
Par Boubakeur Hamidechi[email protected]/* */Et si tout ce vacarme autour du licenciement d'un bruyant agent du palais n'était rien d'autre qu'une ruse opératoire afin de rassurer les chaumières politiques tout en entamant, dans la discrétion totale, d'autres campagnes ' Alors que le FLN nous a, depuis longtemps, habitués à des règlements de compte féroces, le voici qu'il se montre plus charitable avec la victime du moment en lui permettant de faire un véritable show en guise d'adieu.Un Saâdani quittant, contre son gré, ses fonctions sous les applaudissements d'un comité central qui, jusqu'au dernier instant, ne l'avait pas désavoué, cela ne s'était jamais vu lors des précédents limogeages. Aussi bien pour Mehri que pour Boualem Benhamouda puis Benflis et même Belkhadem, les répudiations manquèrent de dignité de la part des donneurs d'ordre alors que la fin de mission du nervis en question dut bénéficier d'un baisser de rideau digne d'un premier rôle de théâtre. Il est vrai que du point de vue du pouvoir, ce personnage, caractériellement vindicatif, venait d'accomplir ce qu'il était attendu de lui tout au long des trois années qu'il venait de passer à la tête du FLN. Désigné en effet pour jouer à fond la transgression, il s'y illustra par ses excès au point où la nomenklatura décela chez lui une véritable aptitude à enfiler l'insulte politique à la grande joie de ceux qui lui modulaient ses feuilles de route. C'est ainsi qu'il mena plusieurs campagnes de dénigrement dont la plupart aboutirent à des sanctions et des déboulonnages. Un succès qui allait lui valoir le qualificatif d'oracle politique devant lequel même les ministres se couchaient avec veulerie pour gagner sa sympathie. Or, si les analystes expliquent sa disgrâce par le fait que ses excessives accusations publiques avaient joué un rôle de catalyseur d'autres, par contre, attribuent plutôt son «départ» du FLN comme une précaution destinée à brider l'influence de Gaà'd Salah dans la reconfiguration des enjeux au sommet. Autrement dit, tous les aspects mis en relief ici et là finissent bien par replacer cet inusable FLN au centre du complot permanent caractérisant le système. Celui d'un appareil à l'armature encore attractive activant dans une société peu politisée et qui demeure apte à porter un projet de conquête du pouvoir pour peu que l'on sache le contrôler. Bref, dans l'excellence antidémocratique, il constitue la référence indépassable. Un demi-siècle plus tard, n'est-il pas toujours ce qu'il fut antérieurement à travers cette culture quasi mafieuse de «l'ennemi de l'intérieur» avec tout ce que la paranoà'a politique génère comme anathèmes à l'encontre des opinions contraires ' D'ailleurs, a-t-il jamais renoncé à l'usurpation du legs historique en dépit du fait que le pays connut des mutations violentes entre 1988 et l'an 2000 'Ce novembrisme qu'il revendique comme son arbre généalogique lui sert de mystique doctrinale alors qu'il est de notoriété politique, il ne doit son rayonnement que par les moyens matériels dont il dispose et qui proviennent illégalement des subventions étatiques consécutives aux faux scores des urnes. En récupérant son rôle de vigie du système à la faveur d'un changement de pouvoir en 1999, il fut à l'origine de la totalité des impostures ayant permis au régime actuel de se perpétuer au-delà du second mandat et même d'orchestrer un suffrage présidentiel en l'absence de son propre candidat. Ceci expliquant cela, rien n'aurait dû étonner lorsqu'on décida qu'un Saâdani, aux propos nauséeux, était parfaitement qualifié pour piloter le FLN dès 2013.Doté d'une agressivité dépassant les bornes, il mena à bien la croisade que l'on attendait de lui et surtout il tétanisa littéralement les courants politiques même ceux qui se reconnaissent dans la légitimité du régime. Une nouvelle mainmise semblable à celle que le partie unique exerça'sous la férule de l'article 120 est parvenue aujourd'hui à mettre sous sa coupe plusieurs formations afin d'en faire des sous-traitants rémunérés par des strapontins dans les assemblées. Paradoxalement, ce FLN sans doctrine a réussi son adaptation au pluralisme politique qu'il parraine sous plusieurs formes.Et c'est à partir de cette «maison» du pouvoir qu'allaient partir dès 1999 les grandes campagnes d'épuration. Non seulement il est redevenu, grâce à ses succès, le centre névralgique de la présidence mais de surcroît, il est en train d'afficher une inclination oubliée après l'abrogation du concept «parti-Etat»Celui qui se revendique comme le sas chargé de trier les impétrants à la magistrature suprême. Ainsi, la principale ligne tracée par ce parti se résume désormais à revendiquer une intimité exclusive avec le sommet. C'est-à-dire posséder le monopole du dialogue avec l'olympe. De ces aspects informels celui qui sut en parler le mieux et surtout fustiger les auditoires n'est-il pas le récent ex-secrétaire général ' Châtiant tous les schismatiques de l'intérieur et censurant pour le compte du Président et le gouvernement et le Parlement, il réinventa au profit du FLN la fonction de «Missi Dominici» consistant à mettre sous haute surveillance les autorités de l'Etat. En somme, le FLN qui ne revendiquait que la mission de premier tambour du pouvoir apparut, au cours des 36 mois «saâdaniens», comme la nouvelle chapelle de toute la nation.Or, si les causes du limogeage de son leader sont commentées différemment, c'est que la question qui demeure en suspens a trait aux affinités liant le chef d'état-major à ce «politicien» audacieux qui est parvenu à muscler un vieux FLN et à lui fournir des arguments pour décider des futures recompositions dont aurait besoin le pouvoir. A ce sujet, d'aucuns mettent en relief le dérapage de Gaà'd Salah quand il se permit une entorse à la neutralité militaire en félicitant chaleureusement Saâdani lors de sa promotion politique.Loin d'être anecdotique, la faute du chef d'état-major a fini par faire sens dès l'instant où il se dit dans les salons d'Alger que le palais craint que l'armée trouve matière à s'immiscer par «personne interposée» dans le domaine réservé de la politique. Or, pour peu que les hypothèses relayées par la rumeur se vérifient, le clan du palais n'aura d'autre choix que de brouiller les pistes reliant l'armée à la nomenklatura et dont le patron du FLN serait l'interlocuteur le plus visé. Il se trouvera des voix autorisées qui affirmeront que la fin de mission de Saâdani était non seulement une précaution mais aussi une mise en garde adressée à la caserne. Sauf qu'ils se garderont d'expliquer de quel malentendu souffrent maintenant les relations entre Gaà'd Salah et le Président.La chape de limogeage qui scelle une crise dont les tenants et les aboutissants sont opaques au point qu'elle autorise les spéculations les plus fantaisistes.Et pour cause si, occasionnellement, l'on a pu lire l'habituelle profession de foi qui permet à l'armée d'affirmer qu'elle s'est définitivement affranchie des vieilles missions relatives à l'espace politique cela ne suffit guère à convaincre ceux qui lui reprochaient ses mutismes en 2009 et 2014. En effet, dès lors que l'on se contente d'une demi-vérité afin de se défausser et permettre l'accomplissement de certaines atteintes à la Constitution du pays, l'on est au mieux dans une posture amorale tout à fait loin de la neutralité positive. C'est de cela justement que pâtit un pays livré aux pires manœuvres politicardes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B H
Source : www.lesoirdalgerie.com