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Les psychiatres interpellent Benabderrahmane



Le nouveau décret relatif à la prescription des psychotropes, appliqué depuis le 10 août dernier, pose visiblement problème aux médecins psychiatres. Ces derniers ont, en effet, lancé un appel au Premier ministre afin de mettre fin à la situation de désarroi que leur impose ce décret dans leur pratique quotidienne.Salima Akkouche - Alger (Le Soir) - Adopté depuis le mois d'août 2019, et mis en application depuis le 10 août dernier, le décret exécutif fixant les modalités de contrôle administratif, technique et de sécurité des substances et médicaments ayant des propriétés psychotropes, n'a pas fait que des heureux. Ce cadre juridique a été, pourtant, mis en place par le gouvernement sous la pression des pharmaciens qui, suite à de nombreux mouvements de protestation, sont allés jusqu'à menacer de cesser la vente de ces médicaments qui menacent leur vie, en raison des agressions et des poursuites judiciaires dont ils font l'objet depuis de nombreuses années.
Cependant, ce décret semble poser problème aux médecins psychiatres, lesquels à travers le collectif des psychiatres algériens, ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre pour lui expliquer leur désarroi. Ceci, souligne ce collectif, suite «au silence du conseil de l'Ordre médical et du ministère de la Santé qui ont été saisis». Ce qui leur pose problème ' Le collectif a tout d'abord pointé du doigt le registre qui leur a été imposé par ce décret et qui doit être paraphé au niveau des différentes directions de la santé des wilayas, alors que le prototype de ce registre n'a pas encore été publié officiellement.
Ce dernier doit comporter des informations confidentielles des malades. Or, le collectif rappelle que le malade est couvert par le secret médical et relève ainsi une confusion entre les deux décrets datant du 31/12/2019 sous le numéro 19379, et celui du 11/5/2021 (numéro 21196) et l'arrêté interministériel du 11/8/2021 pour la bonne tenue du registre.
Outre le problème du secret médical, le collectif a soulevé aussi le problème de l'accès aux soins : «Il y a une véritable confusion sur le rôle qui semble nous être attribué par rapport au problème de la surconsommation ou de l'utilisation à des fins autres que thérapeutiques des psychotropes, alors que nous, psychiatres, avons toujours été un maillon important dans la lutte contre la toxicomanie. De plus, nous savons que le marché des substances illicites est alimenté par les différents trafics internationaux et surtout par notre mauvais voisin de l'Ouest», a-t-il écrit.
Il rappelle aussi que la première liste de trois produits à interférence psychique à laquelle il fut adjoint deux autres qui nécessitent une ordonnance à souche de trois couleurs différentes, version carbone, sur laquelle doivent être inscrits le nom, prénom, date de naissance (et pas l'âge), sexe, adresse complète et éventuellement la taille et le poids, ainsi qu'un numéro de série, est «une première».
«Une autre partie des psychotropes devra être prescrite sur une ordonnance blanche avec les mêmes caractéristiques et pour le reste des psychotropes sur une ordonnance normale. Tout ce surplus de travail nous contraint à une gymnastique intellectuelle inutile, alors que la santé mentale de nos concitoyens devrait être au centre de nos préoccupations», estime le collectif qui souligne que «tous ces désagréments ne changeront rien au problème de la traçabilité des produits et du nomadisme médical d'un nombre infime de patients pour s'octroyer ces substances, alors que d'autres moyens modernes plus efficaces ont été proposés et non retenus par les décideurs, comme la numérisation des ordonnances et, surtout, l'intranet pour toutes les pharmacies qui est la seule méthode garantissant un contrôle efficace sur la mise au marché des psychotropes».
Ce dernier estime également que tout ceci va augmenter la stigmatisation du malade en souffrance psychique «et que le problème de la non disponibilité des produits, la cherté des soins que vont entraîner ces nouvelles charges, et la réticence de certains pharmaciens à se procurer ces médicaments vont augmenter l'incidence des troubles mentaux».
S. A.
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