Afin de ménager
le douillet cocon dans lequel elle se love, on a fini par adopter un discours
des plus circonspects pour aborder le délicat sujet de l'equipe nationale.
Et encore, on se
perd en conjectures pour ne pas heurter les susceptibilités à fleur de peau.
Notre démocratie,
douloureusement arrachée, nous permet pourtant de critiquer, parfois
insidieusement, les plus grands de nos décideurs et même le Président de la
République himself.
Mais, si d'aventure c'est du foot ball qu'il
s'agit, en l'occurrence l'enfant-roi du moment, cela s'apparente tout de suite
à une incursion blasphématoire en plein dans le sacré, l'immaculé qui ne peut
être jugé que par les dieux.
La seule réaction qui ne soulève pas un tollé
de récriminations est d'applaudir les « exploits » à s'enflammer les paumes des
mains.
Nos chercheurs en sciences humaines seraient
bien avisés de nous expliquer comment tout un peuple s'est retrouvé subitement
dépendant de cette drogue à laquelle il succombe avec une docilité jamais
égalée. Comme sous l'effet d'une puissante magie, il est prêt à se plier à ses
caprices et à tolérer toutes les déconvenues qu'elle ne cesse de collectionner.
Le plus
inquiétant, c'est cependant l'insertion par quelques templiers d'un climat
d'ostracisme inhibiteur de toute voix préjugée non-conforme à la ligne de
conduite arbitrairement consacrée. Jugez-en : lors d'une émission de tv sur le
match Algérie-Serbie, quelques-uns de nos éminents spécialistes en la matière
étaient, malgré eux, contraints de s'exprimer du bout des lèvres sous la
conduite lourdement suggestive d'un animateur qui veillait soigneusement à ce
que personne ne sorte d'un cadre préétabli pour aborder objectivement le sujet
et nous analyser le la rencontre. Instinctivement ou par calcul, chacun
rivalisait de précautions pour ne pas perturber la sérénité dans laquelle doit évoluer
notre équipe. Telle était la feuille de route qu'on décelait à travers les
différentes interventions.
Y a-t-il une
intention délibérée d'idéaliser cette équipe contre toute logique et de censurer
discrètement toute critique pour en faire un pôle d'attraction et pouvoir ainsi
détourner les esprits sur les déballages d'affaires nauséabondes. Les
promoteurs d'un dessein aussi machiavélique ne sont certainement pas aussi
dupes au point d'oublier le fatidique retour du boomerang si jamais ils
forçaient trop dans la récurrence des mêmes recettes. A force de gaver la
victime de la supercherie avec les mêmes ingrédients, elle finit généralement
par attraper l'indigestion et vomir toutes ses entrailles. Faut-il rapporter ce
phénomène à la médiocrité chronique qui a ankylosé tout le pays, hormis les
affaires scabreuses qui prospèrent insolemment en toute impunité. L'Algérien,
sevré de challenges glorieux pour ses couleurs nationales et de victoires contre
l'adversité depuis des lustres, s'est retrouvé tel un naufragé prêt à
s'accrocher à n'importe quel débris qui passerait à proximité.
Pourvu qu'il lui procure un peu de chaleur de
son appartenance à quelque mythique socle culturel ou simplement un semblant
d'ivresse même momentanée. Il suffit donc de lui offrir de l'illusion et du
virtuel à outrance jusqu'à lui faire admettre que celui « Qui perd gagne ! » et
le tour est joué.
Ainsi conditionnés et pour conjurer l'été
indien qui nous colle aux basques depuis longtemps déjà, le plus malin d'entre
nous n'a pas trouvé mieux que de confier sans trop réfléchir toutes ses billes
au grand sorcier dans l'espoir de flatter un chouya son égo passablement avachi
par les déceptions répétées ! Cette fois nous détenons le sésame qui nous
ouvrirait les portes du bonheur d'autant plus que nos gouvernants se sont
montrés très réceptifs et disponibles. La balle n'est plus dans leur camp.
