Les toiles de Linda Bougherara flamboient, palpitent, un souffle de vie les anime. Accrochantes et vraies, on prend feu à leur sujet aussitôt qu'on les a vues. Surtout, elles expriment avec panache ce chant de liberté qui couvre de son soleil éclatant la laideur de l'immobilisme.
Amateurs d'art, collectionneurs et public féru de découvertes heureuses, vous ne devez rater l'évènement pour rien au monde. L'enfant prodige, enfin de retour dans son pays, présente «Mémoire intime », une exposition d'une trentaine d'œuvres. Toujours pour le plaisir des yeux (et des sens), Linda Bougherara vous offre comme bonus cinq de ses livres peints. Jusqu'au 31 mai 2012, l'artiste est l'hôte de la galerie Art 4You (17, rue Hocine- Beladjel, quartier du Sacré-Cœur à Alger). C'est là qu'elle vous accueille et vous invite à un voyage fascinant. Un voyage au bout duquel vous garderez d'étranges sensations tout en ressentant le doux apaisement que procure la satisfaction d'un désir irrépressible. Comme une soif enfin assouvie. L'artiste, elle-même, est à l'image de ses œuvres : lumineuse, frémissante de vie, expressive et lyrique. Elle est le reflet de son art, une peinture poétiquement musicale qui chante l'épopée, le drame musical sacré. Nul n'étant prophète en son pays, il faut d'abord préciser que Linda Bougherara n'a pas exposé en Algérie depuis plus de vingt ans. Sa grande émotion s'explique aussi par ce baptême du feu, elle qui est pourtant une professionnelle connue et reconnue à l'étranger. Un éclair, toutefois, dans la grisaille : en décembre 2008, une rencontre improvisée à l'Espace Noûn d'Alger-Centre. C'était pour ses livres peints. «Il y a avait là Zhor Zerrari, Rédha Doumaz et un public sous le charme. Cette lecture poétique et musicale a été un succès», nous confie-t-elle à propos de cet événement inoubliable. Son absence prolongée, ce n'est pourtant pas faute d'avoir tout tenté pour se faire connaître chez les siens. Et de préciser : «J'ai frappé à toutes les portes, mais je n'ai jamais eu de réponse. Par exemple à l'occasion de l'année de l'Algérie en France, du Panaf, même à la villa Abdeltif. L'année dernière, j'avais proposé au Palais de la culture d'organiser une exposition de mes grands formats et toujours sans suite favorable.» L'artiste ne comprend pas cet ostracisme. Heureusement pour elle (et pour le public algérien), son frère a eu la bonne idée de prendre contact avec Rahmane Belleili, le propriétaire de la Galerie Art 4 You. Celui-ci a eu tout de suite le coup de foudre à la vue de quelques toiles. Et voilà comment cette artiste peintre majeure, malheureusement ignorée et inconnue en Algérie (elle vit en France depuis 1990), est parvenue à présenter sa toute première exposition dans son pays natal. Pour cette «première», Linda Bougherara propose au public 29 de ses œuvres (dont six toiles de grandes dimensions). Il s'agit là d'un échantillon de ses travaux réalisés depuis la fin de l'année 2010 jusqu'au début 2012. Qu'elles soient géantes ou de petit format, que des aquarelles célébrant la couleur et éclatantes de lumière. Le visiteur est tout de suite séduit, happé par ce que ces tableaux offrent au regard : une nature en effervescence et dans toute sa splendeur, la lumière qui donne netteté et profondeur à la composition, les souvenirs du passé, la mémoire des lieux, des visages, des odeurs..., l'histoire et la tragédie, la folie et la mort, le combat pour la liberté, les racines et l'identité, l'espoir et le rêve, le désenchantement et la projection vers le futur... Soigneusement choisis par l'artiste, les titres des œuvres sont à eux seuls un condensé de ces voyages intérieurs et mémoriels, de ces allers-retours introspectifs dans les méandres de l'âme humaine et de la terre des ancêtres. Des titres aux couleurs de coquelicot ou d'ailes de papillon : Terre de liberté, Foggy day, Souffle inconnu, Nature secrète, Rive bleu azur, Empreinte enfuie... L'abstraction lyrique, assaisonnée d'un zeste de surréalisme, se double d'une grammaire chromatique propre à l'artiste (silhouettes, montagnes, yeux, brouillard, astres, nuages...). Le mezzo-tinto et la peinture japonaise contemporaine ne sont également pas loin dans ces aquarelles sur papier où l'art s'exprime en toute liberté, universel et sans frontières. Linda Bougherara dévoile une polyphonie de couleurs dont l'acoustique est subtilement rehaussée par les effets de lumière. Le recours à la technique mixte à l'eau (encre de Chine, fusain, pigments naturels, épices) crée légèreté et fluidité tout en donnant du corps et du grain à l'ensemble. La superposition de couches (une vingtaine), notamment pour les grands formats, ajoute densité et profondeur à ces aquarelles dont la forme est générée par les couleurs. Tout comme l'argile des potières, l'art devient ici noble matière que l'on pétrit et transforme avec doigté, au gré de nos émotions. Le résultat d'un travail de longue haleine que ce corps-à corps avec «la matière», nous dit Linda Bougherara. Le thème de l'exposition ' Il est la clé qui ouvre l'univers de l'artiste. Le digest de sa vie en quelque sorte, elle et la mémoire ne faisant qu'un en réalité (ou alors la mémoire est son ombre gardienne). Depuis sa naissance à Alger, en 1966, jusqu'aux multiples traversées de l'exil, en passant par les gorges du Ghouffi et les montagnes suspendues des Aurès... Sans oublier l'héritage légué par ses aînées (les teintures et le tissage de la laine, la poterie, les contes chez ses tantes à Ngaous), la parenthèse des deux années passées à l'Ecole des beaux-arts d'Alger, la disparition du père, l'école de la vie et auprès d'artistes flamboyants à Paris depuis ses 19 ans. L'artiste autodidacte, fière et éprise de liberté, a livré en permanence un rude combat dans cette quête de soi jamais aboutie. Une vie fragmentée par les épreuves, les coups du sort, la maladie. Elle renaît à chaque fois tel le phœnix, recompose le passé, en rassemble les fragments et pense déjà à demain. La douleur et la souffrance sont à la base de pareil processus créatif, de cette «mémoire intime» que Linda Bougherara n'aurait peut-être jamais pu accoucher si elle n'avait pas connu la mort et la résurrection dans ces «territoires imaginaires» qu'elle explore régulièrement. Cette artiste peintre continue à vivre de son art à Paris, où elle réside. Auteur d'une production prolifique ponctuée de nombreuses expositions en France et ailleurs dans le monde, elle a notamment été récompensée en 2002 par le Prix d'encouragement de l'Académie des beaux-arts de Paris. Linda Bougherara a régulièrement enrichi sa palette par des livres peints (aquarelliers) dédiés à tous les poètes, penseurs, artistes, philosophes qui l'ont nourrie et accompagnée dans son parcours. Parmi ces bijoux dans leur écrin, elle présente aujourd'hui ceux consacrés à Kateb Yacine, Fernando Pessoa, Tahar Djaout et sa sœur Malika Bougherara.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hocine T
Source : www.lesoirdalgerie.com