«Exhorte-les à la
propreté, qui est l'image de la netteté de l'âme.»1
Un simple clic
sur le clavier, ce sésame contemporain qui donne miraculeusement accès à un
univers infini – quoique virtuel – de sciences et de savoirs, jadis réputés
voies impénétrables, peut nous renseigner sur l'histoire antique de cette
utilité publique, les toilettes publiques !
En effet, au XXVe
siècle avant J.-C. dans la civilisation harappéenne, la Mésopotamie ou dans la
Rome antique, existait déjà ce service public mis ingénieusement à la
disposition de la plèbe ! En parler encore de nos jours –incongru, voire
offusquant, dites-vous – démontre, on ne peut plus alarmant, que quelque chose
fait grincer, avec une résonnance troublant les tympans, l'engrenage de notre
«machine à pétrole»2 qui peine à ajuster les tours de son vilebrequin démesuré
proportionnellement aux vitesses vainement désirées…
L'Algérien
lambda, détrônant Ibn Batuta, n'aurait jamais été de marbre face aux
constatations relevées au cours de ses multiples «conquêtes» de la planète, en
étudiant, en touriste «ceinture serrée», voire même en hitiste promu – oisiveté
nommant – au rang de Harrag erré ! Ainsi, habitué à des pieds de murs déclassés
du statut de soutien aux hitistes «animés !» à celui de pissotière minée, il
est ébloui, à chacune de ses aventures vespasiennes pour les besoins de ses
ablutions quotidiennes, par le confort qu'offrent ces terres où le voile
intégral est désormais interdit ! Dès son come-back dans la foultitude
caractérisant les artères de la grande maison, ne pouvant se libérer, drogué à
outrance, voire à l'overdose de la civilisation, de sa dépendance à la culture
du comparatisme qui le dérange et le ronge, il n'arrive pas à expliquer ce
phénomène d'insalubrité qui est presque relégué, par toute une société, dans la
case futilité !!?
Dressons un plan
de nos villes «magnifiques» et comptabilisons statistiquement nos toilettes
publiques, leur nombre, leur état, l'hygiène qui y règne, la disponibilité de
l'eau, la répartition pour les deux sexes etc., sans «oser» désamorcer les
bombes des odeurs nauséabondes !?
On peut même
s'aventurer, en sourdine, dans cette quête de latrines, dans les lieux réputés
pour le savoir, tels que les universités, pour heurter notre immunité face à de
pathologiques insalubrités ! Les autres institutions, y compris nos hôpitaux
qui sont censés être vitaux, ne sont pas des moindres. Les gares routières
c'est le calvaire ! Quant aux grandes villes, seuls les lieux légués par les
rapatriés, relégués tel une archive non triée, baignant dans une corrosion
infecte et ordurière, essayent de camoufler leurs tares par une prestation
digne des bagnards…
Un cas concret,
qu'on peut échantillonner et «offrir» en coffret, nous mène en visionnaires
avisés dans un beau coin, parmi des milliers peuplant notre polygone sacralisé,
le jardin du 20 Août qui a, par sa réincarnation enchanteresse, émerveillé
Saida, la ville des eaux !, qui ne peut qu'en être fière et heureuse. Les
familles saïdéennes, les visiteurs atterrissant du sud-ouest, voire les émigrés
venus se ressourcer et se régénérer découvrent la splendeur d'un jardin et la
chaleur conviviale caractérisant l'accueil et les prestations fournies à
travers les allées féériques de cet espace naturel digne des Mille et Une
Nuits…
Cependant, il ya
un hic !? Si, par inconvenance, voire impolitesse ! vous osez, tiré du pantalon
par votre fils ou l'oreille chatouillée par votre Aïni, poser l'indécente
question de vouloir utiliser la boussole pour atterrir sur les toilettes
publiques ? Votre prestataire, quoiqu'il se fût mis à quatre, en supplice, pour
vous réserver le meilleur service, serait dans un tel embarras - vous en serez
étonnés - qu'il ne trouverait aucune explication convaincante à vous donner… !
D'après des constatations sur les lieux,
l'entreprise, qui fut chargée par la direction de l'environnement de Saïda,
maître de l'ouvrage en quête de restaurer les lieux environnementaux et les
espaces de loisirs, aurait, certes, construit «Beyt erraha» pour femmes et pour
hommes mais n'aurait pas trouvé utile de raccorder les sièges turcs à un réseau
d'assainissement !! Le décor aurait, paraît-il, suffi pour donner l'apparence
d'un travail achevé, et puisque s'agissant d'une futilité, pas besoin que
l'abcès soit crevé !? Le plan quinquennal 2010/2014 galopant à vive allure,
cette petite «maladresse» trouvera dans cette largesse une régularisation avant
l'usure ! Au demeurant, soyons optimistes et ayons confiance dans nos
entrepreneurs alchimistes, il se trouverait – qui sait ! – quelques-uns parmi
eux, ayant l'instinct de dénicher l'affaire à la poule aux Å“ufs d'or, de se
convertir dans ce créneau rapporteur. Ils contribueront ainsi à polir l'image
de nos villes à l'exemple des chefs d'Å“uvre qu'ils n'ont jamais cessé de
livrer…
Un ami
atterrissant récemment, à l'issue d'un voyage d'études en cette terre qui
connut la révolution sanitaire au XIXe siècle après l'invention de la chasse
d'eau au XVIe siècle, me confia cette constatation prophétique : «Le jour où on
arriverait à avoir des toilettes publiques dignes d'un être humain du XXIIe
siècle, tous nos problèmes pourraient être résolus !?». Commençons alors par
nous y mettre, il y va du devenir de notre société ! Et puis ne désigne-t-on
pas dans notre langage algérien ces lieux de «Beyt Erraha» qui est synonyme de
quiétude et bien-être…
Et dire que nous
sommes une communauté qui se vante de pratiquer cinq fois les ablutions !?
Notes :
1. L'auteur des «Lettres
Persanes»…
2. Le Quotidien
d'Oran du 08/11/2009, page 20
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Posté par : sofiane
Ecrit par : B Khelfaoui
Source : www.lequotidien-oran.com