A un « artiste »
( français ) qui s'étonnait qu'il soit Algérien et qu'il ait gardé son nom, un
de nos grands peintres…et poète …et cinéaste, Denis Martinez réplique : « Cher
monsieur, sachez que je n'ai pas choisi d'être Algérien. Je suis Algérien.
Comme tout le monde. Je suis né en Algérie, de parents et
d'arrière-grands-parents nés en Algérie. J'appartiens à une réalité historique
du pays. Je m'appelle Martinez, je suis Algérien et je vous emmerde «. Ils sont
nombreux à penser comme lui… peut-être avec un vocabulaire moins cru. 200 000
avaient choisi l'Algérie en 1962. Il en reste à peine quelques centaines.
Souvent « injustement oubliés » (C-E Chitour), sauf lors des anniversaires ou
des décès. Un gaspillage monstrueux ! Pour s'en apercevoir, il faut revenir sur
les écrits de certains d'entre-eux. Des « Saints », pas tous, mais des « Justes
», pour sûr !
Claudine est née
à Longeau, en France, issue d'une famille républicaine . Pierre est né à Alger,
en Algérie et a été élevé dans l'ambiance du christianisme social. Ils se sont
rencontrés , à Hydra, un soir de décembre 1954… chez André Mandouze, le fameux
universitaire catholique , militant antifasciste et anti-colonialiste , «
éveilleur des consciences ». Et, les voilà partis pour une longue et passionnante
histoire. Un couple qui s'est engagé immédiatement pour le combat pour la
liberté des Algériens et la libération du pays. Un très long parcours pavé de
luttes et qui ne s'est jamais arrêté… jusqu'à nos jours. Avec des risques et
des sacrifices inimaginables à l'exemple de leur voyage en Kabylie ,en 1956,
avec le texte de la plate-forme de la Soummam dissimulé dans les langes de leur
bébé, Luc (Omar Zellig, le journaliste de la Chaîne III dont on comprend
maintenant d'où lui vient cet esprit continuellement « rebelle », s'étant «
frotté » très tôt à un document révolutionnaire) ou en février 1957,
l'évacuation de Abane Ramdane , lui-même, à bord de la « dodoche » (2 Cv) de
Mme Chaulet vers le maquis proche de Blida.
La prison,
l'expulsion d'Algérie, le journalisme à Tunis au sein de la rédaction d'El
Moudjahid (historique) . Claudine est toujours là, soutenant, conseillant,
enseignant, agissant… La lutte continue! L'Indépendance venue, ils sont
toujours là, au service du pays. Pour l'un, c'est le secteur de la santé, sa
réorganisation et la lutte contre les maladies des pauvres et des démunis comme
la tuberculose. Pour l'autre , c'est la recherche sociologique et l'action de
promotion du monde agricole, entre autres. L'islamo-terrorisme, couple sanglant
et sanguinaire des années 90, ne les décourage pas. Tout juste , à partir d'un
certain moment, un repli momentané, ailleurs, par sécurité, les « étrangers »
(en fait, tout ce qui n'était pas « vert ») étant tout particulièrement ciblés.
Puis, le retour au pays. La lutte continue ! « L'itinéraire des Chaulet est,
d'une certaine manière, le reflet fidèle d'une Révolution à laquelle ils ont
participé de bout en bout » (Rédha Malek, préface). « Nous étions pris, et le
sommes encore, par une histoire qui nous dépasse, au sein de laquelle nous
avons essayé de garder lucidité, fidélité , espoir et humour », disent-ils. Une
famille révolutionnaire modeste ! Qui dit mieux ?
Né en France, le
Cardinal Duval est mort à Alger le 30 mai 1996 à l'âge de 92 ans, et il repose
dans la basilique Notre-Dame d'Afrique, en terre d'Algérie, comme il l'avait
souhaité, juste après sa retraite. Le professeur Asselah raconte que le
Cardinal avait insisté pour qu'il soit, un jour, suite à une petite chute
malencontreuse, s'opposant aux pressions de ses parents qui voulaient que cela
soit fait à Genève, être opéré en Algérie, par des Algériens. Ce qui fut fait.
Issu d'une famille d'agriculteurs, très tôt familier avec les travaux des
champs, il sera, par la suite, toujours attentif aux petites gens et à leurs
conditions de vie. Ses prises de position contre la torture, durant la guerre
de libération nationale, pour la satisfaction de la volonté
d'autodétermination, contre les ultras (des bombes ont été déposées dans la
cathédrale et dans trois églises), contre les centres de regroupement, ses
appels à la fraternité…lui avaient causé bien des ennuis.
Après
l'Indépendance, ayant obtenu la nationalité algérienne, il est élevé à la
pourpre cardinalice, et… « grâce à la grande amabilité de Taieb Boulahrouf ,
ambassadeur d'Algérie près le Qirinal, la solennité a revêtu un caractère
national ». Le Cardinal est reçu avec de grands honneurs à l'Ambassade
d'Algérie… et, pour la première fois, l'hymne national algérien a été entonné à
Rome. Des témoignages dont celui du président A. Bouteflika, des documents, des
photos, des extraits d'une table-ronde tenue le 15 mai 2006 à la Bibliothèque
nationale…..
A signaler le
témoignage émouvant du Pr. Asselah, qui rapporte les rencontres « dans une
ambiance décontractée », du Cardinal avec les intenables Kateb Yacine, M'Hamed
Issiakhem et Ali Zamoum. Léon Etienne Duval, plus qu'un juste, un Saint !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Belkacem AHCENE-DJABALLAH
Source : www.lequotidien-oran.com