Malgré l'annonce d'une réunion de sortie de crise prévue pour lundi, les salariés d'Algérie Poste ont manifesté dimanche, devant la Grande Poste à Alger, ainsi que dans les principales villes du pays, restent sceptiques. La situation s'est aggravée avec la rupture consommée entre les grévistes et le syndicat (UGTA) d'Algérie Poste, dont les grévistes dénoncent les « anti-travailleurs». Une plateforme de revendications comportant 14 pointsa été soumise à la direction de l'entreprise en fin de semaine dernière, a indiqué un des salariés grévistes participant au rassemblement à Alger.
« Ce que l'on demande en priorité, c'est le départ du DG, qui a tout bloqué depuis son arrivée, ainsi que l'amélioration de nos conditions de travail, qui n'ont fait que se dégrader depuis 2003 », martèle un salarié gréviste, rencontré dimanche devant la Grande Poste à Alger, lors d'un rassemblement des gréviste d'Algérie Poste. « Au centre de la Direction centrale des colis (DRCC), à Belcourt, on travaille avec quarante centimètres d'eaux usées sous les pieds, et on parle avec les mouches, tellement elles sont nombreuses », témoigne un jeune postier, qui affirme avoir vu mourir un de ses collègues de la tuberculose. « La distribution du courrier dans les bureaux de poste est passée de deux fois par jour à une fois tous les deux jours à cause du manque de véhicules disponibles », renchérit un autre salarié gréviste.
Ces propos ont été recueillis dimanche matin, lors du rassemblement organisé devant la Grande Poste, au centre d'Alger, par des travailleurs d'Algérie Poste, en grève depuis six jours, pour appuyer une série de revendications, parmi lesquelles le départ du Directeur général, Mohamed Laïd Mehloul, et l'amélioration des conditions de travail. Des regroupements similaires ont été organisés dans les principales villes du pays, selon les grévistes, qui organisent leur mouvement de contestation en dehors de l'UGTA.
« On manque de tout. Même les stylos, gommes, crayons, nous devons les acheter avec notre propre argent. On ne travaille pas dans des conditions humaines », déplore un facteur âgé 49 ans, mais qui se dit si usé par toutes ces régressions qu'il envisage de prendre sa retraite anticipée d'ici cinq ans. Comme ses collègues, il réclame « l'application de la Convention collective signée en 2003, dont les points d'accord négociés n'ont jamais été respectés, en premier lieu l'avancement de grade. Imaginez-vous qu'un salarié recruté en 1981 sort aujourd'hui avec le même grade s'il ne fait pas partie de la direction », poursuit cet employé dont le salaire s'élève à 38.000 dinars après 25 ans de travail. A ses côtés, un collègue, plus âgé, une arborant une barbe blanche, égrène ses griefs: « En 33 ans et huit mois de carrière aux chèques postaux, ma femme n'a même pas évolué d'un grade ».
Les syndicats désavoués
Contrairement aux déclarations faites par le Secrétaire général du syndicat d'Algérie Poste (UGTA), M. Mourad Bendjedi, annonçant une issue au conflit suite à la réunion de lundi, qui prévoit d'accorder aux salariés une prime de 30.000 dinars, les grévistes ne semblent pas décidés à reprendre le travail de sitôt. « Cette prime de 30.000 dinars, c'est trois fois rien par rapport à toutes nos revendications », assure un protestataire. De plus en plus de voix s'élèvent d'ailleurs parmi les grévistes pour exiger le départ de M. Mourad Bendjedi, accusé de « protéger ses intérêts et ceux de la direction plutôt que ceux des travailleurs ».
« Seule une volonté perceptible de l'administration d'accéder à nos revendications, nous fera reprendre le travail », dit-on dans les rangs des grévistes. Mais le climat reste tendu. Le mouvement de protestation, qui a commencé de façon spontanée il y a une semaine, risque donc de durer, malgré les désagréments subis par les usagers de la Poste, notamment les petits salariés et retraités.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nedjma Rondeleux
Source : www.maghrebemergent.info