Nous hisserons haut nos couleurs et Kassamen
survolera les plus hautes cimes, tel est le sublime espoir caressé par tous les
Algériens ! Dans cet invraisemblable nirvana qui s'est emparé du pays, nos
décideurs n'ont pas, de leur côté, lésiné sur la dépense et ont mis le paquet
sur le plan logistique. L'argent coule à flot, il suffit de daigner s'en
servir.
Tous les moyens
du pays sont, dans une première mondiale, mobilisés au service de cette cause
devenue une priorité nationale reléguant au second rang la résolution des
problèmes vitaux pour la société.
Afin de ne rien laisser au hasard, de garantir
toutes les conditions de réussite et d'éluder toutes les influences
extérieures, même les éternels insatisfaits ont été discrètement invités à
mettre un peu d'eau dans leur… leben sous peine de se voir taxé d'oiseau de
mauvais augure. Aux sceptiques indécrottables on promet de leur pendre au cou
l'honteuse casserole de la tiédeur patriotique si jamais ils se hasardaient à
émettre une quelconque réserve. Pour le citoyen, chicaneur de naissance, il
était recommandé de réprimer jusqu'au moindre soupçon de moue dubitative.
Restait à définir l'objectif : ce fut d'un commun accord : représenter
dignement l'Algérie, les… Arabes et les Musulmans. Rien que ça pardi ! Il
fallait maintenant organiser ces moyens colossaux et les mettre en ordre de
bataille pour l'atteinte des objectifs dans les meilleures dispositions.
En croyant bien
faire et pour gagner quelques étapes, on a foncé tête baissée dans le recours
inconsidéré à la dangereuse et ruineuse formule « du produit en main » dont le
premier des handicaps est de n'avoir aucune maitrise sur lui. Son présent et
même son avenir sont ailleurs.
Quoique on essaie de nous bassiner avec
l'atavisme qui ne se réveille pourtant qu'à coups de liasses d'euros, on ne
peut hypocritement oublier qu'ici il n'est qu'un passager grassement rétribué !
Sitôt l'extinction des lampions il saute de l'autre côté de la barrière et
rejoint son port d'attache.
Faire l'impasse sur les joueurs du cru d'où
sont sortis de véritables dieux des stades : les Beloumi, Assad, Madjer, Fergani,
Hadefi, Salhi, et tous les autres authentiques représentants de nos valeurs,
alors que des nations démontrent chaque jour à qui veut bien se dessiller les
yeux ce qu'elles peuvent en tirer sur le plan de la performance (l'exemple de
l'équipe égyptienne !). Se laisser séduire par les solutions de facilité toutes
prêtes a prouvé combien de fois l'inanité de cette solution, qui finit toujours
en chandelle sans aucun investissement sur le long terme, ni même sur le
lendemain. On s'explique mal pour quelle raison il faut à chaque fois courir
après ces professionnels à travers toute l'Europe et les supplier de venir pour
des résultats aléatoires, sans compter les dépenses mirobolantes nécessaires à
ces déplacements inutilement fastidieux et onéreux.
On constate en outre qu'en l'absence de tout
contrôle, le contrat de performance fluctue inconséquemment en fonction de
l'humeur du moment. Le curseur flirte souvent sous le minima, juste à côté du
soporifique, « l'essentiel est de participer » ou bien « ce n'est qu'un test !
». A quand donc les choses sérieuses, alors que nous sommes à quelques
encablures du Mondial ? Dès qu'on veut parler de cette équipe, on nous la ferme
avec la répartie qui ne tolère aucune remarque : tout le monde il est beau,
tout le monde il est gentil : tel est le mot d'ordre national. On nous lance en
pleine gueule que les joueurs ont l'avantage d'être des professionnels formés
dans les grandes écoles de football. Contrairement aux blédards, ils sont
bardés par l'expérience des grandes joutes européennes contre les influences
exogènes (température, public, interférences… etc.). L'entraîneur : un vieux
loup à qui on la fait pas ! On veut bien y croire !
