
Par Boubakeur Hamidechi[email protected]/* */Au cœur d'une crise sans précédent, dont il ne sait toujours pas comment aborder son traitement, le gouvernement bat, une fois de plus, le rappel des walis en vue de dégager un semblant de solutions. Alors que les conclaves habituels de ces commis de l'Etat consistèrent à réfléchir aux moyens de dépenser plus», les voilà sollicités pour faire non seulement le contraire mais surtout pour devenir les VRP de l'entrepreneuriat. C'est ainsi, d'ailleurs, que d'une vieille tradition bureaucratique, le gouvernement de Sellal a décidé d'en faire un congrès de spécialistes susceptibles de suggérer des prescriptions économiques. Or, qu'avait-on changé précédemment dans l'ensemble des relations entre les différents acteurs de l'administration locale pour qu'on puisse exiger, du jour au lendemain, des administrateurs et des élus qu'ils deviennent des managers du développement économique ' Rien si ce n'est la promesse que les maires, notamment, seront bientôt rétablis dans leurs prérogatives naturelles et les walis destinataires de nouvelles responsabilités, voire de l'extension de certaines de leurs missions. Et c'est, par conséquent, ce curieux engagement qui a permis au ministre de l'Intérieur de positiver jusqu'à laisser entendre que l'Algérie venait d'entamer à cette occasion sa révolution des mœurs bureaucratiques.Bien plus disert que ses prédécesseurs, Bedoui sait, en effet, dorer la pilule et amplifier à l'excès les succès de l'Etat là où les Zerhouni et Ould Kablia se contentaient de quelques formules sibyllines pour dire tout le bien qu'ils pensent de ce genre d'initiatives. Alors que dans des circonstances particulières, il est de bon goût d'observer une certaine retenue quant aux effets d'annonce, l'on retrouve à la manœuvre le même ministre multipliant les explications au sujet de la refondation des structures de l'Etat tout en se félicitant, par avance, que le prochain aménagement territorial allait «tout régler à la fois”?». N'est-il pas, d'ailleurs, bizarre ce remake d'une esbroufe datant de huit années et dont l'auteur fut tout de même ministre d'Etat et homme du premier cercle du pouvoir ' Zerhouni avait, en effet, lancé à la cantonade et devant une gerbe de micros que le prochain redécoupage administratif allait permettre un maillage plus dense et plus efficace du service public et qu'il pourrait s'agir de multiplier par deux le nombre de wilayas ! A huit années d'écart, Bedoui énonce une explication similaire et donne un chiffre encore plus exact que celui de son ancien chef hiérarchique : 90 wilayas à l'horizon 2019 ! En son temps, le projet fut immédiatement qualifié de «scandaleusement démagogique» en ce sens qu'on allait l'exécuter à quelques mois avant le viol de la Constitution (12 novembre 2008) et la réélection de Bouteflika (avril 2009). Or, même si Bedoui est en droit de se défendre de reprendre l'idée en 2016 et de rationaliser le projet, pourquoi s'efforce-t-il, par contre, de fixer à 2019 la date de son exécution ' 2019 : année de toutes les manœuvres. Rien ne sera donc épargné, même lorsque les sujets sont sensibles et d'une gravité soulignée comme celui du réaménagement de l'assise spatiale de l'Etat. A ce propos, également l'on préférera le saupoudrage technique dont le caractère mensonger permet aux enjeux du pouvoir de s'accomplir chaque fois. Alors que l'Algérie de 2016 a besoin bien plus de réflexion sur la refondation de l'Etat que de redécoupage complaisant destiné à satisfaire le clientélisme du pays profond, l'on retrouve, hélas, les mêmes procédés qui privilégient l'esbroufe politicienne. Qu'est-ce à dire si ce à'”1 que la démultiplication des pèles wilayals ne densifie que les réseaux bureaucratiques sans projeter l'espace social vers une dynamique de créativité homogène spatialement et efficace par ses résultats.Le «wilayisme» administratif qui fut justement la bonne clé entre 1962 et l'an 2000 n'est plus une réponse pour le temps présent. Ailleurs, dans les Etats de tradition centralisatrice, la région, en tant qu'entité économique et culturelle, a pris le pas sur le vieux schéma départemental fondé sur la verticalité (sommet-base) en lui substituant un régionalisme positif dans l'échange et horizontal dans le transfert de la richesse. Dans une Algérie de 40 millions d'âmes