Alger - Revue de Presse

Les secrets de la réussite: sud-coréenne exposés à Oran



Sans se départir à aucun moment de son statut de diplomate et en libéral convaincu, l'ambassadeur de la Corée du Sud a exposé avant-hier l'expérience économique de son pays à l'IDRH.

Son intervention était inscrite dans le cadre des «lundis économiques», cycle de conférences qu'organise la fédération des cadres des finances. Monsieur Choi Sung Joo a commencé par souligner que son pays a enregistré un taux de croissance de 4,5% en 2009 et que selon les prévisions du FMI, ce taux atteindra les 5% cette année. Preuve de la bonne santé de l'économie sud-coréenne, apparemment épargnée par la crise économique conséquente à la crise financière qui a touché toutes les économies occidentales. Mais dès le départ, le diplomate asiatique hôte d'Oran a mis en garde que le modèle de son pays n'est pas transposable aux pays du Sud. Par la suite, quand il énumérera ce qu'il a nommé les «secrets» de la réussite de son pays, il insistera sur le rôle et la place des dimensions culturelle et religieuse dans le boom économique de la Corée du Sud.

 Après la scission des deux Corées et la guerre de 1950-1953 qui a pratiquement anéanti ce pays, la Corée du Sud entamera son processus d'émergence. L'année 1960 marque l'entame de cette entreprise, selon les dires du diplomate. Parmi l'assistance qui a établi un parallèle avec l'Algérie, on a noté que c'est à cette même époque que l'Algérie a accédé à son indépendance. On retiendra des propos du conférencier qu'en 1960 le PIB par habitant était de 82 $, que le taux de chômage était de 25% et que le volume des exportations n'excédait pas 20 millions de $. En 2009, le PIB par habitant est passé à 17.000 $ et si on prend la «parité d'achat» il est de l'ordre de 30.000 $. Voilà des chiffres qui se passent de tout commentaire. Durant la décennie 60-70, où la Corée du Sud était une société agricole, ce pays, qui a bénéficié d'une aide massive des Etats-Unis, a entamé le développement des industries légères. A tel point que la part du secteur agricole dans le PIB, qui était de l'ordre de 24%, est passée à 6% moins de dix ans après. En 1970, la Corée du Sud a opté pour les industries lourdes et chimiques. Choi Sung Joo citera les secteurs de l'acier, de la construction navale et du pétrole. En 1975, on donnera un nom à cette nouvelle orientation économique: «Système des grandes entreprises commerciales». Et d'expliquer que les grandes marques telles que Daewo, Samsung, LG, Hyundai..., mondialement connues, datent de cette époque. Huit grandes entreprises constitueront la base matérielle de cette stratégie. Le conférencier insistera sur le soutien direct du «gouvernement de mon pays» à ces nouvelles entités à tel point que le chef de l'Etat tenait en personne une réunion mensuelle avec les chefs de ces entreprises. Une fois les bases d'un développement industriel établies, on passera à un autre stade. En effet, en 1980, c'est l'ère de la diversification. La Corée du Sud entame son accès dans le monde fermé des technologies fondamentales, dira le conférencier.

 Parallèlement à l'intérêt pour l'industrie, la Corée du Sud, consciente que la valeur humaine est la clef de tout développement, a consenti d'énormes efforts sur le plan de l'éducation. Entre 1960 et 1973, le taux de scolarité a atteint dans ce pays 96% au moment où le taux mondial était de 62%. Autre chiffre significatif communiqué par le conférencier: entre 1980 et 1987 le taux d'accès à l'université a atteint les 24,3%. Entre 1987 et 1997 l'institution universitaire sud-coréenne a accédé à son indépendance et a commencé à former selon la demande. De cette époque à nos jours, des liens étroits ont été établis entre l'Université et l'Industrie.

 Désertant le terrain des données statistiques, le diplomate énumérera ce qu'il a nommé les secrets de la réussite économique de son pays. Il citera en premier lieu que l'économie de son pays est orientée dès le départ vers l'exportation, ce qui lui offre un marché immense. Le second secret pour lui est l'importance accordée aux ressources humaines. Sur ce chapitre, il évoquera, sans la nommer, la dimension anthropologique. Il parlera de la volonté de son peuple, qui a souffert du colonialisme japonais et des affres de la guerre, de sortir de la pauvreté. Il parlera de la grande influence de la philosophie de Confucius. Il n'omettra pas de citer les aides massives des Etats-Unis et des institutions internationales monétaires au lendemain de la scission des deux Corées. Il évoquera la grande flexibilité du marché du travail et la complémentarité entre les méga entreprises et la PME et PMI. Dans cet ordre d'idée, il soulignera que 76% de l'emploi est assuré par les PME et PMI; que 32% des exportations proviennent des PME et PMI et que les PME et PMI constituent 99% du secteur industriel. Sur le chapitre politique, il indiquera que depuis 1988, la Corée du Sud, après l'élargissement des classes moyennes, a rompu avec la fermeture politique et devenue un pays démocratique. Le diplomate, hôte de l'IDRH, se réclamera plus d'une fois du Général qui a accédé au pouvoir suite à un coup d'Etat et qui a régné de la seconde moitié des années 60 jusqu'à la fin de la décennie 70. Pour lui, c'est ce dictateur éclairé qui a jeté les bases au développement économique que connaît son pays. L'on apprendra que l'actuel président de la Corée du Sud est un ancien patron d'une grosse entreprise. De même, le conférencier citera le fondateur de Samsung «j'ai consacré 80% de ma vie à chercher les élites et à les former».

 Certains universitaires et cadres qui ont assisté à cette conférence ne se sont pas empêchés d'établir le parallèle avec l'expérience algérienne. Ils ont noté les similitudes sur le plan chronologique en premier lieu. L'ère de ce général dont se réclame le diplomate sud-coréen coïncide avec celle de feu Boumediene, lui aussi issu de l'armée et d'un coup de force. On rappellera qu'au lendemain de l'indépendance de l'Algérie, le président Kennedy a proposé à Ben Bella, lors de sa visite à la Maison-Blanche, une sorte de plan Marshall, semblable aux aides dont a bénéficié la Corée du Sud. En tout cas, la conférence de monsieur Choi Sung Joo incite à réfléchir sur les «secrets» (pour reprendre un de ses termes) de l'échec de l'expérience algérienne.

 Notons enfin que lors de sa visite à Oran, le diplomate sud-coréen a visité la société OMEGA, spécialisée dans la réalisation des ascenseurs.


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