Le hall du tribunal de Sidi-M'hamed s'est avéré trop étroit pour contenir le nombre d'avocats en colère, réunis pour se préparer à la marche qui a eu lieu ce jeudi à Alger pour dénoncer les décisions d'emprisonnement des détenus d'opinion et des manifestants arrêtés durant les marches hebdomadaires.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Lorsque les portes du tribunal s'ouvrent, des dizaines de flashs immortalisent ce moment d'histoire. Les robes noires ont décidé, une nouvelle fois, de manifester pour un changement immédiat dans les rouages d'une justice qu'ils considèrent comme étant loin d'avoir encore atteint le niveau d'indépendance et d'impartialité souhaité.
Le nombre d'avocats, déjà nombreux à Sidi-M'hamed, double, voire triple lorsque l'heure de démarrer la marche arrive. Très en colère, ils décident d'aller plus loin qu'ils ne l'ont fait durant cet été, lors d'une démonstration similaire devant le Conseil constitutionnel. Certains vont jusqu'à braver l'interdiction de porter le drapeau amazigh, déploient l'emblème, au centre d'une foule qui applaudit. Le geste est aussi une manière très forte de manifester leur solidarité avec les détenus emprisonnés pour avoir brandi ce drapeau, après un discours du chef d'état-major interdisant son exhibition durant les vendredis. «Aucune loi n'interdit ce fait, rappellent les avocats, l'emprisonnement de tous ces jeunes, sortis réclamer leur dignité, est une injustice flagrante», commentent ces derniers. Les slogans qui fusent sont très durs, incisifs.
Les avocats se rebellent contre ce qu'ils désignent comme étant une «justice aux ordres», ils appellent les juges à «appliquer la loi en leur âme et conscience», réclament la libération des détenus, «un Etat de droit», «le droit de manifester librement et pacifiquement». Ils rappellent leur soutien au mouvement populaire «et ses revendications légitimes», et exigent le respect des droits à la défense.
La plupart des avocats des détenus ont récemment pris la décision de geler leurs activités durant les séances réservées à la comparution de leurs clients devant les juges d'instruction. «Notre présence est inutile, insistent ces derniers, les manifestants ou détenus d'opinion ont été emprisonnés sur instruction. Ils ne peuvent être libérés que sur instruction».
Dans les rues d'Alger, la foule a grossi à vue d''il. De très nombreux avocats, venus d'autres régions du pays, sont présents. Des citoyens ont rallié la marche. Depuis le 22 février dernier, la corporation des avocats est considérée comme étant l'une des plus actives et des plus mobilisées dans la lutte pour la défense des droits aux libertés.
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com