre chose
que des mesures de rétorsion légale ou réglementaire. D'autres moyens, comme les
barrières non-tarifaires peuvent contribuer à comprimer les importations.
D'autres pays, y compris les plus avancés, appliquent ces stratégies. Mais
seule une politique économique s'appuyant sur des institutions opérationnelles
et une administration efficace peut répondre au défi de la dépendance. Ce n'est
pas en transférant aux banques des responsabilités de contrôle juridique hors
de leur domaine de compétence que l'on parviendra à sortir de cette vieille
impasse. La mesure apparaît ainsi pour ce qu'elle est: une mauvaise réponse à
une bonne question. Elle conforte l'impression générale d'illisibilité de la
politique économique. Confondre l'effet - les importations - et la cause - les
structures de l'économie - mène forcément à des choix contestables et incorrects.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com