Alger - A la une

Les signes d'une transformation



Les signes d'une transformation
Il faut sans doute, en dernière instance, convoquer l'histoire pour mieux comprendre. Certes l'UGTA a été créée en pleine guerre de libération, mais la Révolution algérienne fut essentiellement d'essence paysanne. Elle avait trouvé en Fanon un de ses plus fervents partisans qui a théorisé la mission et les faiblesses de celle-ci. Ce sont les douars et les campagnes qui ont porté le poids de la lutte, notamment après la « bataille d'Alger » où la petite bourgeoisie formée de petits employés et commerçants s'était retrouvée au premier plan. Il y a un demi-siècle, le mouvement de décolonisation était aussi à son apogée et les idées socialistes imprégnaient les esprits. Le travailleur était par définition et essentiellement le salarié dans les grandes usines. Il était supposé être surtout le socle sur laquelle toute nouvelle nation reposait et bâtissait son avenir. Les slogans exaltant une telle mission fleurissaient sur les frontons des usines et les banderoles déployées chaque 1er Mai. L'essor de tout pays semblait davantage lié à la maîtrise des processus d'industrialisation qu'au développement du tourisme ou de l'artisanat. L'Algérie étant dépourvue de tissu industriel, le prolétariat était alors concentré dans les milieux de l'émigration. Affichant ensuite ses ambitions jusqu'à remettre en cause l'ordre économique mondial, dans notre pays, l'émancipation du paysan devait se faire en même temps que celle du travailleur de l'usine. Révolution agraire d'un côté et gestion socialiste des entreprises, industrie industrialisante de l'autre. Il suffit pourtant de revoir les films des années 60 et 70 où la figure de l'ouvrier était moins présente que celle du fellah ou de la femme tiraillée entre modernité et traditions. Même dans le film « Leïla et les autres » sorti en 1976, l'usine sert davantage de cadre à l'expression des velléités féminines d'émancipation. Dans le discours culturel algérien, l'ouvrier, si l'on exclut quelques chansons d'Ahmed Saber, quelques opérettes dans le registre de la célébration, est moins représenté que la femme et le fellah. Dans la chanson kabyle engagée, on retrouve parfois la figure du travailleur qui peine à joindre les deux bouts et symbole de l'échec d'une politique qui a favorisé l'apparition de disparités sociales. Le discours politique dans le sillage de la révolution industrielle chère à Boumediene va toutefois accorder une plus large place à celui-ci. Les productions de nos complexes furent longtemps présentées comme les succès d'un modèle de développement social et économique.Le temps de la performanceDe nos jours, à l'heure de « la débrouille », le travailleur est de moins en moins une figure sacralisée par le discours politique même s'il est encore l'enjeu des batailles qui se mènent au présent. Les vertus du gestionnaire, les performances sont mises en avant. Les rangs de cette catégorie se sont, par ailleurs clairsemés à la faveur du démantèlement du secteur public qui était le plus gros employeur. Le vent de la libéralisation est passé par là. Il a fragilisé les travailleurs. D'autres catégories (médecins, enseignants, personnels de l'administration publique), les cols blancs qui sont surtout à l'origine du lancement des syndicats autonomes ont comme quitté la grande famille des travailleurs. Les intérêts corporatistes ont fini par achever un idéal partagé et supposé remodeler de fond en comble le destin de l'humanité. Le travailleur de nos jours se fait plus discret. Il semble plus préoccupé pour chercher un emploi même après sa retraite souvent insuffisante, et d'éviter à son fils ou à sa fille les pièges de l'emploi précaire, voire du chômage. Il campe désormais sur la défensive même si des éruptions de colère sous toutes les latitudes ravivent de temps à autre les espoirs d'une résurrection d'une gauche offensive et conquérante. Signe des temps, au fur et à mesure que s'implante le secteur privé, présenté un peu hâtivement comme le parangon de la réussite, le syndicat disparaît du paysage. Paradoxe d'une époque où les plus vives protestations se font plus bruyantes là où les droits sociaux se font le moins piétiner.


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