où l'irrédentisme territorial est tout à fait inexistant, pourquoi donc le pouvoir politique persiste-t-il dans une centralité de la décision alors qu'il est temps de redessiner la carte humaine et maîtriser la géographie économique afin d'identifier les atouts spécifiques de chaque région puis libérer les initiatives par le biais d'une institutionnalisation de l'autonomie interne des régions 'A l'inverse, la volonté manifeste de conforter en toute circonstance l'influence du pouvoir central contribue à aggraver l'atrophie de la créative locale et réduit la citoyenneté au statut de la sujétion assistée. Or, si le grand'œuvre de la régionalisation n'est toujours pas à «l'ordre du jour» selon la réponse du ministre de l'Intérieur, c'est que le refus de l'aborder par le Président en premier lieu s'explique en partie par le tropisme du clientélisme dont il en avait fait son arme favorite. En effet, dans un pays profondément tribalisé par les pratiques mêmes du régime, les populations du pays réel ont fini par sanctifier le statut de wilaya octroyé à des terroirs comme une marque de reconnaissance identitaire. Bernés par une carotte administrative, la plupart des provinciaux n'ont reçu comme éducation civique que celle qui diabolise à l'excès les appartenances ethniques ou spécifiquement culturelles en transformant injustement la diversité régionale en «régionalisme» antipatriotique. Or, si le berbérisme longtemps combattu a cessé d'être suspecté, pourquoi les multiples identités sociales ne devraient pas contribuer à la constitution de plusieurs socles géographiques et devenir les moteurs d'un Etat décentralisé 'Par le passé (1997), la première expérience avec l'institutionnalisation du gouvernorat d'Alger avait certes révélé quelques chevauchements de prérogatives, voire même des parasitages faute de conformité constitutionnelle, cependant elle n'a pas manqué de susciter de l'intérêt dans les grandes métropoles du pays. Ediles et fonctionnaires pensaient que ce transfert des missions de l'Etat vers les régions présentait au moins un avantage non négligeable : celui de contourner la bureaucratie du sommet de l'Etat. Convaincus que la sacro-sainte institution qu'est la wilaya a montré ses limites en tant que base de l'organisation administrative de l'Etat, ils ne voyaient pas d'inconvénient à ce que ce processus initié par le pouvoir de Zeroual se poursuive et concerne les grandes capitales régionales (Oran, Constantine, Annaba, Tizi-Ouzou, etc.).En soi, la réflexion dans cette direction n'était à l'époque intéressante que dans la mesure où elle mettait en avant certaines complémentarités économiques qui devaient servir dans un premier temps de ciment à l'entité en gestation. En effet, par précaution il fallait, disaient-ils, soustraire des projets de cette envergure de certains a priori historiques (la Kabylie). Or, ce qui était perçu comme un laboratoire préparant à la régionalisation fut brutalement abandonné en 2001 et Alger cessa d'être un chef-lieu de gouvernorat pour réintégrer la norme de simple «capitale» d'une wilaya. C'était donc ce syndrome de l'unité nationale qu'ils ont volontiers confondu avec la survie du régime qui leur avait servi de justification.Seulement peu de réactions d'indignation se manifesteront lors de la dissolution de ce «gouvernorat» dont on a surchargé la dénomination de bon nombre de préjugés. En somme, cette perspective jadis posée par un courant politique, qui n'eut finalement que le tort d'être le précurseur, puis en 1991 par le colonel de l'ALN Saout El-Arab qui était, lui, fasciné par le modèle des landers allemands, avait chaque fois heurté une opinion mal préparée. De même qu'elle était réfutée par les lobbies d'un système hyper-centralisateur. C'est dire que toutes les tentatives d'engager la concertation et les débats butaient sur des refus violents pour la simple raison que le sujet ne s'actualisait naturellement que lors des grandes crises. A l'image de celle que nous subissons actuellement et qui dédouane en quelque sorte le ministre de l'Intérieur avouant que la régionalisation «n'est pas à l'ordre du jour». Tant il vrai que seul le chef de l'Etat est en droit d'aborder le dossier de la «mère» des refondations de l'Etat.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B H
Source : www.lesoirdalgerie.com