
A force d'être utilisée, cette expression - qui daterait de 1928 - a fini par ne rien signifier. Ni pour celui qui l'utilise ni pour ceux qui l'entendent.Les modes de chez nous, et à part qu'elles évitent le monde des idées, sont partout. Elles ont trait aux vêtements, aux comportements, à la coupe des cheveux, aux voitures etc. La dernière en date, c'est la mode des expressions qui attire l'attention. Qui a oublié cette fameuse «feuille de route» dont tout le monde s'est mis à parler brusquement chez nous dès le début des années 2000' Un ministère voudrait faire quelque chose' Devant la caméra, on nous parlait de feuille de route du ministère. Une direction cherchait à faire autre chose, elle aussi avait sa feuille de route. Tout le monde, à tous les niveaux, avait sa feuille de route. A croire que, sac au dos et boussole entre les mains, tout le monde avait un chemin à faire et que plus personne n'allait rester en Algérie. Mais la mode passée, plus personne ne parle de «feuille de route», tout le monde semble redescendre sur terre ou être revenu à cette terre qui continue malgré tout à les accueillir.Dernièrement, l'expression en vogue est celle de la «ligne rouge» à ne pas franchir. Une expression que tout le monde utilise, de Saâdani qui veut faire comprendre à ses adversaires politiques que la légitimité du président n'est pas discutable, à Benyounès qui veut faire dans la surenchère en passant par Ghoul qui veut se faire entendre plus que tous les autres. Dans l'alliance présidentielle en tous cas, la «ligne rouge» est un concept partagé.Lorsque le FFS a voulu initier un dialogue autour du consensus national, Saâdani lui a sorti cette «ligne rouge» à ne pas franchir. Lorsque la Cnltd a eu langue avec l'Union européenne, de toutes parts, on lui criait que la souveraineté nationale est une «ligne rouge» à ne pas franchir. Lorsque Benyounès est allé faire un tour du côté de Hydra pour être reçu par le SG du FLN, il rapporta en déclarant: «Nous sommes d'accord aussi sur le fait que la ligne rouge de notre discussion est de ne pas toucher à la légitimité du président.» Devant un parterre de femmes venues l'écouter à l'occasion du 8 Mars 2014, le même Benyounès déclarait que «la stabilité du pays est une ligne rouge à ne pas franchir».Alors qu'il effectuait une tournée à travers les cafés, Ghoul laissa tomber, à partir de Bab El Oued, un 12 octobre 2013, que «la Sécurité nationale est une ligne rouge. Nul n'a le droit de la franchir». Il avait déjà souligné à partir de la Maison de la culture Hassan-El Hassani de Médéa, quelques mois auparavant, que «la sécurité et la stabilité du pays sont une ligne rouge et le peuple saura faire face aux tentatives désespérées de certains aventuriers de déstabiliser notre pays».A l'occasion de la Journée de la femme, dans une conférence de presse, le président de TAJ avait souligné depuis les Eucalyptus (Alger) que «la stabilité et la sécurité du pays sont une ligne rouge qu'il ne faut pas franchir en aucun cas». Lorsqu'il réunit son bureau politique, un 18 octobre 2014, Amar Ghoul qui revenait sur la marche des policiers à Alger sauta sur l'occasion pour insister encore une fois que la stabilité du pays «constitue une ligne rouge».Commentant les discussions de l'opposition avec l'UE, le président de TAJ déclara au Cercle des finances à Alger que «les acquis de notre pays sont une ligne rouge que personne ne doit franchir» et lorsque l'opposition a appelé à une marche nationale pour s'opposer à l'exploitation du gaz de schiste, Ghoul déclara ce 20 février 2015 que «la sécurité de l'Algérie est une ligne rouge à ne pas franchir».Voilà comment, chez nous, mode oblige, une expression bien apprise est utilisée dans tous les cas, à tous les endroits, dans tous les sujets sans exception.A force d'être utilisée ainsi, cette expression - qui daterait de 1928 lorsque, suite à l'effondrement de l'Empire ottoman, les compagnies pétrolières s'entendirent sur les restes dudit empire par le biais du fameux «Red Line Agreement», lui-même tirant son nom de la couleur du trait utilisé par un certain Calouste Gulbenkian pour tracer les frontières - a fini par ne rien signifier. Ni pour celui qui l'utilise ni pour ceux qui l'entendent.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aissa Hirèche
Source : www.lexpressiondz.com