
Par Boubakeur Hamidechi[email protected]/* */L'influence grandissante et la résistible ascension au cœur du système politique d'un obscur entrepreneur dans le BTPH n'ont-elles pas fini par parasiter l'action du gouvernement au point de peser dans l'ordre des préséances lors des interventions officielles ' Sans doute que le ridicule cafouillage ayant marqué le récent forum international, qu'abrita Alger, peut être perçu comme le point d'orgue dans un rapport de force qui se joue depuis trois années entre les très officielles institutions de l'Etat et la montée en puissance des lobbies d'affaires que soutiennent visiblement certains cénacles du régime.Loin d'être une simple poussée de fièvre d'un gouvernement, lorsqu'il quitta la salle de conférences, l'on peut penser qu'elle relève dorénavant d'une véritable pathologie «existentielle» qui s'est manifestée à un moment précis où toutes les critiques ne cessent de se concentrer sur sa gestion. C'est ainsi que depuis une semaine, les journaux publient des analyses traitant précisément de l'avenir hypothétique du gouvernement de Sellal. Alors que certains le donnent comme agonisant, d'autres, plus réservés, soulignent qu'il survivra malgré la pression qu'il subit de la part des groupes d'intérêt et cela par la seule onction (muette) de Bouteflika. Seulement, l'on oublie de préciser que le soutien du sommet de l'Etat peut parfois faire défaut lorsqu'à son tour, celui-ci se retrouve puissamment contesté dans sa propre légitimité. Or, l'Etat, à travers l'ensemble de ses représentations, n'est-il pas l'objet de toutes les réfutations ' De celles qui s'expriment aussi bien sur la légalité des mandataires (maires, députés et Président) qu'à propos de la compétence des cadres qui dirigent l'intendance.Dans une atmosphère sociale à couper au couteau, le palais, ou du moins ceux qui parlent à l'oreille du Président, semble affecté par la tournure qu'a prise cette quasi-crise d'Etat. La mise à nu des lézardes dans le semblant d'unanimisme qu'ils s'étaient bricolé afin de suppléer, à partir de 2014, une présidence fictive éclaire, en effet, l'opinion sur la nature même des clans qui composent en réalité le pouvoir et en revendiquent clairement sa représentation.Or, quoi qu'il fasse dorénavant pour reprendre la main sur ses prérogatives, ce gouvernement-là devra d'abord faire le procès des réseaux qui polluent sa réflexion et son action. En a-t-il les moyens, c'est-à-dire le feu vert, pour exclure de la sphère politique ce patronat envahissant ' Probablement pas, dès l'instant où il lui est imputé l'erreur de l'avoir associé à la totalité des grandes décisions (Ah ! La réforme des retraites et la tripartite). Pire encore, de ne l'avoir pas rappelé à l'ordre lorsqu'il se substituait à la diplomatie officielle en conférant sur les probabilités nationales avec des ambassadeurs étrangers !Aujourd'hui, il est effectivement difficile à Sellal de gommer le tollé provoqué par le fameux choc des ego dès lors où il décréta implicitement qu'un Haddad méritait plus d'égards que le plus important des ministres de son gouvernement. Est-ce à dire que son destin en qualité de Premier ministre est scellé ' Sûrement pas. Car ceux qui s'efforcent d'atténuer les effets du scandale savent également que Bouteflika est lui-même contraint de le conserver à son poste même si son maintien ne doit pas excéder le premier semestre 2017. Tant il est vrai qu'il ne voudra pas ajouter au désordre actuel une crise gouvernementale hors du calendrier électoral. Cependant, le palais pourrait bien se contenter de réduire la voilure de la «felouque» du patronat en le sommant de demeurer en retrait tout en exigeant de Sellal qu'il tienne les rèles de pompier et de pédagogue afin d'éteindre les départs de feu des grèves et la réussite des législatives du printemps. Car malgré le mutisme contraint qui prive l'opinion de l'avis du Président, celui-ci ne doit sûrement pas rester indifférent à la somme des questions que le pays rumine en permanence.Les critiques adressées à son entourage n'en disent pas moins sur l'état lamentable dans lequel se débat la nation. Victime d'une gestion tout à fait approximative, n'est-elle pas en train de donner les signes avant-coureurs de l'effondrement. De fait, le caractère incompréhensible des stratégies qui lui sont administrées, n'a-t-il pas consisté à faire de la petite intendance la panacée ' Autant dire que Sellal n'est pas plus mal dans ce rèle-là que ses prédécesseurs. Car, qu'ils se nomment Ouyahia ou Belkhadem, tous les deux n'ont fait que reproduire la politique de la petite semaine. Et qu'en tout état de cause, si le développement économique demeure un casse-tête typiquement algérien, même en période de grande aisance financière, cela tient au fait qu'à aucun moment, ce régime n'a mis l'accent, au cours de ses mandats, sur un programme lisible et les boîtes à outils pour son application rigoureuse. D'ailleurs, dans cet ordre d'idées, il en est du bouteflikisme comme d'un modèle de gouvernance gravement laxiste.En se retrouvant dans l'impasse avec désormais un passif multiforme que peut, par conséquent, attendre l'Algérie des dirigeants en poste pour l'extraire de cette situation ' Peu importe ce qui se promet car dans ce cas-là , seul demeure le doute tenace quant à la capacité de Bouteflika en personne à réaliser la promesse de sortir le pays de la gangue de l'échec.C'est par conséquent maintenant que cet Etat vacillant doit lui aussi trouver son salut pour ne plus désespérer les Algériens appauvris économiquement et surtout hostiles à tout ce qui est du domaine politique. L'urgence exigeant du gouvernement qu'il retrouve à la fois une écoute sociale mais aussi de s'imposer un minimum d'éthique afin de rompre avec les mœurs dissolues qui ont fait la détestable réputation de notre personnel politique.En effet, face à une société abandonnée de toutes parts, les appareils agissant dans l'entourage d'un Président affaibli ne remettent pas en question son «vague» pouvoir mais s'escriment cyniquement à tirer le maximum d'intérêts pour leur clan respectif. Or, plutôt à tort qu'à raison, Bouteflika s'en accommode de ce terrible pacte préjudiciable à la nation. Confortablement rassuré, il laisse prospérer une nouvelle baronnie à l'image de celui par qui la colère de tout un gouvernement s'était exprimée. Malgré les clignotants virant au rouge et en marge de ce statu quo au sommet, un drame de la cécité politique est en train de s'écrire avec des conséquences inimaginables. Celles qui feront le deuil d'une grande nation pour ne lui substituer qu'un Etat avorté.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B H
Source : www.lesoirdalgerie.com