Portée aux nues par le candide enthousiasme de
35 millions de fans qui piaffent d'impatience de les voir à l'Å“uvre, ils iront
donc, dans nos rêves les plus fous, terrasser les plus grandes équipes.
Pour les exalter encore d'avantage, on les
affubla d'une appellation guerrière : « les Combattants du désert ». Il est
vrai que le gentil fennec présageait déjà une proie facile aux prédateurs de la
savane, lui dont la douceur et la fragilité évoque l'animal paisible. Face à
l'aigle il ne fait certainement pas le poids. Comparé à un lion indomptable ou
un éléphant, c'est une toute autre histoire ! Celui qui l'avait choisi à
l'époque comme mascotte devait être un grand rigolo ou ne connaissait pas
l'animal dont il parlait pour l'identifier à l'engagement physique
caractéristique au football. Vint le temps de la première confrontation sur le
terrain de la réalité.
Malheureusement, au premier match que le plus
sceptique des Algériens considérait comme une simple formalité, on s'est
lamentablement mélangé les pinceaux.
Le petit Malawi,
que rare peuvent situer sur la carte de l'immense Afrique, nous loge trois buts
d'entrée. C'était, parait-il, à cause d'une chaleur traitresse concentrée
exclusivement sur les cranes des nôtres. Pourtant, on avait tenu compte de
cette canicule et on avait tout prévu dans le programme de préparation, Pour
s'acclimater à la fournaise qui nous attendait on s'était même entrainé dans
une température négative dans le midi de notre cher France par moins de 5°C.
S'ensuit un match
bricolé avec le pays organisateur sans aucune signification ni saveur. Une
éclaircie trompeuse avec le Mali et la Côte d'Ivoire nous permit de croire en
un probable sursaut d'orgueil et enfin une sortie du tunnel. Le coup de grâce
arriva rapidement. Ce fut l'effondrement total devant notre pire adversaire
qu'on impute à l'arbitrage (peut-être, mais pas avec 4 à 0 !).
On fit comme si de rien n'était et on nous
promit en compensation la troisième marche du podium tout de même ! Mais, même
le bronze, on se le fait piquer par les Nigérians plus entreprenants. Pour nous
consoler, on nous révéla sous le sceau de la confidence que ce n'était qu'un
trophée d'origine Zoulou. Nos forgerons chômeurs peuvent nous en fabriquer des
milliers. Chah ! Aucun regret donc : notre niveau c'est le mondial, ne
cesse-t-on de nous rappeler, et on s'y prépare (Les raisins angolais étaient
trop verts !). Bilan de l'aventure africaine : on rentre à la maison avec une
cargaison de buts encaissés. Le plus drôle c'est qu'après chaque défaite on
fait… la fête (One, two, three…). Le mondial se rapproche inexorablement et il
était des plus urgents d'éprouver nos capacités :
Au premier test devant leur public avec plus
de 80 000 bannières brandies, on laisse pitoyablement des plumes (3 à 0) devant
la Serbie qui est loin d'être un foudre de guerre comparé à ce qui nous attend.
Comme d'habitude, on essaie de justifier cet énième fiasco par la condition
physique et le gabarit de l'adversaire qui n'aurait pas dû nous ramener des
joueurs de plus de 1,70m « réglementaire » ! Finalement, devant la fuite en
avant et cette batterie inépuisable d'échappatoires peu convaincantes, il ne
reste plus qu'à exiger des organisateurs de ne nous présenter que l'équipe avec
laquelle on a des chances de jouer sans recevoir de raclée cinglante et nous
assurer les conditions adéquates qui nous aideraient à le faire sans trop de
dégâts.
A notre charge donc de définir le profil de
l'outsider et de l'arène !
Telle est donc l'équation que les boss de
notre football devraient résoudre en urgence pour nous permettre de prendre
part à la compétition.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Amara KHALDI
Source : www.lequotidien-oran.com