L'esprit de cette rencontre avait alors consisté dans la promotion des principes de l'innovation et de l'investissement dans les nouvelles technologies, considérées comme les valeurs de l'entreprenariat futur. Très américaine, l'approche semble pourtant susceptible d'être transférée en Algérie, dit-on, même si l'expérience dont elle procède, qui fut celle des jeunes entrepreneurs américains ou algériens établis aux USA, requiert un parcours qui nécessite beaucoup de leviers politiques en vue de sa mise en pratique réussie en Algérie. Il est de fait difficile d'imaginer qu'un jeune entrepreneur, à partir d'une idée développée durant le cursus universitaire ou d'un projet de fin d'études, et transformée en start-up, puisse obtenir un soutien bancaire sans que l'Etat, du haut de toute son autorité et ses garanties, n'intercède et n'intervienne à travers des mécanismes et des formules systématiques.
Difficile également d'imaginer que des acteurs américains, même d'origine algérienne, qui mesurent toute l'attractivité du marché algérien et qui sont rompus à l'esprit de compétition féroce qui leur a ouvert les portes du succès aux USA, puissent partager leur expertise avec des start-up qui entendent agir dans des domaines où eux comptent s'imposer et dominer. Il y a lieu de s'interroger sur le chemin parcouru, dans cette voie, entre 2009, date de son initiation, et 2012, année où l'on est en droit effectivement de s'attendre à ce que des initiatives aient déjà mûri, dans un domaine, connu pour aller très vite. Force est de constater que l'on est au même point, encore à ruminer une fourchette hypothétique de fonds à investir en Algérie qui varie entre dix millions et un milliard de dollars, voire dix fois plus. On a l'air de faire du sur-place, se contentant de vendre des promesses et des intentions, donnant l'impression que l'engagement vis-à-vis des start-up algériennes, du fait d'un discours récurrent et efficace, est en train de porter ses fruits, alors que ce qui est vrai, c'est que ce positionnement permet de faire avancer des affaires et de concrétiser le business américain en Algérie dans le domaine des NTIC. Ce qui est, somme toute, de bonne guerre, mais faut-il qu'on nous fasse prendre des vessies pour des lanternes '
LES JEUNES DIPLÔMES ALGERIENS, PARLONS-EN...
Les jeunes ingénieurs en informatique que l'Algérie forme à coups de millions de dollars et dont des initiatives d'Amérique du Nord semblent vouloir faire des businessmen accomplis en Algérie à travers ces projets de start-up sont ceux-là mêmes qui font le bonheur des entreprises nord-américaines depuis deux décennies à telle enseigne que les grands groupes industriels publics n'arrivent plus à retenir leurs cadres qu'ils perdent par dizaines de milliers. C'est dire que ce qui peut se faire avec l'Amérique du Nord dans ce domaine ne peut que favoriser le business des opérateurs d'Amérique du Nord, loin de tout esprit gagnant-gagnant et du principe de transfert du savoir-faire.
Toute démarche consistant à mettre à contribution des opérateurs occidentaux dans la mise en valeur des compétences locales ne fait en fait que développer l'expertise de ces opérateurs en matière d'offensive commerciale en direction d'un pays, l'Algérie en l'occurrence, identifié par tous comme étant le marché à conquérir et où il convient d'établir une présence « logicielle » hégémonique. Ce qui n'est pas loin d'être le cas, surtout quand les jeunes qui sont en train de structurer le marché des nouvelles technologies, au lieu de défendre le principe d'une identité algérienne dans les NTIC, jurent, sans savoir ou pouvoir en démordre, par des systèmes d'exploitation nés et façonnés en Occident.
DES GESTES SYMBOLIQUES AU PRIX EXORBITANT
Le discours qui a été développé ces trois dernières années sur cette initiative a amplifié la perception publique quant aux effets escomptés d'une expertise qui n'est finalement, par sa dimension, les fonds qu'elle mobilise et le secteur où elle agit, qu'un fait périphérique et une expérience économique parmi d'autres, dont les retombées profitent bien plus à ses initiateurs qu'aux jeunes créateurs de start-up. Ces dernières sont nécessaires et utiles à l'économie, mais leur création ne devrait pas fatalement passer par une intermédiation américaine ni par une quelconque autre expertise étrangère, le fait étant établi que l'originalité algérienne en la matière est reconnue et n'a nul besoin que des opérateurs transformés par la machine économique américaine aux USA, soient impressionnés par le besoin de jeunes Algériens de créer des start-up.
Les entreprises américaines qui veulent s'imposer en Algérie ont absolument besoin de cette coloration algérienne que sont les start-up montées par des jeunes, mais il faut le dire, le succès de ces dernières, ne fera que consacrer l'insurmontable emprise des entreprises américaines, qu'elles soient celles d'Algériens naturalisés ou non, sur le jeune marché des TIC dont l'impérieux besoin de s'émanciper, au lieu d'aliéner sa souveraineté, est plus que jamais exprimé par les grands groupes industriels algériens, dont les enjeux de développement et d'autonomie en la matière, épousent parfaitement les enjeux historiques qui sont ceux de l'Etat algérien dans sa marche vers la mondialisation.
CONTRE L'HEGEMONIE, LA DIVERSIFICATION
Il n'y a rien auquel les Occidentaux adhèrent le mieux que le discours anti-chinois, brandissant devant les Algériens la menace d'un envahissement par les produits de mauvaise facture d'origine asiatique. Ce qui n'est vrai qu'en partie, puisque la Chine est aujourd'hui l'usine du monde où sont manufacturés 80 % des produits qui se consomment à travers le globe. Les produits de très mauvaise facture qui nous arrivent de Chine, ce sont des choix de manufacture et de coût à la production d'importateurs qui n'ont aucun respect pour le consommateur algérien. En revanche, la Chine est un excellent partenaire de l'Algérie et, potentiellement, un interlocuteur de l'Etat algérien très à l'écoute des attentes algériennes quant à la nécessité d'établir des relations économiques mutuellement profitables fondées sur le transfert de savoir-faire et de technologie. Ce qui peut être dit de la Chine est valable concernant la Turquie et la Russie. En fait, ces trois Etats pèsent encore en tant qu'autorités vis-à-vis de leurs opérateurs respectifs et peuvent, sur la base d'intérêts économiques stratégiques, se mettre au chevet des efforts de l'Algérie pour construire une économie forte et diversifiée, cela même si derrière chaque bonne volonté de partenariat il y a une ambition de profit. Le tout est de savoir jeter son dévolu sur celui qui fait le plus de concessions dans le sens d'un intérêt partagé. Cela, certaines puissances économiques ne s'y résoudront jamais.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Horizons
Source : www.horizons-dz.com